Le taux directeur de la Banque Centrale a franchi allègrement les 200% et le dollar zimbabwéen a perdu 72% de sa valeur avec le dollar en 7 mois.
[1 USD = 361,9 ZWD] Le Zimbabwe voit son taux d’inflation culminer à 256,9% en juillet contre 191,6% en juin. L’ex Rhodésie du Sud libéré de l’Apartheid par Robert Mugabe au début des années 80 s’enfonce de nouveau dans un triste rôle taillé sur mesure de pays détenant la plus forte inflation au monde, devant le Venezuela, le Soudan et le Yémen. Cette accélération inquiète la communauté d’affaires et fragilise le bilan du ministre des Finances, Mthuli Ncube (photo), qui était parvenu à vaincre l’hyper inflation (ce qui lui avait valu d’être nominé parmi les cinq meilleurs ministres africains de l’économie et des Finances) qui était de 558% à sa nomination il y é quatre ans.
Aujourd’hui tout semble à refaire avec un taux directeur de la Banque Centrale (Reserve Bank of Zimbabwe) dépassant les 200% contre 80% au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette mesure agressive ajoutée au lancement des pièces d’or depuis le 25 juillet destiné à réduire la quantité de la monnaie locale en circulation, n’a pas suffi à briser la spirale.
Pour rappel, en 2008, la banque centrale avait dû émettre un billet de mille milliards de dollars zimbabwéens. A l’époque, l’inflation qui atteignait 489 milliards pour cent était causée par l’échec de la réforme agraire et l’embargo décidé par l’Occident qui accusait le parti au pouvoir, le ZANU PF, au pouvoir depuis 1980, d’avoir tripatouillé les élections.
Le pays avait même dû abandonner sa monnaie en 2015 pour adopter le dollar américain. Le dollar zimbabwéen réintroduit en 2019 n’a pas encore la cote auprès des acteurs du secteur privé qui pensent avant tout à protéger leurs revenus dans des devises plus sûres.
En 2022, l’inflation est la conséquence de la crise ukrainienne. Mais hier comme aujourd’hui, les ménages et agents économiques en général convertissent leurs avoirs en dollars américains, accélérant la chute de la monnaie locale et amplifiant la pénurie de devises.
Selon l’agence nationale des statistiques, la Zimbabwe National Statistics Agency, la spirale inflationniste est alimentée par des facteurs externes et un taux de change volatile entre la monnaie nationale et le dollar. Entre janvier et juillet, le taux d’inflation est passé de 60,7% à 256,9%. De quoi fragiliser le pouvoir du président Emmerson Mnangagwa, tombeur de Mugabe lors d’un coup de force politique en 2017, mais menacé par la colère populaire. En mars, son parti (Zanu-PF) a vu son pouvoir sérieusement réduit par la percée de la Coalition des citoyens pour le changement (CCC), parti d’opposition à peine constitué.
