Le président Macky Sall se rend ce lundi 15 août 2022 au Mali soit 72 heures après que les 49 militaires ivoiriens détenus depuis plus d’un mois aient été inculpés et écroués pour «atteinte à la sûreté de l’État». Bamako place ainsi la barre haut pour négocier avec la Côte d’Ivoire accusée ouvertement dans une affaire, qui relève du rocambolesque: une tentative de déstabilisation selon la garnison militaire de Kati, quartier général de la junte. Une histoire cousue de fil blanc, selon des experts qui suivent le dossier de près . Abidjan estime quant à elle que ces militaires traités de «mercenaires» par Bamako sont régulièrement inscrits dans l’effectif de l’armée ivoirienne et se trouvaient au Mali dans le cadre des opérations des Éléments Nationaux de Soutien (NSE).
Au delà de cet imbroglio judiciaire, la visite du président en exercice de l’Union Africaine intervient aussi après une série de tensions entre la junte et la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA) obligée depuis la mi-juillet à se plier à un nouveau protocole contraignant de rotations et des missions de reconnaissance aérienne.
Des pays majeurs comme l’Allemagne veulent réduire la voilure devant ce que les diplomates occidentaux appellent «incohérence». Ces tensions artificielles entre Bamako et l’ONU se font alors que les terroristes reprennent du poil de la bête n’hésitant plus à s’aventurer jusque dans les faubourgs de Bamako ou à attaquer l’armée de front.
Ainsi, début août, 42 soldats sont tués sous les balles du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM, JNIM en arabe) dans la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso et Niger).
Plus grave, le 22 juillet 2022, les terroristes ont attaqué la base militaire de Kati, où réside le président de transition. Cette attaque menée à 15 Km de la capitale malienne dément la communication gouvernementale basée sur une «reconquête fulgurante» du territoire avec le soutien logistique actif de la Russie.
Bref, les points de friction sont nombreux entre le président Macky Sall, président en exercice de l’Union Africaine, et la junte malienne. A commencer par cette exigence ferme de retour à l’ordre constitutionnel avec l’organisation des élections libres et démocratiques. Pour rappel, le 6 juin dernier, le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, a signé un décret lu à la télévision d’État et ramenant la transition à 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le militaire renonce ainsi à son projet de transition de 5 ans à l’origine des sanctions de la CEDEAO.
La CEDEAO qui a gelé ses sanctions espère du concret de la part de la junte engagée dans une sorte de course de lenteur pour passer le témoin aux civils et revenir dans les casernes.
