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La Banque Centrale Européenne (BCE) met la BCEAO et la BEAC sous forte pression

La présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé, le 9 septembre 2022, d’augmenter son taux directeur de 0,75%. L’on passe ainsi d’un loyer de l’argent à 0% avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie à 1,25%. La BCE suit la doxa des pays développés qui entendent réduire l’inflation record en augmentant le coût…

La présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé, le 9 septembre 2022, d’augmenter son taux directeur de 0,75%. L’on passe ainsi d’un loyer de l’argent à 0% avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie à 1,25%. La BCE suit la doxa des pays développés qui entendent réduire l’inflation record en augmentant le coût de l’argent, donc en ralentissant les crédits et en asséchant les liquidités. Or, cette décision, bien fondée dans le contexte européen, va à l’encontre du contexte de la zone franc qui fait face non pas à une forte hausse de la demande mais, plutôt, à une baisse drastique de l’offre en denrées de base (blé, riz, huile, etc) frôlant la pénurie.

D’un côté, la BCE se voit dans l’objectif d’assécher les liquidités pour réduire l’activité économique et, donc, calmer les prix. De l’autre, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), confrontées à une inflation essentiellement importée, devraient, de ce fait, favoriser l’augmentation des allocations de ressources afin de relever la production agricole indispensable pour l’autosuffisance alimentaire. Ce schéma des positions contradictoires entre la BCE et les banques centrales africaines est accentué par la crise de l’énergie. La position importatrice nette de produits pétroliers de la part des pays africains (les raffineries tournent au ralenti à l’image de la Sonara au Cameroun) les oblige à mobiliser une bonne partie du matelas de leurs réserves de change pour acheter du mazout et du fioul et, parfois, des générateurs électriques (cas du Mali actuel).

Pour le moment, la BCEAO comme la BEAC, hésitent à suivre la tendance lourde de la BCE. La Banque ouest-africaine a relevé son taux de 0,25% depuis le mois de juin 2022, le portant à 2,25% alors que la BEAC a, dès avril, porté son taux directeur de 3,5 à 4% dans un contexte, faut-il le souligner, de réserves de change à un peu plus de 3 mois contre 6 pour la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). A noter qu’au moment même où la présidente de la BCE serrait la vis et que son homologue américain Jérôme Powell annonçait que la politique d’austérité se poursuivrait, l’euro repassait au dessus du dollar. Le Dollar Index, indice mesurant l’évolution du billet vert par rapport à six grandes devises, est redescendu de 110 à 108 points.

S’il y a un consensus entre pays riches et pays en développement, celui-ci résiderait, à notre sens, dans la volonté de ne pas céder par rapport au taux de change. La dépréciation monétaire est l’un des moteurs de l’inflation importée d’où la décision ferme prise par les autorités japonaises d’intervenir s’il le faut pour sauver le Yen, en perte de 15% par rapport au dollar depuis le début de l’année. Le ouf de soulagement des uns et des autres serait certainement le retrait du cours de pétrole, revenu au niveau de 90 dollars le baril, soit à son niveau de février.

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