Depuis 2016 et l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon, le gouvernement a fait de la lutte contre la corruption une priorité. Si on observe un net recul du phénomène dans le pays, le gouvernement continue de renforcer ses dispositifs. La création, en janvier 2022, de la Cellule d’analyse et de traitement des Plaintes et Dénonciations (CPD) vient ainsi compléter le dispositif anticorruption dont la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) forme l’épine dorsale.
Mardi 19 avril, une affaire singulière a défrayé la chronique au tribunal de Cotonou. La police a en effet arrêté un homme qui se faisait passer pour un magistrat. Ce dernier, secrétaire au parquet, utilisait ce titre pour rançonner les usagers du tribunal. Ecroué à la prison civile d’Akpro-Missérété, il est poursuivi pour abus de fonction. Il sera jugé devant la CRIET le 5 mai prochain. Cette affaire illustre la volonté de l’État de lutter contre la corruption, ainsi que l’efficacité des nouveaux outils à sa disposition, dont la CRIET et le CPD sont les symboles.
La CRIET, vaisseau amiral de la lutte anti-corruption
La CRIET est le fer de lance de la stratégie béninoise anti-corruption. Elle traite depuis sa création en juillet 2018 plusieurs centaines de dossiers par an. Elle s’est fait connaître dans plusieurs affaires majeures de corruption, à l’instar de celle d’ ICC-Service. Plusieurs personnalités majeures, y compris des hommes politiques de premier plan, ont par ailleurs déjà été condamnés.
Concernant son fonctionnement, la CRIET est une cour dirigée par un président permanent, nommé à l’issue d’une longue procédure, consistant en une enquête de moralité et de compétences. Il est accompagné de magistrats, assesseurs et suppléants. Une commission d’instruction, distincte, est dirigée par un autre magistrat et d’autres juges assesseurs. Il s’agit donc d’une institution juridique moderne fonctionnant avec des magistrats dont le travail est contrôlé par leurs pairs. Une précaution qui garantit l’impartialité et l’indépendance de l’institution.
CPD : la clef de voûte ?
Les autorités béninoises faisaient face à un problème de taille : la population hésitait à dénoncer les fonctionnaires corrompus quand elle en était victime. Selon l’Afro Barometer (2021), près de 56 % de la population craignait des représailles en cas de dénonciation.
L’instauration du CPD est une réponse directe à cette problématique. Ce guichet numérique doit permettre de centraliser les plaintes vers une seule plateforme composée de professionnels, et notamment de magistrats financiers. En plus de rationaliser les processus d’investigation, ce guichet dématérialisé préservera aussi l’anonymat. Cette sécurité devrait rassurer les populations.
Si l’opposition a déclaré que le CPD pourrait favoriser des dénonciations calomnieuses, le gouvernement a prévu en réponse des poursuites spécifiques pour éviter cette dérive. De plus, le CPD reste avant-tout une plateforme d’investigation. Chaque dénonciation fera l’objet d’un examen approfondi, avant une éventuelle proposition de poursuites à la CRIET.
La corruption en recul
Peu à peu la corruption au Bénin recule. En 2021, le pays se classait au 78e rang mondial sur l’indice de perception de la corruption de Transparency International, avec 42 points, soit 8 de plus depuis 2016. Le pays est immédiatement derrière la Hongrie (73e place), membre de l’Union européenne, et devant des pays comme l’Inde, la Chine ou l’Argentine. Cette perception trouve un écho auprès de la population, comme en témoigne l’indice Afro Barometer, publié en 2021 (n°445), qui met en évidence que 70% des Béninois considèrent que la corruption est en diminution dans leur pays. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbedji, se félicite de ces progrès, ajoutant même que “la petite corruption est désormais quasiment éradiquée”.
