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AFFINOR gèle les réserves d’or de la Guinée dans une affaire digne de la Casa de Papel

Mort suspecte, cavale et garde-à-vue. Voici le gros polar guinéen qui empêche les pandores de Scotland Yard de dormir. L’homme qui a dirigé la banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) pendant plus de dix ans (de 2010 à 2021) sous Alpha Condé, est plongé dans la tourmente avec en toile de fond une…

Mort suspecte, cavale et garde-à-vue. Voici le gros polar guinéen qui empêche les pandores de Scotland Yard de dormir.

L’homme qui a dirigé la banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) pendant plus de dix ans (de 2010 à 2021) sous Alpha Condé, est plongé dans la tourmente avec en toile de fond une affaire de contrat d’affinage, de stockage et de vente d’or entre la BCRG et le raffineur belge AFFINOR. Limogé par le Colonel Mamadi Doumbouya, le 7 décembre 2021, Dr Louncény NABE est depuis régulièrement placé en garde à vue et auditionné à la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie nationale (DCIJ-GN). L’ex-Gouverneur de la banque Centrale de Guinée est soupçonné par les investigateurs d’avoir ficelé un contrat d’achat d’or sur la base du «gré à gré». Mais le fond de ce dossier digne de la « Casa de Papel » réside ailleurs.

Selon plusieurs sources, le Belge AFFINOR qui est l’un des trois opérateurs qui affine et gère les stocks d’or extérieurs de la BCRG et qui grâce à la labellisation LBMA (London Bullion Market Association) permet une entrée de l’or extrait en Guinée sur le marché international refuse de restituer les stocks d’or de la Guinée censés être entreposés dans ses coffres-forts (plus de 3 tonnes), suite à une sollicitation des nouvelles autorités.
Décidées à récupérer cette réserve d’or monétaire de la BCRG stockée par AFFINOR, dont le rôle est, par ailleurs, de revendre au besoin pour le compte de la Guinée et rapatrier des devises, les nouvelles autorités n’entendent pas lâcher l’affaire.
Selon plusieurs sources, Conakry est dans l’optique de résilier le contrat liant la BCRG et AFFINOR pour rentrer en possession du stock d’or et, éventuellement, opérer un transfèrement à un autre opérateur d’affinage et de gestion. Ce que l’opérateur belge n’entend pas concéder car, argue-t-il, la procédure de résiliation du contrat n’aurait pas été respectée.


L’origine de la suspicion


En mars 2021, la BCRG et AFFINOR, opérateur basé à Genk en Belgique, signent un contrat de raffinage et de stockage de l’or de la banque Centrale guinéenne. Le contrat stipule qu’Affinor est chargée, en contrepartie d’une rémunération, de raffiner et de stocker l’or de la BCRG. Affinor peut besoin et à la demande de la Banque Centrale guinéenne, revendre cet or labellisé sur le marché international et lui rapatrier la valeur monétaire en devises, la Guinée n’ayant pas à ce jour une structure Nationale détenant l’estampille du label LBMA pour une entrée directe sur le marché international. Sur la base de cet accord, la BCRG va expédier à AFFINOR, au 1er Avril 2021, une quantité de 12 tonnes d’or. Le raffineur Belge va raffiner, stocker puis revendre pour le compte de la BCRG, 9 tonnes d’or et transférer sur les comptes de la banque centrale, la valeur monétaire en devises.
Avec l’arrivée du CNRD qui a renversé le régime d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021, les nouvelles autorités opèrent un changement majeur à la tête de la BCRG en remplaçant, début décembre 2021, le gouverneur de la banque Lounceny Nabé et son équipe dirigeante par Karamo Kaba en provenance d’Ecofi investissement France. Début février 2022, ce dernier,  engagé dans une dynamique d’audit, de contrôle et surtout de moralisation de l’institution, s’intéresse au reliquat de l’or expédié à AFFINOR, c’est à dire les 3, 14 tonnes d’or qui représente 80 % des réserves d’or extérieures de la BCRG stockées à l’étranger d’une valeur estimée à plus de 185 millions de dollars, dans le but de constater l’or physique ou monétaire dans le compte métal de la BCRG chez AFFINOR. Une mission conduite début février par le nouveau gouverneur de la BCRG, accompagné à cet effet de son auditeur du cabinet KPMG, a été reçue par les dirigeants d’AFFINOR, essuyant toutefois un refus catégorique de la part de la société belge. La mission ministérielle remart sans avoir eu accès à la réserve de la banque de Guinée. Elle n’aura accès ni à l’or physique, ni à la valeur monétaire convertible de l’or, propriété inaliénable de la Guinée, selon les clauses contractuelles.
Cette fin de non-recevoir de la société AFFINOR au nouveau gouverneur de la banque Centrale guinéenne va contribuer à renforcer la suspicion des autorités guinéennes sur la présence réelle de cette réserve d’or dans les coffres-forts  d’AFFINOR, un entreposage pour lequel la Guinée a déboursé de 2018 à 2020 la bagatelle de 4 millions d’euros. Lounceny Nabé qui a conduit la signature du contrat avec AFFINOR est toujours entre les griffes de la Direction centrale des investigations judiciaires de la gendarmerie nationale (DCIJ-GN), l’enquête se poursuit.


Scotland Yard s’invite dans la danse


Dans la foulée de la mission sans succès de la BCRG chez AFFINOR, pour constater les 3,14 tonnes de réserves d’or de la BCRG, le directeur général d’affinor annonce le gel de tous les comptes de la banque Centrale guinéenne dans sa société. Motif invoqué, manque de conformité.  La police londonienne va finalement s’intéresser au dossier en ouvrant une enquête sur une  transaction spécifique d’Affinor qui va dévoiler la nébuleuse autour du reliquat de la réserve d’or de la banque de Guinée. Scotland Yard a découvert que sur les 3,14 tonnes confiés à AFFINOR, 1,8 tonnes d’or ont été reçues en état déjà affiné en provenance de Dubaï. Cet or aurait également un lien avec une société dénommée MSS. La même société, dont la cargaison contenant 20 millions de dollars en provenance de Conakry a été saisie, en août 2014, par la douane sénégalaise à l’aéroport de Dakar, sur un petit porteur de la compagnie Emirates à destination de Dubaï.
Le transfèrement de ces 1,8 tonnes d’or en provenance de Dubaï à AFFINOR, une quantité  incluse dans les 3 tonnes de reliquat gelées par la société belge, et qui selon certaines sources, seraient le règlement d’une créance due à l’État guinéen par une entité tierce, étant douteux et n’obéissant pas aux normes en la matière, les autorités britanniques décident d’infliger une pénalité de 37 millions de dollars à AFFINOR. Ce dernier accuse alors la Guinée de n’avoir pas respecté ses engagements en termes de conformité et décide à son tour de geler les réserves d’or de la Guinée qu’elle détient. AFFINOR va plus loin, en décidant de faire payer à la Guinée la facture infligée par Londres en déduisant sur les 3 tonnes, l’équivalent des 37 millions de dollars de pénalités et en annonçant le gel pure et simple du reste des réserves. Résultat, la Guinée ne peut plus entrer en possession de sa réserve d’or qui représente 80 % de ses avoirs du metal précieux stockés à l’étranger.


Les faits intrigants du dossier


Pendant qu’Affinor pensait avoir trouvé le coupable idéal en accusant l’État guinéen de non-respect de conformité, sans fournir plus de détails, voilà que Scotland Yard sort de sa réserve pour donner sa version des faits. Les limiers britanniques réfutent la version de la société belge faisant croire que la pénalité qui lui a été infligée par la police londonienne était due au soit-disant manque de conformité de l’État guinéen.
Plus intrigant encore, la mort du Patron d’Interpol Guinée, Niouma Koïvogui et la disparition du représentant d’AFFINOR en Guinée, un certain Mamady Condé qui aurait pris la poutre d’escampette vers la Sierra Leone, après avoir pris l’engagement pour la restitution de la réserve d’or de la BCRG et organisé le voyage de la délégation guinéenne au siège d’AFFINOR à Genk en Belgique. Le patron d’Interpol Guinée dont la mort est désormais jugée suspecte, s’apprêtait à conduire une mission secrète pour mettre aux arrêts le représentant d’AFFINOR en fuite. Il a été annoncé pour mort juste avant, le 6 février dernier, soit 3 mois après sa prise de fonction. Raison officielle : courte maladie. Pendant ce temps, Mamady Condé est toujours introuvable.
Beaucoup de zones d’ombres à élucider dans cette affaire digne d’un Polar américain. Les nouvelles autorités semblent engluées dans une saga héritée de l’ancien régime et dont ils ne maîtrisent éventuellement pas tous les tenants et les aboutissants. AFFINOR faisait-elle des « deals » en complicité avec des agents guinéens qui échapperaient au contrôle de la BCRG ? Pourquoi AFFINOR a-t-elle refusé à la délégation guinéenne de faire le constat physique ou monétaire de la présence de l’or dans sa réserve ? AFFINOR aurait-elle placé l’or monétaire de la Guinée sur les marchés financiers dans le but de faire des profits à son propre compte et à celui de complices éventuels ? 
En tout cas,  la Direction centrale des investigations judiciaires a du pain sur la planche pour reconstituer les pièces manquantes du puzzle après les Indications évidentes de Scotland Yard.
Vu le gel de 80 % des réserves extérieures d’or du pays, la Guinée n’aura peut-être pas d’autre choix que de saisir la chambre internationale de commerce pour un arbitrage. 

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