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Mali: Ibrahim Boubacar Keita, une certaine idée du grand Mandé

L’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé le 16 janvier 2022 selon des sources proches de sa famille. Démis de ses fonctions de président de la République suite au coup d’Etat du 18 août 2020 intervenu dans un contexte de contestations populaires, IBK a été élu une première fois en 2013 puis réélu en…

L’ancien président malien Ibrahim Boubacar Keïta est décédé le 16 janvier 2022 selon des sources proches de sa famille. Démis de ses fonctions de président de la République suite au coup d’Etat du 18 août 2020 intervenu dans un contexte de contestations populaires, IBK a été élu une première fois en 2013 puis réélu en 2018. Né le 29 janvier 1945 à Koutiala, l’ancien président malien a fait ses études en France où il s’est rendu pour la première fois à l’âge de 13 ans, intégrant le lycée Janson-de-Sailly à Paris. Inscrit aussi au lycée Askia Mohamed de Bamako, il poursuivra ses études à la Faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), à l’Université Panthéon-Sorbonne et à l’Institut d’histoire des Relations Internationales Contemporaines. Titulaire d’une maîtrise d’histoire et d’un diplôme d’études approfondies en politique et relations internationales, IBK a été membre de la fameuse fédération des étudiants d’Afrique Noire où la plupart des futurs leaders africains de son époque se retrouvaient.

La vie politique d’IBK commence véritablement à la chute de Moussa Traoré en 1991 suite là aussi à des soulèvements populaires suivis d’un coup d’Etat, une marque de fabrique du Mali ? Directeur-adjoint de la campagne du professeur Alpha Omar Konaré, il devient son conseiller diplomatique en 1992 avec, en plus, la fonction de porte-parole du président avant de devenir au cours de la même année, ambassadeur du Mali, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Niger et au Gabon. Une année plus tard, IBK est ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine. Moins d’une année plus tard, il devient, le  4 février 1994, Premier ministre, poste qu’il occupera jusqu’en février 2000. Sa première grosse désillusion intervient en 2001 où il échoue à être le candidat de son parti, l’Adéma-PASJ , à la succession de Alpha Omar Konaoré. Commence alors une petite traversée de la savane qui le conduira en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud et au Gabon. Un périple qui accouchera d’une nouvelle formation politique, le Rassemblement pour le Mali (RPM).

Aux présidentielles de 2002, IBK obtient 21 % des voix et manque de peu, à 4 000 voix près, un deuxième tour qui opposera Amadou Toumani Touré (28,7%) à Soumaila Cissé (21,3%). IBK apporte son soutien à ATT et prend sa revanche aux législatives suivantes en obtenant le plus de sièges pour son parti devenu incontournable.

Poursuivant sa quête du siège suprême, IBK réalise un score de 19, 2% au premier tour des présidentielles de 2007 derrière Amadou Toumani Touré, réélu avec 72% des voix. Lors du coup d’Etat de 2012, IBK rejette le putsch tout en acceptant le dialogue avec les militaires. Bénéficiant d’une large coalition, il l’emportera au second tour face à Soumaila Cissé avec un score de 77, 6%. Mais celui qui a battu campagne sur la reconquête du territoire perdu et la paix ne se rendra à Kidal qu’en 2018 dans le cadre d’une campagne électorale. Bien que réélu au deuxième tour contre le même Soumaila Cissé avec 67,2% des suffrages, le vieux président ne semblait plus bénéficier de la grâce de la nouveauté face à une rue désillusionnée et attentive aux révélations de nombreux scandales impliquant ses proches.

L’enlèvement du principal leader de l’opposition, Soumaïla Cissé et le maintien des législatives du 19 avril 2020 contribueront encore à ternir l’image du président IBK. Le 5 juin c’est la déferlante. La rue malienne gronde à l’appel de l’Imam Mahmoud Dicko. Les marches se multiplieront. Des morts sont signalés le 19 juillet, ce qui créé une nouvelle fracture entre IBK et son peuple. La Cour Constitutionnelle est dissoute dans une sorte d’offrande destinée à conjurer la colère de la rue. Peine perdue, à partir de ce moment, les choses s’accélèrent. Le président refuse d’accepter la démission de 31 députés aux élections estimées litigieuses. Au rang de ces représentants du peuple, figurait Moussa Tembiné, président de l’assemblée nationale.

Le 18 août 2020, vers 16 h 30, Ibrahim Boubacar Keïta et son Premier ministre, Boubou Cissé, sont arrêtés par un détachement militaire venu de la garnison de Kati dans une remake du coup d’Etat de 2012. Dans la même soirée, IBK annonce sa démission à la télévision visiblement sous la dictée. La CEDEAO conclura qu’il ne s’agissait pas d’une démission sous la contrainte ouvrant le chemin à la transition. Hospitalisé le 1er septembre 2020, IBK n’avait plus fait d’apparition publique. Avec son décès, c’est une certaine idée du grand Mandé qui s’éteint. Fier de ses origines reliées au grand Soundjata Keïta, Ibrahim Boubacar Keïta tire sa révérence au moment même où le Mali est dans une sorte d’embargo de la CEDEAO et par devers elle de la communauté internationale.

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