Au cours d’une rencontre avec une mission du Fonds monétaire international (FMI) mardi 5 avril, le ministre ivoirien de l’Economie et des Finances, Adama Coulibay, a plaidé pour le retrait de la Côte d’Ivoire sur la liste des pays fragiles. « Ce statut d’Etat fragile ne correspond pas à la situation actuelle de la Côte d’Ivoire qui bénéficie d’une appréciation des agences de notations et d’un reclassement risque pays réduit ces six derniers mois », justifie le ministre.
Son pays fait désormais partie du cercle des notations de catégorie « double B » des trois plus grandes agences internationales de notation (Fitch, Standard and Poor’s, Moody’s). Des notations qui, a-t-il dit, sont la preuve de la réussite des réformes économiques et financiers mis en œuvre.
En rappel, l’agence de notation S&P Global Ratings avait attribué à la Côte d’Ivoire, le 6 juillet 2021, les notes de crédit souverain à long et court terme en devises étrangères et locales «BB-/B». Deux semaines plus tard, Fitch réaffirme cette performance en attribuant la BB- au pays qui était auparavant à B+. Une note qui relève du climat apaisé de l’élection parlementaire, du retour de Laurent Gbagbo et de la reprise de la forte croissance du pays. Et Moody’s d’attribuer, en août 2020, la note Ba3 en monnaie étrangère et locale à long terme à la Côte d’Ivoire, dans la catégorie Investment Grade suite à la suspension du service de la dette par le G20.
La récente évaluation virtuelle de 10 jours réalisée en février 2022 par la même équipe du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Luca Antonio Ricci a fait le même constat sur les développements économiques récents et des perspectives économiques. On retiendra de leur évaluation que l’économie ivoirienne continue de montrer des signes de résilience face à la pandémie et d’une reprise soutenue en 2021. Mais l’argentier ivoirien avait également plaidé pour une solidarité sans précédent en redéfinissant les modalités de cette coopération multilatérale avec plus de flexibilité dans la conception des politiques. Car, dira-t-il, la situation intrinsèque de chaque pays commande des actions et interventions spécifiques eu égard aux nouveaux variants de la Covid-19.
Invité dans l’émission « ça fait l’actualité » de la RTI1 le 14 février dernier, le ministre Adama Coulibaly avait rassuré sur la robustesse de l’économie malgré la pandémie de la Covid-19. « L’économie se porte bien aujourd’hui. Puisque le FMI, après avoir échangé avec différents acteurs, a confirmé effectivement que notre économie est robuste. En 2020 déjà, la Côte d’Ivoire a fait preuve de résilience avec un taux de croissance positif, là où au niveau mondial il y avait une récession », disait-il.
Levée de 600 milliards de FCFA pour un taux de 5%
Malgré la contraction des économies de 3,7 % en Afrique subsaharienne en 2020, marquée par un chamboulement de l’activité économique provoqué par la Covid-19, suivie des mesures de confinement, le pays a pu afficher une croissance d’environ 2%, qui est passée à 7% en 2021. « Le cadre macroéconomique montre que sur la période 2021-2025, le pays va enregistrer un taux de croissance moyen de 7,65% », déclare le ministre.
Entré au gouvernement en 2019 dans la troisième équipe de feu Amadou Gon Coulibaly, Adama Coulibaly, économiste de formation, fut le directeur de cabinet de l’ex-ministre de l’Economie et des Finances, Adama Koné. Avec le gouvernement, il participe aux réformes économiques et financiers qui vont permettre à la Côte d’Ivoire d’avoir une perspective positive soutenue également par le dernier classement de l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine (Iiag). Le plan de la bonne gouvernance de la Côte d’Ivoire est classé au rang de 18e, contrairement au résultat antérieur où il occupait le 22e rang.
A coup de lobbying, le gouvernement ivoirien lève en novembre 2020, un eurobond de 1 milliard d’euros (soit plus 655 milliards de FCFA) avec un taux de remboursement de 5%. Pour un objectif de 600 milliards de FCFA, le carnet d’ordre a enregistré une sursouscription avec un taux d’intérêt de 5%, le plus bas jamais réalisé auparavant. La conséquence de la confiance résultant des politiques macroéconomiques admises par les institutions internationales (taux d’inflation moins de 3%, taux d’endettement en dessous de la norme de l’Uemoa, etc.).
Un optimisme qui est aussi illustré par le lancement du troisième plan de développement estimé à 59.000 milliards de FCFA (Pnd2021-2025). Un plan qui tombe à point nommé, les bailleurs internationaux ayant promis dans un court délai l’allocation des Droits tirages spéciaux aux pays africains et la suspension du service de la dette, prolongé jusqu’à la fin de cette année. Sur 33 milliards de dollars destinés aux pays africains, la Côte d’Ivoire devrait recevoir 900 millions de dollars des Droits de tirage pour accélérer la relance. C’est la plus grosse cagnotte parmi les pays de l’Uemoa.
Même son de cloche lors de la 9ème Revue Annuelle du Portefeuille de la Banque mondiale dans le pays. L’institution de Bretton Woods a salué les performances de l’économie ivoirienne et exhorté le gouvernement à accélérer le taux de décaissement sur les projets. Un portefeuille estimé à 3 milliards 571 millions de dollars US (environ 2 125 milliards de FCFA).
