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Lutte contre la vie chère : la Côte d’Ivoire renforce son dispositif

Dans le contexte de la montée des prix des matières premières causée par le conflit ukrainien et la crise du Covid-19, de plus en plus de pays d’Afrique de l’Ouest adoptent des mesures pour lutter contre la vie chère. En Côte d’Ivoire, lors de la fête nationale, le 7 août dernier, le Président Ouattara s’est…

Dans le contexte de la montée des prix des matières premières causée par le conflit ukrainien et la crise du Covid-19, de plus en plus de pays d’Afrique de l’Ouest adoptent des mesures pour lutter contre la vie chère. En Côte d’Ivoire, lors de la fête nationale, le 7 août dernier, le Président Ouattara s’est adressé à la nation et a annoncé une nouvelle série de mesures pour améliorer le quotidien des Ivoiriens.

Les pays africains sont menacés par la “pire crise alimentaire et nutritionnelle depuis dix ans”, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). De nombreux pays d’Afrique de l’Ouest connaissent une envolée des prix des aliments de première nécessité, amplifiés par la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine. En avril dernier, le directeur régional du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale, Chris Nikoi, avait alerté les décideurs politiques : “la situation est en train de devenir incontrôlable. Les besoins augmentent beaucoup plus vite que notre capacité à y répondre actuellement, et ce, dans un environnement opérationnel extrêmement complexe et volatile.

Si de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest connaissent une forte poussée inflationniste (Ghana + 22 % ; Sierra Leone + 19 % ; Nigeria + 15 %), ces pays ne dépendent pas directement des réservoirs céréaliers d’Europe de l’Est et russe pour s’approvisionner en denrées alimentaires. C’est avant tout la montée du prix des hydrocarbures qui entraîne une flambée des matières premières et surtout des engrais. Ceci force les gouvernements à adopter des mesures d’urgence pour soutenir le quotidien des populations. 

Les mesures prises par les pays africains et la Côte d’Ivoire

De nombreux pays d’Afrique de l’Ouest ont ainsi sollicité l’aide internationale pour pallier ces difficultés liées à la crise internationale. Ils bénéficieront notamment de l’enveloppe de 30 milliards de dollars mise en place par la Banque mondiale. Les fonds viendront en appui de projets consistant à augmenter la production de nourriture et d’engrais. Déjà, un prêt de 315 millions de dollars a été accordé au Tchad, à la Sierra-Leone et au Ghana. Faisant face à une situation particulièrement complexe, Accra a été contrainte récemment de solliciter l’aide du Fond Monétaire International (FMI).

D’autres pays déploient des mesures domestiques afin de contrer l’inflation et ses effets, parfois avec succès. La Côte d’Ivoire a su amortir la hausse des prix par le déploiement d’une série de mesures ambitieuses à l’initiative du Président Ouattara. Parmi les plus emblématiques, la mise en place d’une enveloppe de 500 milliards de FCFA dans le but de subventionner le prix du carburant. Mais aussi le plafonnement des prix des produits de première nécessité (riz, sucre, lait, huile de palme, tomates, pâtes alimentaires, viande de bœuf, etc) à partir du mois de mars dernier. Une mesure assortie d’un dispositif de surveillance de 400 inspecteurs afin de faire respecter les tarifs en vigueur.

La lutte contre la cherté de la vie est un lieu commun de la politique d’Alassane Ouattara et de son gouvernement ivoirien. Déjà en 2018, un indicateur prenant en compte la perception des ménages avait été mis en place ; il avait été rapidement suivi de la création d’un comité contre la cherté de la vie en 2019.

Dans son discours à la Nation du 6 août, le président Alassane Ouattara a annoncé de nouvelles mesures. Les subventions sur le carburant à la pompe seront maintenues. Le président Ouattara ayant rappelé que “c’est grâce à cette subvention de l’Etat que les prix des produits pétroliers en Côte d’Ivoire figurent parmi les plus bas de la sous-région”. Le gouvernement a annoncé de nouvelles discussions avec les syndicats afin de “conclure une nouvelle trêve sociale pour les cinq années à venir”. Une annonce qui s’assortit de nouvelles mesures en faveur des traitements, salaires et retraites des fonctionnaires.

Le gouvernement sera aussi chargé de négocier une hausse du SMIG avec le secteur privé. L’objectif, en toile de fond, est de préserver le pouvoir d’achat de la population mais aussi la viabilité économique des entreprises. Raison pour laquelle le gouvernement a consenti, il y a quelques mois, la hausse du prix du ciment. Une condition de survie de la filière BTP ivoirienne, stratégique pour la croissance du pays. La dynamisation du secteur privé, notamment dans le domaine alimentaire, est une priorité pour le président Ouattara qui rappelait lors de son discours sa volonté : “d’atteindre la souveraineté alimentaire (…) à des prix accessibles“.

Souveraineté économique et alimentaire

Pour le gouvernement ivoirien, la crise actuelle constitue alors une opportunité afin de conquérir l’autosuffisance alimentaire. L’objectif affiché est d’augmenter l’offre sur le marché local et ainsi faire baisser les prix. Ce qui permettrait à terme de baisser la part des importations de denrées alimentaires qui pèsent à hauteur de 10% sur le budget national.  A court terme, l’ambition de la Côte d’Ivoire est de franchir un premier palier, en 2026, avec l’autosuffisance en denrées animales.

Dans cette optique, la production de produits locaux est largement encouragée, principalement via l’investissement privé. Comme le rappelait Nialé Kaba, ministre ivoirienne du plan et du développement, lors d’une interview, en juin, pour le journal Le Point : “Nous avons défini un certain nombre de filières prioritaires [pour les investisseurs privé, ndlr], parmi lesquelles figurent l’agrobusiness et l’agriculture durable, premiers secteurs de compétitivité de la Côte d’Ivoire”. En soutien de cette politique, le gouvernement a également annoncé en mars 2022 une nouvelle réglementation sur l’exportation des produits vivriers (banane, plantain, manioc, attiéké, igname, patate douce, etc).

Le gouvernement travaille à la diversification en général de l’économie du pays afin de la prémunir des fluctuations de ce type. C’est notamment le cas de la filière cacao dont l’industrialisation et la pérennisation fait l’objet d’une attention accrue.

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