L’inflation des complots diminue la valeur nette du complot …
Le président de la transition malienne fait de la surenchère avec la communauté internationale son cheval de bataille favori. Il s’agit d’une technique de négociations qui consiste à brandir l’absurde pour obtenir de son interlocuteur à renoncer à des exigences fondées sur la règle du droit. Ainsi, vis-à-vis de la mission des Nations Unies au Mali, la MINUSMA, qui intervient au Mali sur la base d’une résolution de l’ONU négociée par son pays, l’homme fort de Kati a obtenu, du moins sur le papier, à ce que désormais chaque décollage d’un aéronef soit signalé au préalable.
Pour neutraliser la CEDEAO arc-boutée sur un calendrier de retour du pouvoir aux civils dans un délai de deux ans, Bamako a fait arrêter 49 soldats ivoiriens dans le cadre d’une mission en cours depuis juillet 2019. Il aura fallu trois ans et 8 rotations de soldats ivoiriens pour que la junte se rende compte soudain qu’il s’agissait de tentatives de coup d’Etat. Quelle prouesse de la part des renseignements militaires maliens !
Soit-dit en passant, entre temps, lui le colonel Assimi Goïta a réussi l’exploit unique de perpétrer deux coup d’Etat, en août 2020 et en mars 2021, à neuf mois d’intervalle. Entre temps, il accusera en novembre 2020 un ex secrétaire général de la présidence de tentative de coup d’Etat. Même accusation portée un mois plus tard, en décembre 2020, contre
l’ancien premier ministre Boubou Cissé et un animateur de radio, Ras Bath, disculpés par la justice. L’ancien premier ministre fait l’objet d’un mandat d’arrêt international aux côtés de certaines figures marquantes maliennes comme Igor Diarra, ancien ministre de l’Economie et des Finances, tous aujourd’hui en exil «préventif». Quant à l’ancien premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, il est le symbole que, dans le Mali actuel, il ne faut surtout pas être suspecté d’ambitions politiques par une junte qui entretient la plèbe par l’agitation permanente des complots et la recherche de boucs émissaires.
Autre fuite en avant de la part du président Goïta, survivant miraculé d’une fameuse tentative d’assassinat dans une mosquée, l’accusation portée contre la France de larguer des armes aux terroristes tout juste après le lourd bilan de l’attaque de Tessit du 7 août dernier où 42 soldats maliens sont tombés sous les balles. «Les opérations clandestines et non coordonnées de survol enregistrée par les FAMa les 7 et 8 août 2022 confirment la thèse que les terroristes ont bénéficié d’un appui majeur et d’une expertise extérieure», rapporte l’armée dans une relative opacité et sans y ajouter ce détail qui changerait tout narratif: le fait, la preuve.
L’accusation rassemble à s’y méprendre à une grosse opération de communication et d’absolution à laquelle les maliens ne demandent maintenant que des preuves pour se laisser convaincre. Des preuves destinées sans doute au Conseil de sécurité convoqué en urgence.
Fait troublant, aujourd’hui Assimi Goïta est entrain de négocier avec les anciens «terroristes» sur la base de quotas permettant à leurs ailes civiles et militaires d’occuper des postes dans l’armée et l’administration. C’était exactement le projet de feu IBK renversé par des soldats qui promettaient alors d’aller au front pour rétablir l’intégrité territoriale. Plus de deux ans après, les officiers de Kati sont plus proches de Koulouba que de Kidal. Intransigeants face à la Côte d’Ivoire où vivent 5 millions de maliens mais prêts à négocier avec ceux qui ont porté les armes contre la république et qui ont, encore récemment, rendu une visite sanglante au camp de Kati à 15 km de Bamako, le régime malien surfe sur la popularité factice des réseaux sociaux. Un gain éphémère car ne touchant pas les questions de fond : la refondation de la nation, la refonte de l’armée qui se limite pas à l’acquisition des aéronefs et la lutte contre l’inflation et le chômage.
En restant vent debout contre l’ancien premier ministre Boubou Cissé mais drapeau blanc envers Iyad Ag Ghal et ses acolytes, Assimi Goïta montre que dans les sables mouvants du Sahel, la contradiction n’est pas mortelle. Certes, un peu d’eau dans son djamankoudji ne ferait pas du mal au plus populaire des colonels sur les réseaux sociaux.
