Dans une synthèse publiée ce vendredi 02 décembre dans la soirée, l’agence S&P Global Ratings confirme les notes de crédit souverain à long et court terme en devise étrangère et locale « B+/B » du Sénégal, assorties de perspectives stables grâce à une embellie de finances publiques et la baisse attendue du déficit extérieur.
Les analystes de l’agence de notation financière justifient leur appréciation par plusieurs facteurs favorables à l’économie sénégalaise : La croissance moyenne du PIB devrait s’accélérer pour atteindre un peu moins de 10 % en 2023, tirée par le démarrage de la production de pétrole et de gaz et l’augmentation substantielle des investissements publics. S&P Global Ratings relève par ailleurs la relative protection qu’assure le franc CFA contre les pressions inflationnistes importées. Selon les projections de l’agence S&P Ratings, l’inflation à 8,5% actuellement, devrait revenir aux niveaux de 2019, en dessous de 2 % d’ici 2024, alors que l’euro se stabiliserait par rapport au dollar et que l’inflation mondiale devrait décroître.
A court terme, la hausse des prix des matières premières et la dépréciation de l’euro (et donc du franc CFA du fait de son ancrage à la devise européenne) par rapport au dollar creuseront le déficit du compte courant du Sénégal à 15 % du PIB cette année avant qu’il ne se réduise progressivement à 3,5 % en 2025, alors que les exportations d’hydrocarbures auront déjà commencé à renflouer les réserves de change et le budget du pays.
Pour l’agence de notation financière S&P Global Ratings, « la perspective de notation stable équilibre les risques liés aux problèmes à court terme du conflit en Ukraine et les solides perspectives économiques à moyen terme du pays, soutenues par des réformes économiques et budgétaires structurelles ».
La remontée de la pression de la dette du Trésor ne semble guère une préoccupation au regard des analystes de l’agence de notation financière. Bien qu’il soit en partie causé par un élargissement du périmètre de la dette publique, à un peu moins de 63 % du PIB en 2021, le poids de la dette reste supérieur de 10 points de pourcentage aux niveaux de 2019. Néanmoins, S&P Ratings s’attend à ce que la pression budgétaire s’atténue d’ici la fin de l’exercice 2023 à mesure que les mesures budgétaires ponctuelles visant à amortir l’impact de la forte inflation sur le pouvoir d’achat des ménages s’atténueront, que la pression fiscale s’améliorera et que la production d’hydrocarbures sera effective.
Dans son analyse, S&P Global Ratings passe au crible les scénarios qui pourraient conduire à une éventuelle révision à la baisse du rating souverain du Sénégal. Des pressions à la baisse sur la note pourraient apparaître si le déficit budgétaire se détériore plus que prévu et si les taux de croissance du PIB réel sont significativement plus faibles que prévus. Cela pourrait se produire, par exemple, si les retombées de la guerre en Ukraine s’intensifient, bien que cela soit peu probable, s’il y a des retards importants dans les importantes augmentations prévues de la production d’hydrocarbures du Sénégal.
La solvabilité du Sénégal pourrait également se détériorer si les déséquilibres économiques augmentent ou si le franc CFA s’affaiblit face à l’euro. Cette hypothèse de dévaluation est peu réaliste selon les analystes de l’agence de notation financière.
L’un des principaux risques budgétaires et externes est l’augmentation rapide des subventions énergétiques largement non ciblées. Nous estimons qu’elles coûteront environ plus de 4 % du PIB en dépenses supplémentaires cette année et la suivante. En stimulant la demande de carburant et d’autres hydrocarbures pour la plupart des ménages, quel que soit leur revenu, ils exacerbent également le déficit extérieur déjà important du Sénégal.
La météo budgétaire du Sénégal devrait, elle, s’améliorer sensiblement. De nouvelles sources de revenus provenant de l’exploitation du gaz et du pétrole contribueront à l’assainissement de la trajectoire de finances publiques à partir de 2024. De même, S&P Global Ratings prévoit une amélioration des recettes fiscales non énergétiques, reflétant les réformes visant à simplifier le cadre fiscal et à réduire l’évasion fiscale.
Un message aux détracteurs du franc CFA
Le Sénégal pourrait voir sa note souveraine relevée au cours des 12 prochains mois si les déséquilibres extérieurs diminuaient sensiblement ou si les besoins nets de financement du Trésor baissaient plus rapidement que nos projections alors que la croissance économique s’accélère de manière à réduire le ratio dette publique/PIB, concluent les analystes de l’agence de notation financière.
A noter au passage un message aux détracteurs du franc CFA, très nombreux sur les campus dakarois. L’adhésion du pays à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui est un point d’ancrage politique important, soutient également la notation et la stabilité économique du Sénégal. S&P Global Ratings cite un de ses avantages : « bien qu’à 8,5 %, l’inflation moyenne soit à son plus haut niveau depuis la dévaluation de 1994, elle reste beaucoup plus modérée au Sénégal que dans les autres pays de la région. Le Ghana par exemple, affiche actuellement une inflation à 40%.




