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Gazoduc Maghreb-Europe (GME) : Alger et Rabat à quitte ou double

Le couperet est tombé. L’Algérie a mis fin le 31 octobre 2021, par un communiqué solennel de la présidence de la République, au gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui fournissait du gaz à l’Espagne via le Maroc. Le président abdelmadjid Tebboune a donc ordonné le non-renouvellement du contrat de gazoduc en raison, argue-t-il,  » des pratiques à…

Abdelmadjid Tebboune avec les généraux de l’armée / Archive.

Le couperet est tombé. L’Algérie a mis fin le 31 octobre 2021, par un communiqué solennel de la présidence de la République, au gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui fournissait du gaz à l’Espagne via le Maroc. Le président abdelmadjid Tebboune a donc ordonné le non-renouvellement du contrat de gazoduc en raison, argue-t-il,  » des pratiques à caractère hostile du Royaume marocain à l’égard de l’Algérie, des pratiques qui portent atteinte à l’unité nationale ». La mesure, effective depuis minuit, s’est faite au terme d’un bras de fer entre les faucons et les colombes du palais d’El Mouradia. Le ministre de l’Energie Mohamed Arkab et le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar ont pesé de leur poids pour mettre fin à ce projet de 25 ans.

Annoncée à la fin août 2021, cette mesure unilatérale avait été anticipée par Rabat qui tire bon an mal an d’environ 200 millions de dollars en droits de passage du gazoduc. Pour le moment, les réactions sont plutôt mitigées. L ‘Office National marocain des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) et l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (ONEE) ont publié dans la matinée de ce lundi des communiqués rassurant que l’arrêt du pipeline n’aura pas d’impact sur la fourniture d’électricité. Dans le fond, des ajustements seront nécessaires.

A court terme, le Maroc a sécurisé son approvisionnement pour alimenter ses centrales de Aïn Beni Mathar et de Tahaddart, jusque-là approvisionnées par le gaz algérien et représentant 17% de la production d’électricité du royaume. L’idée d’inverser le flux, en s’approvisionnant du gaz depuis l’Espagne fait partie des options. De même que l’approvisionnement direct en gaz naturel liquéfié par méthaniers, avec cet inconvénient que les navires transportant du GNL sont désormais peu nombreux au regard de la demande mondiale et que le Maroc n’a pas encore d’installations de grande capacité.

Concernant l’approvisionnement depuis l’Espagne, il s’agirait d’utiliser les terminaux de GNL (gaz naturel liquéfié) pour déliquéfier le gaz (importé d’Alger mais surtout du Qatar et d’autres fournisseurs) qui reviendrait par la suite à l’état gazeux à vers le Royaume. Reste à en déterminer les coûts. C’est dire qu’à long terme, le projet du gazoduc avec le Nigeria et la CEDEAO s’impose de lui-même. En attendant, le Maroc est engagé dans la course contre la montre pour se doter de ses propres installations. Comme le rappelle Maroc Hebdo, un appel d’offre a été lancé en mars 2021 pour la construction et l’exploitation d’une unité flottante de stockage et de regazéification du GNL d’une capacité de 1,1 milliard de mètres cube.

Si le Maroc avait anticipé la fin du GME, l’Algérie n’en avait pas fait moins ayant construit depuis 2011 un second gazoduc, le Medgaz, pour approvisionner l’Espagne directement à partir de son territoire. Ce pipeline « politique » est loin de rassurer le voisin ibérique en raison de sa capacité en deçà de GME. L’Espagne qui dépend d’Alger à concurrence de 50% de ses approvisionnements aurait tenté en vain pd’annuler ou de reporter cette décision d’autant plus coûteuse pour son économie qu’intervenant au moment où ses stocks sont au plus bas. Dépêché à Alger le 1er octobre, le ministre espagnol des Affaires étrangères , José Manuel Albares, est rentré bredouille après avoir juste constaté la fermeté algérienne sur ce dossier hautement politique. En fait, Alger s’est contentée de rassurer Madrid que le gazoduc sous-marin Medgaz verra sa capacité portée à 10,5 milliards de m3 dès le mois de décembre 2021, contre 8 milliards de m3 par an jusqu’à présent. Dans la foulée des pourparlers de ces derniers jours, réunion technique, le 20 octobre dernier, entre l’ONHYM et les sociétés espagnoles Enagás et de Naturgy. Aucune information n’a filtrée de cette rencontre stratégique.

Inauguré en 1996 et opéré par le géant national Sonatrach, le gazoduc Maghreb-Europe (GME) acheminait chaque année 13,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel vers l’Espagne et le Portugal en passant par le Maroc. Derrière le calcul politique, cette mesure algérienne qui intervient au plus fort de l’envolée des cours de l’énergie, aurait des visées commerciales. Alger préfère désormais la vente au spot au cours du marché à des contrats en déça. « Le gain géopolitique de cette nouvelle initiative est nul mais les autorités algériennes s’en moquent, car la hausse des prix du gaz et du pétrole leur donne une marge de manoeuvre face à une opinion en attente de redistribution sociale », explique Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (Fmes), cité par Le Journal du Dimanche.

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