L’étonnante remontée du Rouble le laisse subodorer. L’effondrement subite du géant allemand de l’Energie, Uniper, le fait accréditer. La Russie de Vladimir Poutine fait mieux que résister à l’embargo de l’Otan et des 38 pays membres et amis décrété fin février au lendemain de l’invasion de l’Ukraine. Le géant euro-asiatique traversé par 11 fuseaux horaires le long de ses 17 millions de kilomètres a réinventé son économie en un temps record, renforçant ses alliances avec l’Inde, la Chine et l’Iran tout en créant un système équivalent à Swift pour les transferts bancaires. Certes, le PIB de l’héritière de l’empire soviétique devrait ainsi se contracter de 12,4 % cette année, mais tout est dans la symbolique.
En exigeant des européens de payer en rouble leurs approvisionnement en gaz, et-ce après avoir ouvert un compte dans une banque russe, Vladimir Poutine semble avoir renversé la donne. Ainsi, les 100 roubles qui valaient 1,2 euro en janvier 2022, avant de tomber à 0,62 euros début mars, valent aujourd’hui 1,8 euros, triplant de valeur en quatre mois. Aujourd’hui le rouble a atteint son niveau le plus élevé en sept ans par rapport au dollar et à l’euro. La monnaie russe est soutenue par les recettes élevées des exportations de matières premières, une forte baisse des importations et une interdiction pour les ménages de retirer leur épargne en devises étrangères.
Pour contourner les effets négatifs de l’embargo, la banque centrale russe a réduit ses taux et rattaché sa monnaie à l’or, un gramme du métal jaune valant 5000 Roubles. Vue d’Amérique, la hausse du Rouble est le résultat de mesures monétaires et de contrôle de la circulation des capitaux qui ne sont pas soutenables à long terme, comme l’a estimé le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, dans le New York Times.
Ces performances de la monnaie russe devront être soutenues par le décret signé fin juin par Vladimir Poutine autorisant le pays à utiliser des roubles pour payer sa dette souveraine libellée en devises étrangères. Un pari audacieux qui risque de faire tomber la Russie en défaut de paiement.
D’ailleurs, Moody’s a estimé mardi 28 juin 2022 que la non-réception, au lundi 27 juin, des intérêts de la dette russe par les créanciers constituait un « défaut » de paiement.
La Russie devait payer 100 millions d’intérêts sur sa dette le 27 mai, une échéance assortie d’une période de grâce d’un mois. Moscou estime que son défaut est artificiel du moment qu’elle dispose de l’argent à volonté et qu’elle était prête à payer. Grande gagnante de la flambée de l’énergie et de la hausse des matières premières, Poutine nargue Joe Biden et ses alliés. Mais jusqu’à quand ? Experts et stratèges sont partagés quant à savoir à qui de l’OTAN et de la Russie profiterait d’une guerre longue.
