Sous le prisme « amitié et solidarité » selon la présidence camerounaise, cette visite officielle permettra aux deux pays de revisiter une relation bientôt séculaire, et devrait être dominée par des enjeux économiques.
Le président français a entamé hier un périple africain qui le conduit du 25 au 27 juillet 2022 au Cameroun. Arrivé nuitamment lundi dans la capitale camerounaise, Emmanuel Macron aura un tête-à-tête ce mardi avec son homologue Paul Biya. Au-delà du sommet entre les deux chefs d’Etat, les deux délégations auront une séance de travail au Palais de l’Unité où des accords de coopération devraient être signés avec une annulation en partie de la dette camerounaise.
Une visite de « reconquête » ont tôt fait de soutenir des analystes, les entreprises françaises ayant particulièrement perdu du terrain ces deux dernières décennies au profit de nouveaux investisseurs, notamment asiatiques. Certes, quelque 200 entreprises françaises selon le Mouvement des entrepreneurs français (MEDEF) mènent des activités au Cameroun dont certains grands groupes industriels et économiques à l’instar de Bolloré, Castel, Vilgrain, Total, AXA, Sogea-Satom. Mais force est de constater que ces entreprises françaises qui représentaient 40% du poids économique du Cameroun dans les années 1990 ne pèsent que 10% en 2022.
Un net recul, conséquence de l’ouverture de l’espace économique entreprise par les autorités camerounaises notamment marquée par la montée en puissance de la Chine, la Russie, la Turquie, le Maroc ou l’Afrique du Sud au détriment non seulement de la France, mais de l’ensemble du continent européen. Conséquence, la France longtemps inamovible premier partenaire économique a cédé son leadership à la Chine et ne figure qu’au septième rang des fournisseurs du Cameroun. Cette dégringolade a des conséquences dans la sous-région, non seulement parce que le Cameroun représente près de 40% du produit intérieur brut (PIB) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), mais la plupart des firmes françaises couvrant cette partie du continent sont basées au Cameroun.
D’après des sources, les investissements directs étrangers (IDE) français représentant actuellement 560 milliards de FCFA (853 millions d’euros) n’ont eu de cesse de baisser, car ne représentant que le tiers des IDE français dans certains pays du pré-carré, à l’instar de la Côte d’Ivoire, du Gabon ou du Sénégal. Toutefois, la balance commerciale reste excédentaire pour la France avec 350 milliards de FCFA (535 millions d’euros) en 2021, contre 170 milliards de FCFA (260 millions d’euros) pour le Cameroun.
La tentative de reconquête économique française à travers cette visite d’Emmanuel Macron intervient dans un contexte sociopolitique marqué par une montée du sentiment anti-français, la France n’ayant pas toujours soldé le passif historique lors de la guerre d’indépendance au Cameroun entre 1955 et 1960 où des milliers de Camerounais, notamment des militants et sympathisants de l’Union des populations du Cameroun (UPC) furent massacrés par la France impérialiste. Le Cameroun était alors territoire de l’Organisation des Nations Unies (ONU) dont la partie méridionale était placée sous administration de la France et la partie occidentale sous administration britannique.
Une période mal gérée de l’histoire contemporaine à l’origine des relents sécessionnistes dans les régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest. Même si de nombreux Camerounais « n’attendent rien » de cette visite du président français, un consensus se dégage sur l’intérêt pour la France « de reconnaître ses erreurs et de demander officiellement pardon au peuple camerounais ». Ce que l’Hexagone a jusque-là toujours refusé. Et rien ne présage a priori d’un changement d’attitude du vaniteux « coq » français.
