La présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis fait à nouveau la Une des médias du monde entier. En atterrissant le 2 août 2022 à l’aéroport Songshan de Taipei, la capitale de Taiwan, celle-là même qui, en janvier 2021, était à deux doigts de réussir une motion d’impeachment contre le virevoltant Donald Trump, était également à un pas de déclencher un conflit régional en Asie de l’est, voire mondial avec une puissance nucléaire qu’est la Chine.
Pendant quelques heures, le monde entier retenait son souffle et était à quelques encablures d’une éventuelle réaction militaire en chaîne qui aurait conduit la planète au bord de l’abîme nucléaire. Ouf, il n’en a rien été. Les Russes et leurs alliés de circonstance en état d’alerte ont condamné l’attitude de Washington. La Chine, malgré les menaces au « feu » militaire, a plutôt fait preuve de sagesse. Annonçant toutefois des représailles à travers des « actions ciblées » en forme d’opération militaire autour de l’île et des sanctions économiques pour protester. Une façon de montrer les muscles pour ne pas perdre la face devant « le risque héroïque » selon certains Taïwanais qu’aurait pris la téméraire Nancy Pelosi.
Un poker menteur savamment orchestré
Personne n’aurait parié sur une telle audace d’un élu démocrate de haut rang à Washington, même au sein de l’état-major américain de la défense. Le pentagone avait plutôt émis une consigne dissuasive sur une visite à Taïwan d’un haut responsable américain dans un contexte de tensions récurrentes en mer de Chine. L’obstination de Nancy Pelosi a obligé Joe Biden à s’entretenir pendant des heures une semaine plus tôt, pour aborder entre autres, la question de Taiwan afin d’évaluer les risques sécuritaires encourus avec la Chine pour anticiper tout erreur de jugement.
Un entretien au cours duquel le président chinois Xi Xinping lui a réaffirmé que le principe des relations sino-americaines était bâti sur la reconnaissance d’une seule Chine, communiste unie et indissociable de Taiwan. Malgré les menaces directes du président Xi, accusant Washington de vouloir rompre le statu quo qui empêche Taiwan de déclarer son indépendance et la Chine d’envahir l’île, Nancy Pelosi qui a maintenu le flou sur sa visite dans la région jusqu’au bout a finalement atterri mardi 2 août à Taipei, une symbolique suffisamment forte qui a provoqué la colère de Pékin, dénonçant une violation de son intégrité territoriale.
Le statut quo sino-américain sur l’île de Taiwan en passe d’être caduque
La volonté de l’administration Biden à vouloir coûte que coûte réaffirmer « le Taiwan Relations Act », un accord scellé en 1979 qui sonne comme une « ambiguïté stratégique » de Washington dans ses relations avec l’île de Taiwan, empêchant les États-Unis de reconnaître la République de Chine (Taiwan) comme un État indépendant, empêchant ce dernier de déclarer unilatéralement son indépendance vis-à-vis de la Chine, et offrant en même temps la possibilité aux Américains d’une « assistance » militaire aux Taïwanais en cas d’agression chinoise unilatérale, en violation de l’accord, rend l’équation de plus en plus explosive.
Dans un contexte d’invasion de l’Ukraine par la Russie, les positions des Américains et des Chinois semblent avoir évolué sur la question de Taïwan et le statut quo qui maintenait l’équilibre sur son autonomie et sa sécurité vis-à-vis de la Chine continentale est désormais ouvertement remis en cause par les deux grandes puissances et ne tient désormais qu’à un fil. Une situation qui tire sa source de l’arrivée au pouvoir à Taipei en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen, sous la bannière du Parti indépendantiste DPP, qui affiche clairement des velléités indépendantistes. La Chine clame depuis, haut et fort, que Taïwan doit revenir de « gré ou de force » dans le giron de la Chine continentale. Les États-Unis quant à eux affichent un soutien diplomatique et de plus en plus militaire à l’île, n’hésitant pas à encourager les dirigeants Taïwanais à suivre la voix de la « démocratie ».
Cependant, les liens économiques et commerciaux étroits entre Pékin et Taipei et la volonté de l’écrasante majorité des Taïwanais en faveur d’un maintien permanent du statut quo rendent une intervention militaire chinoise complexe et préjudiciable pour les deux frères ennemis, de l’avis de beaucoup d’analystes. Mais l’interférence de hauts responsables américains dans la politique intérieure de l’île, les manœuvres militaires conjointes en mer de Chine et dans le détroit de Taïwan pourraient pousser la Chine à emprunter la voie de la Russie, l’annexion de l’île de Taïwan. Ce qui présente des perspectives d’instabilité accrues en Asie orientale, voire de conflit ouvert entre la Chine et les États-Unis.
