Lundi 2 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Entretien avec Koné Zana, directeur général de Mazars en Côte d’Ivoire

« Les entreprises doivent être capables de prouver qu’elles ont un socle solide » À l’instar des autres pays de l’espace francophone, en Côte d’Ivoire, les entreprises subissent également les contrecoups du ralentissement de l’économie mondiale. Dans cet entretien avec Financial Afrik, Koné Zana, l’un des associés de l’organisation mondiale Mazars et directeur général de…

Koné Zana

« Les entreprises doivent être capables de prouver qu’elles ont un socle solide »

À l’instar des autres pays de l’espace francophone, en Côte d’Ivoire, les entreprises subissent également les contrecoups du ralentissement de l’économie mondiale. Dans cet entretien avec Financial Afrik, Koné Zana, l’un des associés de l’organisation mondiale Mazars et directeur général de Mazars en Côte d’Ivoire, explique la stratégie mise en place par la multinationale pour aider ces entreprises à se maintenir et à atteindre leurs objectifs.  

Propos recueillis par Mireille Patricia Abié


Financial Afrik : Mazars est un cabinet  international d’audit, de fiscalité et de conseil. Vous êtes donc chargés de l’évaluation mais aussi de l’accompagnement des entreprises. Comment procédez-vous pour atteindre vos objectifs ?

Koné Zana : Nous misons sur deux leviers stratégiques à savoir notre engagement qualitatif auprès de nos clients et notre couverture géographique.  Nous accompagnons nos clients pour les aider à créer et développer leurs activités en toute confiance, en nous efforçant constamment de bien comprendre leurs attentes et leur environnement afin d’ajuster notre approche au plus près de leurs besoins. Ces besoins, nous les adressons à travers une large gamme de services spécialisés et sur-mesure dans les métiers de l’audit, de la fiscalité, du conseil, y compris des services comptables et juridiques. Sur ces dernières années, nous avons d’ailleurs considérablement investi sur notre pôle conseil avec ces lignes de services en management des risques, technologies et solutions digitales, études et stratégies et conseil financier.

Notre approche « GLOCAL » sur la zone Afrique francophone est également un avantage considérable pour les entreprises que nous servons. Depuis 2018, nous avons mis en place notre organisation sous régionale à travers la création de Mazars Afrique de l’Ouest et du Centre (Mazars AOC), qui est né de la volonté des bureaux existant du Bénin, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, et du Sénégal d’unir leurs forces pour mieux supporter les activités de nos clients et les aider à relever les défis auxquels ils sont confrontés dans cette région du continent. Depuis, nous avons élargie cette zone en créant des bureaux en Niger, en RDC et au Gabon. 


Le Cabinet Mazars est  représenté en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.  Ce qui veut dire que vous intervenez dans plusieurs pôles économiques avec des réalités propres aussi bien à chaque marché qu’à chaque pays.   Alors, on aimerait savoir si les entreprises que vous auditez rencontrent les mêmes problèmes ou si les problèmes sont spécifiques aux zones économiques et monétaires ?

Les pays que nous couvrons à travers Mazars AOC partagent de nombreuses problématiques communes. En effet, ils appartiennent à deux zones économiques et monétaires et ont de nombreux autres textes communs émanant d’organisations sous-régionales telles que l’OHADA et la CIMA pour ne citer que ceux-ci. De nombreuses problématiques peuvent être similaires mais, chaque entreprise est unique et chaque secteur d’activités, chaque pays a ses spécificités. Chez Mazars, les conseils indépendants sont façonnés par une compréhension du contexte du client, de sa culture locale et de notre perspective globale. Nos experts et consultants déroulent des méthodologies adaptées à chacun des clients.


En général quels sont les problèmes de façon concrète ?

Les entreprises sous-régionales sont confrontées à de nombreux défis tels que la structuration de leur organisation dans un contexte politico-économique souvent fragile, le recrutement et la gestion des talents, la pression fiscale et j’en passe.

Elles font face à des difficultés de financement mais surtout des problématiques d’ordre stratégique et décisionnel. Je vous donne un exemple : une entreprise acquiert un système d’information totalement intégrée, quelques mois après sa mise en place elle se rend compte que cet outil ne répond pas vraiment à ses besoins. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas eu dès le départ un bon dimensionnement du projet : quels sont les besoins réels, les outils existants, la volumétrie et la qualité des données à traiter, l’infrastructure réseau est-elle adaptée ? la prise en main de l’outil par les collaborateurs est-elle assurée ? Autant de questions qui peuvent être anticipées et mieux cernées avec l’accompagnement de cabinets tels que Mazars.


Le cabinet Mazars dont vous êtes la filiale Côte d’Ivoire est une multinationale. Quelle est  sa zone de couverture au niveau international ?  

Mazars est présent dans plus de 90 pays et compte plus de 44 000 professionnels à travers le monde. Notre force réside dans le fait que nous conjuguons à la fois une envergure internationale et un fort ancrage territorial, et travaillons tous ensemble, comme une seule et même équipe internationale et pluridisciplinaire, avec des valeurs et des standards de qualité identiques dans le monde entier. Nous avons un partnership mondial intégré, démocratique et transparent. Les associés quels que soit leur pays d’encrage participent à la prise de décision au niveau mondial. Notre modèle n’est pas de développé des filiales dans nos pays d’installation mais de coopter des associés dans le partnership mondial qui sont des entrepreneurs dans leurs pays.

Mazars AOC compte à date, 7 bureaux de pleine signature, couvre 20 pays avec l’expertise technique et pluridisciplinaire de plus de 400 collaborateurs emmenés par 14 Associés capables d’appréhender les enjeux et l’environnement économique de la zone. Cette organisation régionale est agile et créatrice de valeur.


En tant que structure qui évalue la santé des entreprises et qui fait aussi du consulting, qu’est-ce que vous apportez comme solutions pour leur permettre d’être beaucoup plus résilientes  face aux  chocs extérieurs que les économies subissent?

Notre rôle c’est de pouvoir aider les entreprises à mener des réflexions, à prendre du recul afin d’avoir une vision plus précise de leurs enjeux et une conduite maîtrisée de leurs projets. Notre indépendance, nos compétences multisectorielles et notre savoir-faire éprouvé auprès d’organisations et entités de diverses tailles, nous donnent la capacité de faire des Benchmarks pertinents et de partager les best practices au plus grand nombre.

Par ailleurs, nous aidons les entreprises à anticiper sur l’évolution multidimensionnelle de leurs environnements.

La globalisation des économies et les changements continus sur le plan technologique notamment, imposent à tous les acteurs économiques de s’adapter à n’importe quelle situation le plus rapidement possible. Nous devons tous êtres agiles, Mazars l’est et aide ses clients à l’être.


La plupart des économies africaines sont en pleine  transformation structurelle.  Et dans le processus, le secteur privé a un rôle important à jouer. Pour les gros investissements en tout cas, les États ont exprimé la nécessité de s’appuyer sur un secteur privé fort et surtout liquide. Pensez-vous que ces entreprises sont suffisamment structurées pour faire face à d’autres crises conjoncturelles sans avoir recours à l’argent public qui vient en pompier ?

C’est une question assez importante qui a été débattue pendant les deux jours de réflexion que nous avons lors de la CGECI ACADEMY. Il faut d’ailleurs  remercier et féliciter le patronat ivoirien pour le choix des thématiques et la qualité des débats. Il y a certaines entreprises qui ont réussi à se développer sans un concours quelconque de l’État et qui se sont imposées dans leurs secteurs, malgré les crises successives. Néanmoins, pour poursuivre leur développement, le recours à l’Etat sous diverses formes peut être un important levier si nous voulons créer des entreprises qui rivaliseront avec le reste du monde. Le dynamisme du secteur privé ne pourra jamais se substituer à un appui institutionnel, réglementaire et même financier des Etats. La complémentarité de ces deux approches est la voie suivie par les pays développés ainsi que les pays émergents notamment les BRICS. Dans les pays en développement, les partenariats Public/Privé devraient ainsi s’amplifier pour garantir le succès de nos économies et profiter pleinement de nos leviers de croissance.

Les entreprises doivent être capables de prouver qu’elles ont un socle solide qui peut servir de tremplin aux actions plus globalisantes des Etats.


De façon générale, quel est le problème le plus récurrent dont les chefs d’entreprises parlent le plus dans ces genres de grandes rencontres économiques ?

Le thème qui a marqué mon esprit et qui est souvent revenu, c’est celui de la création de champions nationaux. L’idée derrière ce thème est de savoir ce que les États font et ont prévu de faire pour accompagner les entreprises en Côte d’Ivoire et dans tous les pays de la zone francophone, afin que ces champions nationaux soient à même rivaliser avec des concurrents étrangers sur n’importe quel territoire (dans nos pays et à l’étranger) et de tirer vers le haut les PME / PMI nationales. C’est un sujet majeur et d’actualité. Des pays comme le Nigéria, le Maroc y sont parvenus. La CGECI et les récents gouvernements ont réalisé des d’importants travaux sur le sujet. Il est important que le secteur privé et le secteur public qui continuent de travailler ensemble à ce noble projet.


Comment se porte le secteur privé ivoirien ? Particulièrement les PME?

Les crises diverses que nous avons vécues, qu’elles soient politiques, économiques, sanitaires, sécuritaires ou environnementales, n’ont en rien épargnés nos PME locales. Certaines sont parvenues à saisir les opportunités qui se sont présentées, d’autres ont su s’adapter rapidement et résister à la crise. D’autres ont tout simplement disparues. Nous avons un secteur privé dynamique avec une jeunesse audacieuse qui essaie de faire la différence.

J’ai récemment participé au  Africa Oil Week en Afrique du Sud. J’ai été agréablement surpris d’y rencontrer des entreprises ivoiriennes, avec des expertises pointues, sous-traitants de majors du secteur pétrolier. Nous avons connu quelques beaux succès sur le secteur des Fintechs également, pour ne citer que ceux-là. Preuve que nos PME ont un réel potentiel.

Je dirai qu’aujourd’hui on ne peut pas tirer de conclusions sans avoir établi un baromètre précis. L’État essaie à travers ces projets et structures étatiques, comme le programme Pépite 2030, Agence Côte d’Ivoire PME, d’apporter un soutien aux petites et moyennes entreprises. Ce soutien nécessite que ces entreprises aient un minimum de structuration légale et organisationnelle. Or nous savons que l’informel est un véritable vivier d’activités florissantes. Les acteurs et partenaires de l’écosystème des PME doivent redoubler d’efforts et œuvrer pour une synergie d’actions dans la formalisation et la promotion des PME en Côte-d’Ivoire y compris celles évoluant dans le secteur informel. Ce n’est qu’ainsi que, l’émergence des PME nationales sera une réalité. L’objectif majeur doit être celui de construire des entreprises dynamiques et compétitives pour évoluer sur les marchés régionaux et internationaux.


Et c’est justement pour corriger toutes ces erreurs de parcours que vous intervenez. Alors on aimerait savoir quels sont les critères que doivent  remplir  une PME pour qu’on la considère comme une entreprise solide et qui peut résister à tout choc extérieur.

Les critères sont toujours difficiles à définir. Nous prenons souvent le parti d’évaluer la solidité d’une entreprise uniquement à travers l’analyse d’indicateurs financiers. En revanche, ceux-ci n’intègrent souvent pas un certain nombre de facteurs.

Aujourd’hui, on peut ne pas avoir de trésorerie mais avoir la capacité de la lever dès que le besoin se fait sentir grâce à son relationnel ou à la force de son fonds de commerce. Pour les mêmes raisons, on peut ne pas avoir de fonds propres énormes mais pouvoir capitaliser sur sa capacité à lever de la dette. Une entreprise en bonne santé n’est pas seulement une entreprise qui présente de bons résultats financiers et comptables. Ses performances, l’appréciation de son potentiel doivent prendre en compte l’effet temps, mais également les talents et le savoir-faire de ses promoteurs, dirigeants et salariés.

Tout est donc relatif.  Je ne dirai pas qu’il existe des critères spécifiques qui garantissent aux entreprises qu’elles puissent résister aux crises que nous traversons. Toutefois, des dispositifs organisationnels particuliers peuvent leur permettre de mitiger les dommages encourus en les anticipant à travers un plan d’action ou une stratégie de réponse en cas de crise. Toute PME aujourd’hui gagnerait à avoir par exemple un plan de continuité d’activité qui lui permettrait de mesurer son niveau de risque et de vulnérabilité en termes d’impact sur son personnel, ses procédés, ses profits et ses partenariats en cas de crise.


Les critères financiers sont donc des critères clivants ?

Des critères économiques et financiers sont importants. Je reste néanmoins persuadé qu’afficher de bons ratios financiers ne suffit pas. Il est tout aussi important de bien choisir son secteur, délivrer un service de qualité, avoir la confiance de ses clients, avoir des ressources humaines compétentes mais surtout avoir une vision claire de son projet. Tout cela s’englobe dans le concept du capital immatériel qui permet d’obtenir la confiance des donneurs d’ordre et de tout l’écosystème auquel l’entreprise appartient. Il faut avoir et promouvoir un business model qui marche.


Vous évoluez dans un domaine d’activités où on a des majors qui ont déjà une réputation et une notoriété établies. Qu’est-ce qui pourrait inciter un client à plutôt aller vers Mazars ?

C’est tout le défi d’une firme d’audit et de conseils comme la nôtre. Il est vrai que les ‘’BIG 4’’ sont des cabinets reconnus à travers le monde et déjà bien établis. Nous sommes des challengers mais c’est une position qui nous plaît bien. On sait qu’on n’aura pas toujours une seconde ou une 3e chance.  Alors, lorsqu’une opportunité se présente, nous la saisissons et travaillons sur la durée.

Notre positionnement sur le marché est plus affirmé depuis quelques années. Nous sommes une véritable alternative aux grands cabinets et misons essentiellement sur la qualité de nos collaborateurs et de nos services ainsi que sur notre proximité avec nos clients. 

Nos collaborateurs ne rejoignent pas Mazars par hasard. Ils choisissent une firme, où ils seront mis au défi de se développer et de croître. Ils sont bien formés, comprennent notre modèle, et sont prêts à évoluer avec nous. C’est un esprit totalement entrepreneurial et très transparent. Aujourd’hui Mazars est l’un des rares cabinets internationaux qui publie ses comptes alors que rien ne l’y oblige. Il faut juste retenir que nous avons la rigueur des grands cabinets ainsi que la proximité et l’agilité des plus petits.


Aujourd’hui, quelle est votre part de marché ?

C’est difficile à dire parce qu’aucun organe ne réalise cette étude. Néanmoins, nous avons quelques données qui nous permettent d’évaluer notre positionnement. C’est par exemple au travers du nombre de banques, d’entreprises d’Etat ou d’entités cotées à la BRVM auditées ou conseillées par les grands cabinets. En ce qui nous concerne, le ratio est plutôt très satisfaisant.

D’ailleurs, un récent article d’un de vos confrères, nous attribue la troisième place des cabinets d’audit sur la base du chiffre d’affaires des sociétés cotées audités. Je peux donc vous dire qu’aujourd’hui nous avons la confiance des plus grands groupes et des PME à fort potentiel.

Financial Afrik Premium