« Nous baissons les taux. Ne vous attendez pas à autre chose de ma part. En tant que musulman, je continuerai à faire ce que ma religion m’ordonne de faire «
Contre la doxa monétariste qui estime que l’augmentation du taux d’intérêt fait baisser l’inflation, Recep Tayyip Erdogan prône plutôt l’inverse. A 11 mois des élections présidentielles cruciales, le président turc, arrivé au pouvoir en 2022, a poussé la Banque Centrale turque à baisser son taux directeur de 14 à 13% alors que l’inflation frôle les 80%, son plus haut depuis 24 ans. La théorie monétariste dit qu’en augmentant le taux d’intérêt (loyer de l’argent), on diminue la masse monétaire en circulation et par conséquent l’investissement dans l’économie et, in fine, cela augmente le chômage. En relevant le taux d’intérêt, les banques diminuent leurs prêts, les agents économiques consomment moins. La demande en biens et services diminue et ralentit l’augmentation de prix. Autant de théories en vogue au milieu des années 70 mais mises à mal par un contexte actuel où l’inflation est essentiellement alimentée par l’augmentation des prix de l’énergie et les pénuries de produits de base.
« Nous sommes donc confrontés plus à une crise de l’offre qu’à celle de la demande », croit-on lire dans les décisions du président turc qui a limogé trois gouverneurs de Banque centrale depuis 2018 à chaque fois que ceux-ci ont osé relever le taux d’intérêt. Entre août et décembre 2021, le taux directeur turc avait été baissé de points, passant de 19 à 14 points sous l’instigation d’un président convaincu que la seule vertu de l’augmentation des taux d’intérêt est de favoriser le chômage. Un croc-en-jambe infligé à la théorie dominante qui valut à la livre turque une chute de 44% en 2021 face au dollar. La monnaie turque poursuit sa spirale baissière, ayant fondu de 25% depuis janvier 2022 et-ce malgré la mobilisation d’une bonne partie de la réserve de change du pays pour la soutenir.
Le président turc avait justifié en décembre 2021 son choix de garder des taux plus faibles dans le but de limiter l’usure interdit par la religion musulmane : « Nous baissons les taux. Ne vous attendez pas à autre chose de ma part. En tant que musulman, je continuerai à faire ce que ma religion m’ordonne de faire. » Reste à savoir qui de l’inflation ou de Erdogan remportera ce bras de fer.
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