C’était sa cinquième candidature à la présidentielle. L’élection de la dernière chance pour ce vétéran, gauchiste doux, emprisonné pendant neuf ans, plusieurs fois ministre, premier ministre mais jamais président.
Cette fois-ci, Raila Odinga, 77 ans, à la tête de la coalition Azimio la Umoja One Kenya (Coalition pour l’unité), est tout près du Saint-Graal qu’il avait déjà cru atteindre lors de sa supposée victoire volée en 2007 au profit de Mwai Kibaki. Un contentieux électoral soldé dans le sang avec 1100 morts dans des violences post-électorales qui avaient débouché sur un gouvernement d’union nationale avec Odinga comme Premier ministre. En 2022, les temps ont changé pour «Baba », surnom de Odinga en Swahili, qui avait l’immense défi de s’imposer au delà de son bastion électoral de l’Ouest Kenyan. La figure historique de la politique kényane a innové en choisissant une femme comme colistière. Il s’agit de Martha Karua, 64 ans, avocate de formation, ancienne ministre de la justice surnommée la «dame de fer et candidate aux présidentielles de 2013.

Lui même Ingenieur médical formé en Allemagne de l’Est à l’époque soviétique, Odinga a fait campagne sur les thèmes de la lutte contre la corruption, de la mise en place d’un système de santé fiable et de la promesse d’un système éducatif gratuit. Son adversaire immédiat, le milliardaire William Ruto, 55 ans, autoproclamé «chef des débrouillards », est un ancien vendeur d’œufs qui a réussi à force de persévérance. Ruto a pour colistier à la tête de sa coalition Kenya Kwanza (Kenya d’abord) un certain Rigathi Gachagua, autre grande fortune et, surtout, ancien assistant personnel d’Uhuru Kenyatta (2001-2006) devenu un critique féroce du chef de l’Etat.
La préférence des kenyans semble pencher vers le ticket Raila Odinga -Martha Karua. En effet, en début d’après-midi du samedi, M. Odinga totalisait 52,54% des voix (2.288.315 voix), contre 46,76% (2.036.795 voix) pour William Ruto, sur 29,92% des bureaux de vote, selon des résultats officiels diffusés depuis Nairobi, dans la salle où la commission électorale indépendante (IEBC) procède aux opérations de collecte, comptage et vérification des résultats.
Si quatre candidats étaient en lice, l’élection se résume à un duel entre Raila Odinga, figure historique de l’opposition qui a reçu le soutien de M. Kenyatta et William Ruto, le vice-président sortant. Ce scrutin a été marqué par une participation en forte baisse: selon l’IEBC environ 65% des 22,1 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes mardi, une forte baisse par rapport aux 78% enregistrés lors du scrutin d’août 2017. Depuis son indépendance en 1963, le Kenya a été dirigé uniquement par des présidents des ethnies kikuyu et kalenjin, dont sont issus, respectivement, MM. Kenyatta et Ruto. Odinga est un Luo soutenu par une colistiere Kikuyu. Pourvu que ces élections présidentielles et parlementaires marquent un nouveau départ pour la première économie d’Afrique de l’Est.
