La hausse du dollar devrait dynamiser les exportations des soft et hard commodities (Cacao, noix de cajou, coton, or, zircon, pétrole), des pays de la zone Franc CFA. En général, les pays qui facturent leurs exportations en dollars et leurs importations en euros doivent tirer les marrons du feu. Dans ce tohu-bohu, à ne pas minorer bien évidemment l’appréciation notable des produits pétroliers raffinés (le manque de raffineries pénalise incontestablement la CEMAC et l’UEMOA mais aussi le Nigeria) et des services de la dette. Les remboursements des eurobonds libellés dans la monnaie du nouveau monde seront des moments à surveiller de près dans la deuxième moitié de l’année 2022.
Le couple euro/dollar oscille autour de la parité depuis le 8 juillet quand la devise du vieux continent a accéléré son plongeon, calant à moins 1,01 dollar, soit quasiment à son niveau de lancement il y a 25 ans. Le 31 décembre 1998 à la veille de son lancement, la monnaie commune valait 1,1668 dollars. Dès la première journée de cotation, l’euro qui est rappelons-le lié au Franc CFA par une parité fixe (1 euro= 655 FCFA) monte à 1,1837 dollars. A la fin octobre 2000, l’euro tombe à 0,8230 dollars, son plus bas historique. La monnaie enropéenne entre en circulation en 2002 au niveau des 11 pays membres et les convergences entre les deux rives de l’Atlantique la font évaluer vers la parité en décembre de la même année. Puis arrive la crise des supprimes à partir de juillet 2008 et son corollaire de mesures non orthodoxes comme l’injection massive de liquidités par la FED.
Les investisseurs fuient le dollar et l’euro monte à son plus haut historique à 1,608 dollars en juillet 2008. L’entrée en récession de l’Europe en novembre de la même année, le plan de sauvetage de la Grèce (110 milliards d’euros d’aides) coupe l’élan de l’euro qui revient sous les 1,2 euros en juin 2010. En juillet 2012, l’euro vacille et doit sa survie à la détermination du gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), l’italien Mario Draghi, qui dit faire ce qu’il peut pour sauver la monnaie. Certains lui reprocheront d’avoir baissé les taux d’intérêt, punissant les fourmis allemandes au profit des cigales italiennes qui ont pu ainsi s’endetter à moindre frais. La chute de l’euro est mise à profit pour la relance des exportations. En mars 2015, la monnaie issue du traité de Maastricht glissait sous 1,05 dollars. En janvier 2017, l’euro qui a absorbé coup sur coup le Brexit (sortie du Royaume Uni de l’Union européenne) et l’élection de Donald Trump est négocié à 1,0341 dollars. L’élection cette année de l’européaniste Emmanuel Macron redonne du tonus à la monnaie du vieux continent qui monte à 1,255 dès début 2018. Puis advient la pandémie de Covid-19 avec l’option de la FED de sauver l’économie américaine par tous les moyens. Les injections record qui ont favorisé le marché action et les actifs nouveaux comme les cryptomonnaies prennent fin avec le resserrement de la politique monétaire en 2021 et la remontée des taux. Dans le même temps, l’Europe, ligne de front de la guerre en Ukraine, est confrontée à la hausse record de l’énergie d’un côté et, de l’autre, à une inflation record. La question est de désormais savoir si le plongeon de l’euro se poursuivra pour casser la ligne des 1 dollars.
