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Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau : à quoi faut-il s’attendre lors de cette première tournée du second quinquennat d’Emmanuel Macron ?

C’est par Yaoundé que le président français entame sa première visite africaine du second mandat du 25 au 28 juillet 2022. Il se rendra ensuite à Cotonou et à Bissau. Une tournée diplomatique placée sous le signe de la « continuité » et de la « constance », selon l’Elysée, qui ne pourra pas faire…

Le président français Emmanuel Macron

C’est par Yaoundé que le président français entame sa première visite africaine du second mandat du 25 au 28 juillet 2022. Il se rendra ensuite à Cotonou et à Bissau. Une tournée diplomatique placée sous le signe de la « continuité » et de la « constance », selon l’Elysée, qui ne pourra pas faire l’impasse sur le redéploiement des forces militaires françaises en Afrique, les questions de gouvernance ou la crise alimentaire provoquée par la guerre en Ukraine.

Par Christine Holzbauer, à Paris

Le Cameroun est la première étape de cette tournée diplomatique subsaharienne du second quinquennat, dans laquelle la nouvelle ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, le ministre français des armées, celui du commerce international ainsi que la secrétaire d’Etat au développement, sont embarqués. Le président Macron y séjournera du 25 au 26 juillet avant de se rendre au Bénin, le 27, puis en Guinée Bissau, le 28. En plus du signal politique fort que sa priorité demeure le continent africain, « ce déplacement permet de garder le fil de l’agenda du renouvellement de la relation Afrique France, agenda qui a été bâti et développé au cours du premier mandat », a commenté Franck Paris, le conseiller Afrique de l’Elysée, lors d’un briefing à Paris auquel a participé Financial Afrik. 

Quant au choix des pays, il est clairement assumé : « Le Président se rendra dans une région, l’Afrique centrale, qu’il a jusqu’à présent peu visitée, même s’il s’est rendu au Tchad (…) Après l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est ou l’Afrique australe, la portée de notre partenariat avec l’Afrique a bien une dimension continentale. Il se rendra également au Bénin, qui est de plus en plus intégré et connecté aux problématiques sahéliennes en raison du débordement croissant de la menace terroriste sahélienne sur les pays du golfe de Guinée », a-t-il précisé.

La dernière étape, en Guinée-Bissau, « un pays lusophone volontaire dans un rapprochement avec la France, mais aussi soucieux de son intégration dans un environnement régional francophone », compense le déplacement prévu en 2020 en Angola, mais qui avait du être annulé à cause de la Covid 19. Le fait que le dirigeant de ce petit pays, toujours en proie aux narcotrafiquants, le président Umaru Sissoko Emballo, vienne d’être nommé à la tête de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), -en remplacement du Ghanéen Nana Akufo Addo-, explique cette décision puisque la France veut aider cette organisation régionale.

Promouvoir l’initiative FARM

C’est d’abord à Yaoundé, où Emmanuel Macron arrive accompagné d’une importante délégation du Medef international avec la participation de La Compagnie fruitière, déjà bien implantée au Cameroun, ou de Géocoton, que la France entend redorer son blason en Afrique. Ce pays a signé en avril 2022 des accords de défense avec Moscou, mais l’Elysée refuse de commenter la relation à long terme de certains pays africains avec la Russie. Hormis pour rappeler les dangers que la présence du groupe Wagner fait peser sur certains groupes ethniques de la sous-région, notamment au Mali et en Centrafrique. Des entretiens en tête à tête sont prévus entre le Président français et son homologue, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 40 ans. La situation dans le NOSO, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, où un conflit armé sévit depuis cinq ans, sera discutée. « Le Président de la République abordera la question des réformes sur lesquelles les autorités camerounaises se sont prononcées à plusieurs reprises, notamment les questions de réforme de décentralisation. Ce sera l’occasion pour faire le point sur la mise en œuvre de ces engagement », confirme-t-on de sources élyséennes.

Sur les raisons de cibler ce grand pays agricole dans le cadre d’un partenariat Europe Afrique visant à créer une plus grande autosuffisance alimentaire, -suite aux pénuries provoquées par la guerre en Ukraine-, les conseillers élyséens sont intarissables. En tant que première économie d’Afrique centrale, le Cameroun pourrait servir à alimenter l’ensemble des pays de la région. Son secteur privé, qui sera représenté par le GICAM, est particulièrement bien structuré pour les activités agricoles. Le patronat camerounais a d’ailleurs été l’un des premiers à avoir répondu à l’initiative FARM lancée par Emmanuel Macron en février dernier « en lui proposant d’avancer sur un partenariat de production agricole. En venant à Yaoundé, le Président apporte une réponse en personne », fait valoir Franck Paris.

Le but est de « construire des perspectives d’investissement sur des filières identifiées comme prioritaires par nos interlocuteurs camerounais. Et, on l’espère, à l’issue d’une réunion de travail qui sera consacrée et menée sous l’égide du nouveau ministre français du Commerce extérieur, Olivier Becht, de déboucher sur une feuille de route d’investissements français dans l’agriculture camerounaise », ajoute-t-il. Tout en soulignant l’importance de continuer à renforcer le volet culturel, artistique et sportif de la relation bilatérale dans les pays visités.

Faire émerger la société civile

Au Cameroun, une rencontre d’échanges avec les jeunes est également prévue « dans la droite ligne du sommet Afrique France de Montpellier», toujours selon Franck Paris. Pour ce faire, Emmanuel Macron sera accompagné du professeur Achille Mbembe, auteur d’un rapport qui avait donné le cadrage lors du sommet de Montpellier, ainsi que de l’artiste et chanteur Greg Belobo, de la journaliste Denise Epoté, de l’artiste Blick Bassy et d’autres représentants du monde sportif comme l’ex-entraîneur de la sélection du Cameroun Claude Le Roy ou l’ex rugbyman français Serge Betsen, très engagé dans des activités associatives et sportives au Cameroun.

Idem au Bénin, où la chercheuse Bénédicte Savoy, qui avait rédigé le rapport sur la restitution des biens culturels avec l’économiste sénégalais Felwine Sarr, ainsi que Marie Cécile Zinsou, qui dirige la fondation Zinsou à Cotonou, seront du voyage. Sur le volet sportif, le Président retrouvera sur place la basketteuse française Isabelle Yacoubou ainsi que Jean-Marc Adjovi-Boco, un ancien membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), aujourd’hui très engagé dans le domaine sportif au Bénin.

Quant aux rencontres avec d’éventuels opposants, voire des interventions concernant des adversaires politiques comme, par exemple, Michel Thierry Atangana, un ingénieur français emprisonné depuis 17 ans au Cameroun  ou le cas, plus récent, de l’ex Garde des Sceaux et activiste de la société civile au Bénin, Reckya Madougou, condamné à 20 ans de prison pour terrorisme, la réponse est toujours la même. « Si ces questions sont abordées, elles le seront hors media », a martelé le conseiller Afrique de l’Elysée.

Rendre moins visible la présence militaire française

De plus en plus affligées par le climat d’insécurité qui règne au Sahel, avec de surcroit une recrudescence des attaques de Boko Haram au Nigéria et au Niger, les autorités béninoises n’ont pas fait la demande pour une présence militaire française sur le terrain. Pas plus d’ailleurs que les autorités togolaises. « Il y a, en revanche, une demande d’appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d’équipement. Et nous sommes en train d’examiner la manière d’y répondre positivement », précise Franck Paris.

Avec une intensité moindre qu’au Nigéria, Boko Haram lance depuis 2014 des attaques dans l’Extrême Nord du Cameroun, un territoire dont elle se sert de base de repli pour se réapprovisionner. Pour nombre d’observateurs, le succès relatif du Cameroun dans sa lutte contre cette secte armée pourrait inspirer l’armée française dans son déploiement en milieu hostile, quand on connait la complicité de certaines populations locales camerounaises du Nord avec les hommes armés de la secte nigériane.

Pour Franck Paris, cette réponse aux éventuelles demandes d’assistance militaire des Etats de la région est conforme à l’approche définie en février dernier par le Président français : « rester fortement engagé militairement au Sahel, mais l’être sous une forme de moins en moins visible et de plus en plus en appui aux efforts des autorités locales », a-t-il précisé. Si un meilleur soutien de la France aux armées locales devait résulter de cette visite présidentielle, alors il est à parier que cette dernière marquera des points vis-à-vis de compétiteurs comme la Russie, la Turquie voire la Chine.

Financial Afrik Premium