Un débat a cours en Afrique centrale depuis le 22 avril 2022 date de l’adoption par la Centrafrique de l’usage de la cryptomonnaie aux côtés du Franc CFA. Dans les autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ainsi qu’au sein de l’institution d’émission monétaire et du régulateur de la monnaie digitale que sont respectivement la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) et la Commission de surveillance du marché financier d’Afrique centrale (COSUMAF), l’on ne cache pas avoir été surpris par la décision des autorités centrafricaines.
A date, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ne dispose pas d’une législation commune sur les cryptomonnaies, bien qu’une réflexion ait été engagée dans ce sens devant aboutir à une supervision conjointe ou concertée conformément aux dispositions régionales.
Pour faire face au «vide juridique», la BEAC a mis en place « un groupe de travail sur les implications de la loi régissant la cryptomonnaie en RCA sur l’architecture réglementaire de la communauté en matière monétaire et financière».
Au regard de cette «brûlante» actualité, «le groupe devrait rendre son travail au plus tard le lundi 02 mai 2022», a précisé le gouverneur de la BEAC, Abass Mamahat Tolli. La mission de ce groupe étant de produire une note destinée au conseil d’administration de la BEAC et au comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) sur les implications de cette loi nationale dans un espace commentaire.
D’après des experts, c’est après ce travail que l’UMAC en sa qualité d’autorité monétaire et la BEAC en tant qu’institution d’émission monétaire de la sous-région se prononceront sur la conduite à tenir, ce qui pourrait provoquer courant mai, la tenue d’un conseil ministériel extraordinaire de l’UMAC avec pour unique point à l’ordre du jour, l’adoption de la cryptomonnaie par la Centrafrique.
Pour sa part, la COSUMAF qui ne trouve pas d’objection à ce que les Etats se dotent d’une législation nationale en la matière plaide pour le «respect de la réglementation communautaire», c’est-à-dire une démarche d’encadrement qui tienne compte de l’ensemble des Etats de la CEMAC.
Tenant compte des enjeux sécuritaires liés notamment à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, la COSUMAF estime qu’il faudrait éviter que ce nouveau système ne favorise plutôt l’éclosion des transactions financières à des fins criminelles.
Les motivations des uns et les récriminations des autres laissent entrevoir un feuilleton à rebondissements, même si pour le moment il n’y a pas lieu d’exclure la Centrafrique de l’espace CEMAC, la solution envisagée tendant vers une solution concertée qui puisse garantir des intérêts des Etats et de la communauté.
