[ 1 dollar = 8995 Francs Guinéens] Arrivé au pouvoir au petit matin du 5 septembre 2021 au terme d’un putsch éclair applaudi par ses concitoyens, Mamadi Doumbouya, président du Conseil National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), multiplie les louvoiements avec la Communauté internationale.
Devant ce qu’il est convenu d’appeler une course de lenteur dans la fixation d’un calendrier de transition, le capital sympathie de l’ex légionnaire de l’armée française s’épuise à grands pas tant à l’Union Africaine qu’au niveau de la CEDEAO. Cette dernière avait réitéré le 3 février à Accra son appel à la nécessité d’un calendrier de la transition. Moins de 48 heures plus tard, les membres du Conseil national de la transition (CNT) sont installés avec un dosage laissé à la discrétion du «chef», ironise un ancien ministre. Depuis, c’est l’immobilisme qui prévaut.
De guerre lasse, l’Union Africaine perd patience. Le 10 février, celui qui se pose en héritier spirituel de Sekou Touré s’est vu servir une sommation par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine. L’instance africaine qui vient de renouveler ses membres exprime «sa profonde inquiétude face à la lenteur de la mise en œuvre de la Charte de la Transition et invite instamment les autorités de la transition et le Conseil National de la Transition à diligenter l’établissement d’un calendrier clair, pratique et limité dans le temps pour la mise en œuvre de la Charte de la Transition, en particulier la tenue d’élections nationales, afin de faciliter le retour rapide à l’ordre constitutionnel ».
Qui plus est, l’homme fort de Conakry est invité à s’engager à ne pas se présenter aux élections sensées clôturer la fin de la transition.
Sur le plan interne, le CNRD multiplie les opérations de communication publiques à coup de décrets, empiétant notamment les plates bandes de la justice et du législatif. D’où cette timide injonction, le 17 février, de l’ordre national des avocats de Guinée contre la décision des nouvelles autorités relative à la « suspension de l’émission des titres fonciers, des baux emphytéotiques et des baux à construction » et à « l’interdiction des occupations et octrois de domaines publics« . Aux yeux des avocats, la décision prise le 31 janvier par décret est une dangereuse atteinte à la propriété privée. Un coup de semonce à l’homme fort de Conakry qui a mis au chômage des milliers de fonctionnaires et militaires et rappelé une trentaine d’ambassadeurs …par décret. En attendant que le Conseil national de la transition (CNT) prenne ses marques, Mamadi Doumbouya continue de légiférer et d’exécuter dans des procédés qui ne sont pas sans rappeler Dadis Camara, ancien putschiste contraint de quitter le pouvoir en 2009 au terme d’une transition rythmée par les fameux «Dadis Show».
Bref, les réserves de la communauté internationale et des diplomates en poste à Conakry se multiplient. À ce propos, la sortie récente de l’ambassadeur des États Unis d’Amérique en Guinée,Troy Fitrell,déclarant que «le défi est de rendre la démocratie au peuple en 2022» sonne comme une sorte d’avertissement sans frais qu’il ne faudrait pas surtout prendre à la légère.
