La Côte d’Ivoire qui envisage se hisser au rang des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure a élaboré un Plan National de développement pour la période 2021-2025 à la hauteur de ses ambitions. Dans cet entretien avec Financial Afrik, Kaba Nialé, Ministre ivoirienne du Plan et du Développement nous explique les stratégies mises en place pour faire passer le taux de pauvreté sous la barre des 30% à l’horizon 2030.
Mme Kaba Nialé, vous êtes Ministre du Plan et du Développement dans le gouvernement ivoirien. Et, à ce titre, vous êtes en charge de l’élaboration et de la mise en œuvre du Plan National de Développement (PDN). Madame le Ministre, qu’est-ce qui soutient la croissance économique de la Côte d’Ivoire ?
Depuis 2011 le pays a engagé des reformes structurelles de grande ampleur avec l’objectif de créer un environnement sociopolitique stable , un cadre macro-économique solide et une inflation maitrisée. Lorsque l’Etat investit, il veille également sur son niveau d’endettement. Et dans ce cadre, l’Etat a réalisé des investissements de grandes ampleurs dans les secteurs socio-économiques. Notamment, l’Education, la Santé, l’Eau potable, le Transport, les Routes, l’Energie…Etc. Entre 2012 et 2020, le taux d’investissements publics est passé de 3% à 5,4% du PIB. L’investissement public à des effets d’entrainement sur l’investissement privé et sur la consommation des ménages. Les ménages qui vont adresser de la demande aux secteurs productifs. Et tout cela entraine un accroissement de l’investissement privé. Parallèlement aux différentes réformes nous avons également amélioré considérablement l’environnement des affaires. On s’est donc retrouvé avec un volume d’investissements privés qui s’est accru considérablement. Et en 2012 nous sommes passés de 7,3% d’investissements publics à 17% en 2020. Nous avons une économie dans ce cadre d’investissement qui a été essentiellement portée par les secteurs secondaires et tertiaires. Mais quand on dit que la croissance est portée par le secteur secondaire et tertiaire, il ne faut pas oublier que nous sommes une économie essentiellement agricole. Néanmoins la dynamique de croissance est portée par ces deux secteurs. Et on voit le secteur secondaire prendre de plus en plus d’importance dans la contribution au Produit Intérieur Brut. Aujourd’hui on peut dire que parmi les grands secteurs d’investissement dans notre pays, nous avons l’agriculture à la fois vivrière et d’exportation, l’industrie manufacturière. Et à l’intérieur de cette industrie il faut savoir que l’agro-industrie occupe une grande place. Nous avons le secteur des BTP qui occupe une très grande place dans la croissance. Nous avons également l’énergie, le transport, le commerce et enfin le secteur des télécommunications. Aujourd’hui nous assistons à la forte croissance des téléphones cellulaires et c’est l’un des secteurs les plus créateurs de richesse dans le pays. Enfin je vais ajouter le secteur des services financiers et l’effervescence qu’on note dans le secteur du Tourisme.
Nous sommes au troisième cycle du Plan National de Développement (Plan 2021-2025). Qu’est-ce qui a véritablement changé avec les précédents PND ?
Vous l’avez constaté, nous bâtissons nos PND autour de piliers. Et ces piliers sont définis par les priorités nationales. Au sortir de la crise postélectorale l’objectif du plan 2012-2015 c’était bien sûr de rétablir la sécurité et l’état de droit. Ensuite il était nécessaire de consolider la paix et la réconciliation et relancer l’économie. Tout le monde se souvient de l’état de l’économie au sortir de la crise. Le pays avait subi 10 années de crise sociopolitique qui ne sont pas un contexte favorable à l’économie et enfin il fallait restaurer l’image de la Côte d’Ivoire au plan international. Ce sont ces préoccupations qui ont été portées par le Plan National de Développement et mises en œuvre avec succès. Et dans le prolongement de ce plan, il y a celui de 2016-2020 (PND 2016-2020) qui a été élaboré avec l’objectif de renforcer les bases économiques, de créer davantage de richesse, d’offrir sur le plan pratique davantage de commodité et de bien-être aux populations. Et tout cela avec un objectif d’émergence. Vous vous souvenez de l’objectif d’émerger à l’horizon 2020. Donc c’est à la fois la transformation sociale, la transformation économique, davantage de résilience et de création de richesse. Les piliers c’était de mettre l’accent sur la qualité des institutions de la République et la Gouvernance, accélérer le développement du capital humain et le bien-être social, accélérer la transformation structurelle de l’économie par l’industrialisation, le développement des infrastructures harmonieusement répartis sur le territoire national, et nous avons encore la question du renforcement de l’intégration régionale de la coopération internationale. C’est ce PND qui a porté l’objectif d’émergence. Evidemment, comme les bailleurs de fonds l’ont dit, la Côte d’Ivoire a présenté les caractéristiques d’une économie pré-émergence déjà avant la crise postélectorale dans les années 2019-2020. Et à la suite de la forte croissance, on a eu 8 % de croissance en moyenne sur la période 2012 -2019. Ça a permis d’améliorer fortement la résilience de l’économie. Bien sûr il y a eu l’intermède de 2019 à cause de la crise post électorale mais le pays a repris sa croissance. Même si cette année on a la crise russo-ukrainienne qui constitue un véritable choc extérieur pour nos pays, on avait commencé la reprise en 2021 avec un taux de 7 % de croissance. Alors ce PND 2021-2025 s’inscrit dans le prolongement de 2016-2020. L’objectif c’est d’aller plus loin dans la transformation sociale de notre économie notamment dans la transformation industrielle. Aller plus loin dans l’industrialisation mettre l’accent sur une plus grande transformation locale de nos matières premières. Vous savez qu’on est premier en beaucoup de choses mais la transformation locale ne suit pas. Nous allons donc être beaucoup volontaristes dans cela. Et dans cadre-là donner un rôle plus accru au secteur privé. Ce PND est bâti dans le cadre du programme que nous avons appelé la ‘’ Côte d’Ivoire Solidaire’’. Nous allons donc aller encore plus loin dans l’inclusion sociale. C’est-à-dire accroître l’accessibilité des populations aux services sociaux de base à savoir l’eau l’électricité la santé, Etc. Des secteurs où les taux d’accès aux populations sont déjà assez élevés. Il s’agit donc de voir comment on peut aller encore plus loin. Il y a certains secteurs où on a des taux d’accès de 80 %. L’objectif sera donc de parachever le travail entre 2025 et 2030 selon les secteurs pour que tout le monde ait l’eau potable, l’électricité, accès à l’école et à la santé de bonnes qualités, et que les services de sécurité sociale soient accessibles au plus grand nombre. Dans le cadre de la mise en œuvre de ce PND il y a le PS-Gouv qui couvre la période 2022-2024 d’un montant total de 3477 milliards de franc CFA. Pour l’année 2022, le PS -Gouv c’est 925 milliards de francs CFA. C’est un accélérateur d’accès aux services sociaux de base puisque ça va viser des objectifs précis avec des mécanismes de mise en œuvre accélérée pour permettre aux populations de bénéficier rapidement des services sociaux visés. L’autre différence entre ce PND et les deux précédents c’est le cadre de gouvernance institutionnel et économique qui est beaucoup plus robuste. Nous avons également davantage de digitalisation. La digitalisation est un élément de renforcement de la gouvernance.
Madame le ministre, toute cette stratégie mise en place à travers les PND a permis à la Côte d’Ivoire de battre des records de croissance. Comment a évolué le PIB par tête d’habitants sur la période 2012 à 2020 ? Est-ce que réellement la pauvreté a diminué ? Si non, qu’est-ce qui fait que la pauvreté résiste au plan national de développement?
C’est vrai que dans la théorie économique? on estime que la croissance de nos pays a tendance à générer moins d’inclusion. Il faut dire que si nous nous référons aux chiffres et aux faits, le revenu par tête en Côte d’Ivoire a doublé entre 2012 et 2020. C’est passé d’un peu moins de 1200 dollars à un peu plus de 2200 dollars par tête. Le taux de pauvreté est passé de 55 % en 2011 à 39,4 % en 2018. C’est la proportion des pauvres dans la population. Bien sûr le gouvernement aurait souhaité aller plus loin dans la réduction de la pauvreté pour permettre à davantage de populations vivant sur notre territoire de sortir de la pauvreté. Mais cela est inscrit dans les objectifs des PND à venir. Le programme « Côte d’Ivoire Solidaire » a pour objectif et ambition, à l’horizon 2030, de doubler le revenu par habitant sur les 10 prochaines années (2021-2030). Et de faire baisser le taux de pauvreté de 39,4 % à moins de 30 %. Il s’agit là d’objectifs quantitatifs. Notre croissance a généré de la richesse partagée. Ça a permis de réduire la proportion de pauvres. Le gouvernement aurait souhaité aller plus loin. Je pense que ce volontarisme dans la redistribution des fruits de la croissance à travers les programmes sociaux à travers les programmes de transfert monétaire et tous les éléments de sécurité sociale a pour objectif justement de mieux partager les fruits de la croissance et de réduire donc le taux de pauvreté.
Quelle est la part du secteur industriel dans la croissance économique du pays ?
La structure de notre économie s’est progressivement transformée. Le secteur primaire a diminué au profit des secteurs secondaire et tertiaire. Le secteur qui a pris beaucoup plus de volume c’est le secteur tertiaire (41%) à cause des télécommunications. Les sociétés de téléphonie cellulaire génèrent vraiment beaucoup d’argent. Le secteur industriel est le deuxième secteur avec un peu plus de 20 % de contribution au produit intérieur brut. Donc leur part à la création de richesse qui a tendance à augmenter. Et on veut aller plus loin. Effectivement les marges sont importantes parce que la transformation locale de nos matières premières très faibles. Le taux de transformation du Cacao est autour de 30 % et cela, selon que les gens parlent de transformation effective des capacités installées. Le taux de transformation du Cajou est en dessous de 15 %, le Caoutchouc brut (l’Hévéa) c’est en dessous de 10 %. Nous avons comme ça beaucoup de produits que nous exportons de façon brute. Et avec une transformation locale, même si c’est une première transformation, on pourrait augmenter considérablement la part du secteur secondaire dans la création nationale de richesse.
Dans les deux prochaines années sur quoi sera mis l’accent au niveau du PND ?
Le plan national de développement est d’application sur une période de 5 ans. Nous sommes en 2022 et les deux prochaines années nous allons poursuivre la mise en œuvre du programme qui a été élaboré. C’est un plan national de développement sur plusieurs piliers. On l’a dit, il y a la transformation ; il faut que nous continuions une transformation structurelle de l’économie qui s’appuie sur l’industrialisation. Je pense que la promotion de notre secteur industriel, c’est maintenant. Il faut continuer à attirer les investissements privés. Attirer les investissements privés, c’est offrir le cadre institutionnel, le Doing Business, pour que les opérateurs privés puissent venir, c’est aussi fournir des infrastructures adéquates. C’est-à-dire les zones industrielles, une énergie suffisante et de bonne qualité, il faut des routes pour pouvoir assurer la connectivité et déplacer les produits, il faut que les ponts fonctionnent bien, il faut aussi que la main d’œuvre, le capital humain que nous leur offrons soit de bonne qualité et adapté à la demande du marché du travail. Pour tout cela vous avez vu qu’aussi bien dans le secteur de l’éducation que dans celui de l’investissement l’État est au travail pour faire en sorte que les entreprises puissent vraiment trouver le cadre adéquat pour s’installer et investir. Nous allons donc continuer de travailler pour faire vraiment de ce secteur privé le moteur de la croissance économique. Nous allons également continuer à travailler sur les infrastructures, notamment la connectivité. La Côte d’Ivoire a un réseau de routier assez dense et développé. Mais je pense qu’il faut continuer parce que tout le territoire doit être maillé afin de permettre aux paysans de sortir les produits des routes et aller vers les marchés, pour permettre aux populations de se déplacer aisément et d’être en contact les unes avec les autres. L’État va continuer à dérouler la mise en œuvre de ce plan.
Vous avez récemment parlé de l’émergence d’une classe moyenne. Comment elle se manifeste cette classe moyenne ? Quel est son impact sur l’économie? Et est-ce qu’on peut avoir une idée de la population de cette classe moyenne ?
La classe moyenne est importante dans une économie comme la nôtre. Elle se caractérise par le fait qu’elle a du poids d’achat pour pouvoir adresser une demande au secteur productif local. Cette classe à tendance à se développer. En Côte d’Ivoire on avait une classe de riche et ensuite les pauvres en bas. Mais maintenant cette classe moyenne a tendance à grossir. Les études les plus récentes estiment la classe moyenne à 30 % de la population. Je pense personnellement qu’elle pourrait être dans une fourchette qui est peut-être au-delà mais avec des bornes fragiles. C’est-à-dire qu’il y a des individus qui rentrent et sortent de la classe moyenne selon des situations instables. Et vous avez une base de la classe moyenne qui est stable et qui doit être autour de 30 %. Et autour de ces 30 % naviguent un certain nombre d’individus qui ont besoin de stabiliser leurs situations sociales. L’existence d’une base de classe moyenne importante est un critère pour assurer l’émergence d’un pays. Parce qu’elle permet justement de soutenir le secteur productif local à travers la demande qu’elle lui adresse. Que ce soit les produits manufacturés, les services de transport et de tourisme. Elle a par exemple les moyens d’aller à Assainie ou à Bassam le week-end pour aller adresser de la demande à nos vendeuses. C’est donc tout ça la classe moyenne qui constitue le marché local pour notre secteur productif local.
Est-ce qu’on pourrait avoir quelques acquis des deux précédents PND, c’est-à-dire ceux des périodes 2012- 2015 et 2016-2020?
Le premier PND celui de 2012 à 2015 avait des objectifs de paix, des objectifs de sécurité. Je pense qu’il a véritablement permis de sortir de la crise de ramener la paix et l’état de droit. Les préoccupations sécuritaires ont pu être maîtrisées. Il est vrai qu’aujourd’hui Abidjan ce n’est pas la sécurité totale. Mais c’est le niveau de sécurité d’une grande ville ordinaire comme dans n’importe quel pays. Les acquis, c’est également toute la croissance qu’on a observé. Depuis que nous sommes arrivés beaucoup de réformes ont été prises. Des réformes à caractère économique, des réformes en termes d’investissements, des réformes sur l’attractivité du secteur privé. Tout cela a permis d’obtenir le taux de croissance de 8 % et de créer la richesse nécessaire. Et cette richesse a été distribuée. Comme indicateur on a le taux de pauvreté qui a baissé. Il a été de 39,4 % en 2018. Quand on a mesuré le taux de pauvreté en 2018 on n’avait pas encore mis le PS-GOUV 1 en œuvre. Donc il n’intègre pas la mise en œuvre du premier PS-GOUV. Ensuite vous avez tous ces taux d’accès à l’électricité. En 2021 le taux de couverture en électricité sur le plan national était de 80% c’est beaucoup. Et taux a encore augmenté. L’accès à l’eau potable est de 90 % c’est élève et c’est plus de 10.000 milliards de francs CFA qui ont été distribués en termes monétaires au monde paysan avec l’achat des produit de base. Il y a également les transferts monétaires. Quand ils ont commencé je pense qu’on est on est en train de tutoyer les 300.000 ménages. Et selon les c’est 5 personnes en moyenne par ménage qui. Vous voyez donc le nombre de personnes qui bénéficient de revenus réguliers de la part de l’État pour faire face aux préoccupations quotidiennes. Nous avons également toutes ces salles de classe et ses centres de santé qui ont été construits. Parce que c’était ça aussi l’engagement du président de la République. Faire en sorte que l’école et la santé se rapprochent de plus en plus de la population.
Le 15 juin dernier il y a eu une grande mobilisation des ressources avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Et sur le 9335,6 milliards FCFA attendus de ce Groupe Consultatif vous avez pu obtenir 15.706 milliards FCFA. Est-ce que le fait de chaque fois faire appel aux partenaires nationaux et internationaux pour une mobilisation de ressources ne risque pas d’endetter encore plus le pays?
C’est une préoccupation qui revient souvent dans les questions qui nous sont posées. Il faut savoir qu’il y a quand même un dispositif de contrôle du niveau d’entêtement d’un pays. Il y a ce qu’on appelle une analyse de la viabilité de notre dette qui permet d’apprécier la capacité de l’État à faire face aux engagements qui vont être générés par la dette . Et à fin 2020 le taux du niveau d’entêtement était de 47,6% du PIB. Et la norme sous régionale c’est 70 %. Même lorsqu’on regarde les ratios, au niveau de la solvabilité et de la liquidité, la Côte d’Ivoire ne présentait un risque surendettement modéré. C’est des indicateurs que nous regardons et qui sont suivis de façon périodique pour s’assurer que le pays ne passe pas de seuils qui le mettent en situation de risque. Je voudrais vous rassurer sur cette question et dire que lorsque le pays d’endette il investit. Et lorsque l’investissement est judicieux il accroit justement sa capacité à faire face à sa dette. Puisqu’il crée également la richesse qui lui permet aussi de faire face aux engagements de la charge de la dette. Les investissements qui sont faits le sont à bon escient, ils sont assez judicieux. Et chaque fois que le Produit Intérieur Brut croît, la capacité à faire face à la dette augmente.
Avec le contexte international rythmé par la crise russo-ukrainienne, ne craignez-vous pas un impact sur les objectifs de ce PND 2021-2025 ?
J’espère que non! C’est vrai que cette crise est un choc extérieur qui a pour impact de faire augmenter et le prix du pétrole et les taux d’intérêt. Il ya également une augmentation du prix des intrants. Nous sommes un pays agricole donc nous avons d’engrais, nous aussi besoin de Blé pour le pain, Etc. On note même de façon mondiale qu’il y a une petite inflammation générale et elle va donc certainement avoir des impacts sur notre économie. Un impact qu’on n’a pas fini de mesurer. Mais je pense qu’elle va aussi constituer une opportunité pour notre économie. Pour qu’on puisse réfléchir et infléchir notre production. Notamment nous qui sommes un pays très producteur de produits d’exportation. Nous allons voir comment est-ce qu’on peut se réorganiser et améliorer notre souveraineté et notre sécurité alimentaires.
Pour parvenir réellement à la transformation structurelle de l’économie, il faudra forcément lever des obstacles résiduels. Quels est la nature de ces obstacles ?
Nous sommes un pays en marche vers la transformation structurelle de son économie. Et la transformation à laquelle on aspire c’est l’industrialisation. Les obstacles résiduels c’est tous les obstacles que nous devons lever pour avoir une économie encore plus compétitive et plus attractive. Ils sont de nature diverses. Ils peuvent donc être infrastructurels. Il nous faut des zones industrielles aménagées pour accueillir des investisseurs. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire il faut régler toutes les questions relatives au foncier. Le foncier est toujours une grosse contrainte en matière de développement. Si quelqu’un veut par exemple faire des milliers d’hectares de Maïs en Côte d’Ivoire il faut avoir le terrain. Il faut également regarder le système financier. C’est extrêmement important que des opérateurs privés puissent accéder aux financements. En général c’est une grosse contrainte. Dans nos pays lorsqu’on regarde les bilans des banques la part des financements longs est faible et les taux sont élevés au regard de ce qu’ils appellent les risques liés à l’investissement. Il y a aussi les questions d’accès aux marchés. Ce n’est pas systématique. On a besoin d’encadrer et d’accompagner le secteur privé pour pouvoir accéder aux marchés. Parce que bien-sûr c’est la taille du marché et la capacité à placer qui font qu’on atteint le seuil de production nécessaire pour pouvoir grandir. Il aussi la qualité de la main d’œuvre. C’est extrêmement important. Tout cela fait partie des contraintes qu’il faut lever pour être compétitif. Et l’État y travaille.
Madame le ministre, y a-t-il des secteurs prioritaires dans la mise en œuvre de ce PND ?
La part que nous voulons mobiliser pour l’État c’est pour les infrastructures ce sont les investissements publics. Bien sûr tout est important, nous sommes dans la Côte d’Ivoire solitaire et c’est important que nous puissions offrir la santé l’eau potable et l’électricité aux populations. Il est également important que la connectivité entre toutes les régions puisse se faire avec des infrastructures de transport adéquates. Bien entendu on a le développement de l’agro-industrie, notamment le développement des chaînes de valeur avec les investissements que l’État ambitionne par la création des agropoles. Il est important que cela puisse être correctement financé. Au-delà du secteur public nous espérons fortement que les opérateurs privés puissent saisir les opportunités d’investissement dans le secteur agro-industriel, la transformation locale. Bien sûr nous avons ces grosses préoccupations émergentes de sécurité et de souveraineté alimentaires avec des projets innovants tels que dans le secteur de l’agriculture vivrière et des ressources animales. La Côte d’Ivoire est fortement dépendante des importations que soit de la viande et des produits halieutiques. Nous avons donc un certain nombre de projets qui, nous l’espérons, vont intéresser les investisseurs. Dans le secteur de l’industrie, il y a 7 grappes industrielles. Il y a entre autres l’Agro-industrie, la Chimie, les matériaux de construction. Ce sont des grappes qui ont été définies en fonction de notre potentiel et qui, nous l’espérons, vont intéresser les investisseurs.
Par Mireille Patricia Abié




