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Diner «au sommet» à l’Elysée pour «remettre le Sahel en ordre de marche ! »

L’Elysée a confirmé mardi que le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et le Soudan ne participeraient pas au sommet UA/UE des 17 et 18 février à Bruxelles. A l’issue d’un diner informel, le 16 février, à l’Elysée avec tous ses partenaires européens et africains au Sahel, le Président Macron devrait annoncer un redéploiement de Barkhane et de Takuba hors du Mali. Par Christine Holzbauer, Paris. La France devrait annoncer à…

French President Emmanuel Macron listens to Senegalese President Macky Sall as they stand up in a car in Saint-Louis, Senegal, February 3, 2018. REUTERS/Ludovic Marin/Pool – RC1F953DE550

L’Elysée a confirmé mardi que le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et le Soudan ne participeraient pas au sommet UA/UE des 17 et 18 février à Bruxelles. A l’issue d’un diner informel, le 16 février, à l’Elysée avec tous ses partenaires européens et africains au Sahel, le Président Macron devrait annoncer un redéploiement de Barkhane et de Takuba hors du Mali.


Par Christine Holzbauer, Paris.


La France devrait annoncer à l’issue du dîner eurafricain que le président Macron donnera,  mercredi 16 février, à l’Elysée non pas un retrait pur et simple de sa force Barkhane du Mali, mais un redéploiement dans les Etats voisins et, notamment, le Niger. Lors d’un briefing à l’Elysée, mardi 15 février, en amont des évènements qu’organise la présidence française du Conseil européen à la veille du sommet Union africaine/Union européenne des 17 et 18 février, le conseiller Afrique d’Emmanuel Macron a précisé les conditions de ce redéploiement :

«L’objectif n’est pas de déplacer un dispositif du Mali pour le mettre dans un autre pays. L’objectif, c’est de pouvoir s’adapter aux besoins de chaque pays, donc, ce qui est fait de manière efficace aujourd’hui, au travers de l’opération Takuba dans l’est du Mali, dans la zone du Liptako-Gourma, n’est pas forcément transposable tel quel à l’ouest du Niger ou au nord du Burkina Faso. Mais s’agissant du Niger, il y a bien une disponibilité à travailler avec des partenaires européens. D’où ce format euro-africain qui permettra d’avancer là-dessus », a expliqué Franck Paris.

Réflexion collective

Le premier objectif de ce dîner «informel» auquel sont conviés «tous les partenaires européens et africains ayant un engagement opérationnel au Sahel» sera de s’interroger sur la possibilité de continuer à agir efficacement au Mali «collectivement». Et, notamment, les missions qui sont déployées sur le terrain comme l’opération Barkhane, la Task Force Takuba, l’opération des Nations unies (Minusma) ou la mission de formation EUTM. «Il s’agira de réfléchir à chacun de ces formats et de voir si les conditions peuvent encore être réunies pour que ces missions soient efficaces sur le terrain au Mali», a commenté le conseiller Afrique. 

Selon l’Elysée, seront présents à ce dîner les Chefs d’Etat du G5 Sahel– «à l’exception de ceux qui sont aujourd’hui suspendus dans les instances de l’Union africaine et les instances régionales, à savoir le Mali et le Burkina Faso, en raison des deux coups d’Etat militaires». De même, la Guinée et le Soudan n’ont pas été invités au sommet UA/UE pour les mêmes raisons. Ainsi que des pays du Golfe de Guinée, notamment ceux qui sont impliqués dans le cadre de l’initiative d’Accra, (Ghana, Côte d’Ivoire, Togo et Bénin.) Le président Macky Sall assistera en tant que président en exercice de l’Union africaine, ainsi que le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat et le Haut représentant de la Coalition pour le Sahel, le Tchadien Djime Adoum, qui est basé à Bruxelles.

Côté européen, siègeront autour de la table des représentants les institutions européennes comme le président du Conseil européen, Charles Michel, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, le Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, la politique de sécurité, Joseph Borrel, ainsi que les chefs d’Etat des pays impliqués dans la task force Takuba (‘Estonie, Suède, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Belgique, Portugal, République tchèque, Danemark, Norvège, Roumanie et Lituanie.) Les deux principaux contributeurs de la mission EUTM, l’Allemagne et l’Espagne, seront également représentés ainsi que les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui fournit beaucoup d’équipements à la Minusma.

«Distanciation» malienne

Si le but avoué de ce dîner est de faire le point sur la situation politique et sécuritaire au Sahel à la veille du sommet de Bruxelles, il s’agit également pour la France de «marquer une nouvelle page dans l’engagement international dans cette région».

 Car, selon le conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, «il se dégage aujourd’hui un scepticisme de plus en plus grand pour maintenir un engagement au Mali, en tout cas en matière de lutte antiterroriste.».  En revanche, la volonté collective de rester engagée au Sahel dans la durée est toujours là, selon lui, «puisque si les Maliens sont aujourd’hui dans une attitude de distanciation, l’ensemble des autres pays de la région sont en revanche demandeurs davantage d’appui, davantage de partenariat».

Face à l’évolution de la menace, la France doit revoir les modalités de sa coopération. « La menace (djihadiste) se diffuse à une échelle régionale qui n’est plus la géographie initiale de l’opération Barkhane, puisqu’elle englobe aujourd’hui une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, à commencer par les Etats du Golfe de Guinée », a expliqué Franck Paris. C’est pourquoi des tentatives de sanctuarisation d’un territoire, comme cela avait été le cas dans le Nord du Mali dans les années 2012 et 2013  ont fait place à des tentatives de dissémination dans chacun des pays de la région. «La réponse doit être nécessairement différente, elle ne peut pas être sous la forme d’implantation de bases militaires dans ces pays et c’est bien là qu’il y a un besoin de réinventer notre modalité de partenariat militaire avec ces pays. Ce sont les deux enjeux des discussions qui seront couvertes pendant ce dîner et nous verrons à quelle conclusion elles mèneront », a-t-il encore précisé. 

Garde prétorienne

Sur la question de savoir pourquoi la France se focalise autant sur l’arrivée de la milice Wagner au Mali, au point d’en faire un ultimatum aux nouvelles autorités de ce pays, la réponse de Franck Paris est sans appel : « le point fondamental pour nous, ce sont les choix faits par les autorités maliennes de transition de sortir du cadre politique négocié avec la Cedeao. Non seulement elles ont refusé d’endosser ce calendrier, mais elles ont explicitement annoncé que ce n’était plus leur priorité d’organiser des élections. Et dans ces conditions-là, elles ont fait appel à la milice Wagner et c’est bien dans ce sens-là que cela fonctionne, c’est-à-dire que ce n’est pas anodin si la milice Wagner vient se déployer au moment où les autorités de transition maliennes ont choisi de rompre avec le calendrier sur lequel elles s’étaient engagées. On voit bien qu’en faisant cela, les autorités de transition maliennes sont allées chercher une forme d’assurance vie de garde prétorienne. Et donc, le fond du problème, c’est bien l’attitude des autorités maliennes. Et c’est cela qui provoque aujourd’hui un biais entre les objectifs de la présence internationale et les choix des autorités maliennes.»

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