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L’Afrique au cœur de l’agenda de la gouvernance mondiale des océans

L’Union européenne (UE)  est la zone qui importe le plus de poissons au monde, dont la moitié d’Afrique Avec la participation de treize chefs d’Etat et de gouvernement au sommet des océans à Brest (9-11 févrirer), l’Afrique se retrouve au cœur de l’agenda d’une nouvelle gouvernance des océans. Saura-t-elle tirer son épingle du jeu ? Par Christine…

L’Union européenne (UE)  est la zone qui importe le plus de poissons au monde, dont la moitié d’Afrique


Avec la participation de treize chefs d’Etat et de gouvernement au sommet des océans à Brest (9-11 févrirer), l’Afrique se retrouve au cœur de l’agenda d’une nouvelle gouvernance des océans. Saura-t-elle tirer son épingle du jeu ?


Par Christine Holzbauer, envoyée spéciale.


Protéger la haute mer, promouvoir la pêche durable et lutter contre l’invasion du plastique : telle était l’ambition du One Ocean Summit  qui s’est achevé vendredi 11 février à Brest (Finistère) et auquel ont participé 41 Chefs d’Etat et de gouvernement, dont une trentaine en présentiel. «Un beau succès pour la France» qui a pris en janvier la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, de l’aveu même des conseillers de l’Elysée. Quant au Président Macron, «il était comme un poisson dans l’eau», selon Brigitte Borneman, présidente de la société Mer-Veille-Energie qui édite le site et agence de presse en lignewww.energiesdelamer.eu.

Il est indispensable que l’expertise accumulée au sein du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) «où les scientifiques africains continuent de se distinguer» trouve un écho jusqu’à Bruxelles, explique-t-elle. Aujourd’hui, l’Union européenne (UE)  est la zone qui importe le plus de poissons au monde, dont la moitié d’Afrique. D’où la nécessité de mobiliser un grand nombre d’Etats autour de la protection de la haute mer, ces eaux internationales qui représentent la moitié de la surface du monde mais ne répondent à aucune juridiction. 

Depuis 2018, des négociations sont en cours sous l’égide de l’ONU, mais le Covid-19 les a interrompues. La quatrième et (théoriquement) dernière session pour parvenir à la signature d’un traité de préservation de la biodiversité en haute mer est prévue en mars à New York. «Nous sommes très proches mais nous devons donner de l’impulsion pour conclure (ce traité) cette année», a déclaré Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne lors de son intervention au One Ocean Summit. Une coalition réunissant les 27 États membres de l’UE avec 13 autres pays s’est formée, a-t-elle annoncé. Elle devrait peser dans les discussions.

Pollution, surpêche et piraterie

A Brest, treize pays africains (Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Égypte, Gabon, Ghana, Madagascar, Maroc, Namibie, Sénégal, Seychelles, Tanzanie et Tunisie) se sont engagés aux côtés de la France pour ce «premier sommet international de haut niveau dédié à l’océan». Invité à la tribune avec son homologue de Tanzanie, le président ghanéen, Nana Akuffo-Addo, a demandé que «des engagements ambitieux et concrets» soient pris afin de lutter contre la pêche illégale, de décartonner le transport maritime et de réduire la pollution plastique. A l’instar des 36 Etats côtiers que compte l’Afrique, le Ghana cherche à préserver sa ressource halieutique. Car, en plus de la surpêche et de la piraterie, celle-ci est menacée par l’exploitation en haute mer des ressources naturelles, telles que le pétrole, le gaz, les dégazages des paquebots dans les eaux internationales ou la présence de grands bateaux de pêche industrielle, qui non seulement raclent les fonds marins, mais souvent se rapprochent des bassins de reproduction.

Quant à la Tanzanie si réputée pour ses plages de sable blanc, elle est frappée de plein fouet par le fléau des plastiques comme l’a souligné sa présidente Suluhu Samia. Profitant de sa venue à One Ocean Summit, cette dernière a signé « cinq accords clés visant à renforcer son partenariat sur l’économie bleue avec la France, les infrastructures et la sécurité », a annoncé le ministre français du commerce Franck Riester sur son compte twitter.

Aires marines protégées

Appelant à « la fin des subventions publiques à la surpêche et la pêche illicite », un sujet en cours de discussion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Emmanuel Macron a voulu apaiser les craintes. Quant à la  pollution par les plastiques, il a annoncé que plusieurs banques européennes, dont l’Agence française de développement (Afd), vont « doubler le Fonds dédié à cette lutte, qui passe de deux à quatre milliards de dollars » dans le cadre du Clean Oceans’ Initiative.

D’autres mesures dans les territoires ultramarins français pourraient inspirer l’Afrique. En Polynésie française, il s’agit de mettre en place une « protection forte » de 500 000 km2 et de créer des zones de pêche artisanale exclusives, également de 500 000 km2, autour de chacune des 118 îles « avant la fin de cette année. » La pêche industrielle, tout comme l’extraction minière, y seront en conséquence interdites ! Par ailleurs, la réserve naturelle nationale des Terres australes et antarctiques françaises, au sud de l’océan Indien, sera étendue pour devenir « la deuxième plus grande aire marine protégée au monde avec plus de 1,5 million de km2 », selon l’Elysée. L’objectif de classer 30% des espaces terrestres et maritimes français en aires protégées s’en trouve, ainsi, dépassé.

De nombreuses aires marines protégées existent déjà en Afrique, mais selon les conseillers présidentiels interrogés par Financial Afrik « passer à 30 % alors que l’on en est à peine à 15 % au niveau mondial demandera un gros effort financier !»  D’où l’intérêt de former une grande coalition, comme celle que la France veut lancer avec la Colombie. Paris cherche à convaincre le plus possible d’Etats d’avoir recours au carbone bleu pour financer la préservation de leur bio diversité. « Des grands groupes comme Danone ont été des pionniers au Sénégal en ce qui concerne la préservation de la mangrove. Aujourd’hui, il faut s’inspirer de ces beaux projets pour essayer de les démultiplier en vue d’étendre le réseau des aires protégées », précisent ces sources.

Un agenda favorable à l’Afrique

L’initiative de la Coalition de la Haute Ambition pour la Nature et les Peuples avait été lancée au One Planet Summit organisé par la France en janvier 2021. Au départ, elle regroupait 30 États qui se sont engagés à protéger 30% de leurs territoires d’ici à 2030. « Ce nombre est maintenant de 84 Etats, ce qui devrait peser dans les négociations de la COP 27, spécialement dédiée cette année à la biodiversité », s’est réjoui le président français. Souhaitant que 2022 « ouvre la voie à une ère du 100 % recyclable », il a énuméré les grandes étapes de cette nouvelle gouvernance des océans. A chaque fois, l’Afrique est au cœur de l’agenda. « Si on prend les bons engagements, fin février à Nairobi, on a un rendez-vous utile et on peut lancer le traité », a-t-il déclaré. Puis, en mars, à New York, il souhaite aboutir à « un accord pour finaliser un cadre de gestion. » Dix ans après l’engagement de Rio, il est temps d’avancer « pour avoir enfin les outils permettant de protéger ces eaux internationales, qui sont trop souvent une zone de non-droit écologique », déplore-t-il.  

La 12ème Conférence ministérielle de l’OMC à Genève devrait entériner un accord pour supprimer les subventions publiques qui contribuent à la surpêche ou à la pêche illicite. « On ne peut pas tenir des conférences, quand on parle de biodiversité ou de climat, on dit des choses. Et ensuite, quand on revient aux affaires commerciales, faire le contraire. Nos agendas doivent être synchronisés », s’est insurgé Emmanuel Macron. A l’été, à Kunming, s’ouvrira la COP Biodiversité. « Elle doit graver dans le marbre nos accords pour aller atteindre l’objectif de protéger 30 % des espaces terrestres et maritimes. » A Lisbonne, en juin, le Portugal et le Kenya tenteront de conjuguer science et innovation pour accélérer le déploiement des solutions qui ont fait la preuve dans la lutte contre la dégradation des océans. À Rome, en septembre, le Comité des pêches de la FAO « pourrait être l’occasion de relever le niveau d’ambition pour nos organisations régionales de gestion des pêches. » Enfin, à Charm el-Cheikh, le président Sissi, avec la COP27, inscrira l’océan au cœur de l’agenda climatique international : d’abord en déployant toutes les solutions pour l’adaptation aux effets du changement climatique, car les écosystèmes protègent contre la montée des eaux, mais aussi par la restauration des puits de carbone

Même si, pour l’instant, il s’agit de déclarations d’intention avec des coalitions qui naissent ou s’élargissent en vue de futures négociations, l’Afrique a tout à gagner à participer et ne doit surtout pas s’exclure. Certaines avancées scientifiques pourraient s’avérer salutaires : l’Unesco prévoit que 80% des fonds marins soient cartographiés d’ici à 2030, contre seulement 20% actuellement. Pour atteindre cet objectif qui va couter cinq milliards d’euros, 50 navires spécialement dédiés à la cartographie des fonds marins seront mobilisés, le recours au sonar sur navire autonome sera intensifié ainsi que la transmission par les gouvernements et les entreprises des données cartographiques dont ils disposent. Autant dire, une révolution bleue pour l’humanité compte tenu de l’immense réservoir de ressources Inexplorées au fond des océans.

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