Le 2 janvier 2022, les Etats-Unis d’Amérique (USA) ont annoncé la suspension de l’Éthiopie, du Mali et de la Guinée de l’African Growth and Opportunity Act (Loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique en français), un programme mis en place en 2000 par le président Bill Clinton et reconduit en 2015 pour dix ans par Barack Obama. Quelque 39 pays africains en sont membres. Cependant, à l’exception du record de 2008 où l’AGOA avait enregistré un volume d’échange de 100 milliards de dollars, l’on est plutôt face à un accord de faible impact commercial constitué à 70% d’exportation de produits pétroliers, une matière qui n’a pas forcément besoin d’AGOA pour être vendu.
En fait, l’AGOA est plutôt un marqueur idéologique des pays dits respectueux des droits de l’homme, ceux du fameux « camp du bien » dont l’Ethiopie, le Mali et la Guinée ne sont plus membres pour violation des droits de l’homme dans le premier cas et coups d’Etat dans les deux autres cas. Washington a jugé que les actions prises par ces trois gouvernements violent les principes de l’accord AGOA. « L’administration Biden-Harris est profondément préoccupée par le changement anticonstitutionnel des gouvernements de Guinée et du Mali », déclare un communiqué.
Le Tchad échappe de peu à cette décision. Les USA estiment que le cas de N’Djamena qui s’est fixé une transition de 17 mois n’est pas du tout similaire à ceux des trois pays concernés. En effet, après la mort au combat du président Idriss Déby Itno, en avril 2021, l’armée tchadienne a pris le pouvoir en mettant en place le Conseil militaire de transition (CMT). Un acte que certains avaient alors qualifié de coup d’Etat.
L’Union africaine, après un temps d’hésitation, avait estimé qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat au vu de la singularité du cas tchadien et a décidé d’accompagner la transition. Une position sur laquelle se sont alignées les principales organisations internationales. La décision de la première puissance du monde d’épargner le Tchad, contrairement à l’Ethiopie, au Mali et à la Guinée, s’inscrit sans doute dans cette logique.
L’Éthiopie est confronté depuis un an à un conflit militaire entre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) et les forces gouvernementales. Le premier ministre mise plus sur la solution militaire que la négociation prônée par les puissances. Quant à la Guinée, l’armée a renversé en septembre le président Alpha Condé et peine à fixer un calendrier de restitution du pouvoir aux civils. Quant à la junte malienne, elle veut prolonger la transition de 5 ans et, de ce fait, s’expose à un durcissement des sanctions si elle maintient cette option (aggravée par le recours aux mercenaires russes de Wagner) au terme d’une réunion de la dernière chance prévue le 9 janvier prochain avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Le Tchad devrait quant à lui lancer un « dialogue national inclusif » à partir du 15 février qui devrait conduire à des législatives et présidentielles.
