Le Directeur Général de Société Générale, Frédéric Oudea, envoie 100 employées de YUP au chômage technique. (Lire la précision de Société Générale) Six pays sont concernés: la Côte d’Ivoire et le Sénégal depuis 2017 et, depuis 2020, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée, le Ghana et Madagascar.
Pourquoi donc la Société Générale lâche YUP en plein vol ? Ce coup de pioche dans les effectifs est-il à ranger dans les licenciements à motifs économiques ?
Avec 2 millions de clients, YUP n’était pas encore arrivé au point de rentabilité fixé en 2024.
Ce choix venu depuis le quartier La Défense de Paris est jugé «trop mercantiliste» par des observateurs qui font dire que la vieille banque ne prend plus de risques en Afrique et s’inscrit dans une dynamique plus proche du désengagement que de l’investissement.
Produit low-cost cost, YUP était adressé à la clientèle bancarisée et non bancarisée, à tout détenteur de mobile (smartphone ou téléphone mobile classique) quel que soit son opérateur téléphonique. Les équipes qui ont travaillé pendant 5 ans sur le projet étaient sur le point de montrer à l’ensemble de la communauté bancaire mondiale comment la technologie digitale pouvait transformer la banque. Ils sont aujourd’hui victimes d’une décision stratégique prise par un DG qui fonctionne calculette à la main sur des logiques à court terme.
S’il y a une leçon à tirer de ce drame économique et social, c’est bien celle-ci, déclinée par un expert du domaine: «l’Afrique et les banques africaines peuvent prendre en main leur destin. Les banques africaines peuvent profiter des ruptures technologiques en cours pour prendre le leadership en toute independence. L’arrêt de Yup n’a rien à voir ni avec leur talent ni avec la technologie ».
Pendant que YUP est mise à mort, Société Générale et sa filiale Boursorama sont en négociations exclusives avec la néerlandaise ING pour la reprise de son portefeuille de clients particuliers en France.
Un protocole sera signé en avril prochain, permettant le transfert des clients particuliers d’ING France, dont les comptes seront fermés, vers Boursorama. Objectif, faire de celle-ci un leader de la banque digitale en France. La question qui se pose est de savoir pourquoi dans sa phase de massification, Boursorama n’a pas intégré YUP qui était en plein essor et a plutôt préféré se lancer dans le sauvetage d’un portefeuille compliqué ?
Est ce parce que les banques bousculées par les startup se retirent d’un segment africain du retail et du sous retail finalement cannibalisé par les Fintech, les Telecos et, bientôt,les grandes plateformes de réseaux sociaux ?
D’ailleurs ING, présente en France depuis 2000, ne quitte pas tout à fait l’Hexagone mais abandonne le retail et se recentre dans la banque de gros, domaine encore à l’abri de la concurrence des Fintech.
Pour Boursoroma, la reprise de ING signifie l’arrivée d’un million de clients qui viennent s’ajouter à ses 800 000 comptes. Dans cet arbitrage entre l’Afrique et l’Europe, Oudéa a préféré le recentrage sur le vieux continent en abandonnant 3 millions de clients en CFA pour 1 million de clients en euros et en se positionnant en sérieux concurrent du britannique Revolut.
