Le ministre français des Affaires Étrangères, Jean Yves Le-Adrian, a sèchement répliqué aux propos du premier ministre malien, Choguel Maïga, lequel s’était fendu, samedi 25 septembre, d’un “La France à abandonné le Mali en plein vol”.
Ces propos prononcés depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU ont reçu une réponse cinglante du Quai d’Orsay. “Ce qui arrive au Mali provient de l’attitude des nouvelles autorités maliennes qui ont souhaitée de discuter avec les terroristes » affirme Jean Yves Le-Drian.
La France a annoncé la fin de l’opération Barkhane dans un contexte où le Mali est en négociation avec un groupe paramilitaire russe (Wagner) sensé protéger les personnalités moyennant un paiement mensuel et, selon les informations, un accès aux zones minières.
Commentant le dossier, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s’est voulu clair, samedi 25 septembre, devant les journalistes dans les couloirs de l’Assemblée générale de l’ONU.
“Après que les soldats français ont échoué à faire reculer les terroristes au Mali, les autorités de ce pays ont demandé de l’aide à une société paramilitaire privée russe», a déclaré Sergueï Lavrov, soucieux de montrer que la Russie officielle n’est pas de la partie.
«Le Mali s’est adressé à une société militaire privée russe puisque, si je comprends bien, la France veut réduire considérablement son contingent dans ce pays qui était censé lutter contre les terroristes retranchés dans la commune de Kidal », a encore insisté le chef de la diplomatie russe. Et Lavrov de se permettre une pique envers les militaires français qui, estime-t-il, « n’ont rien réussi à faire, les terroristes y conduisent le bal».
Moscou multiplie donc les démentis quant à d’éventuelles négociations avec Bamako. Il y a deux semaines, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, déclarait (c’était le 15 septembre) que son pays ne négociait aucune présence militaire au Mali. « Il n’y a aucun représentant des forces armées russes là-bas et aucune négociation officielle n’est en cours ».
Au delà de la présence russe, dénoncée par Berlin et Paris, les autorités militaires maliennes sont pressées par la CEDEAO (Organisation sous régionale regroupant 15 pays de l’Afrique de l’Ouest) d’opérer “impérativement” la transition civile le 27 février 2022.
Or, les conclusions des journées de concertation tenues ce week-end à Bamako laissent plutôt entrevoir un prolongement de la transition. Ce qui donne raison à la ministre française des Forces Armées qui voit dans l’arrivée de la force privée russe une volonté de ne pas tenir les engagements vis-à-vis de la communauté internationale.
“J’ai l’impression que la date» sur laquelle les autorités maliennes, arrivées au pouvoir via un coup d’Etat en août 2020, se sont engagées «ne leur convient pas parfaitement, et qu’ils ont envie de faire durer la chose. Mais de là à s’essuyer les pieds sur le sang des soldats français, c’est inacceptable», a déclaré Florence Parly lundi 27 septembre devant les étudiants de Science Po.
Dans les déclarations de ses officiels, la France a annoncé son départ des bases les plus au nord du Mali (Kidal, Tombouctou et Tessalit). Un plan de réduction des effectifs devrait voir les troupes passer de 5000 hommes aujourd’hui à 2 500 à l’horizon 2023. Réfutant les propos du premier ministre malien qui évoque une décision unilatérale, le commandant de la force française Barkhane rejette quant à lui toute absence de consultations et tout abandon.
La France a averti Bamako qu’une implication du groupe Wagner au Mali serait incompatible avec sa présence militaire et celle d’autres pays et organisations internationales sur le terrain.
Face à la réprobation de Paris et de l’Union Européenne, qui font partie des principaux donateurs du Mali, le président de la transition, Assimi Goita, opérera-t-il un revirement stratégique où, au contraire, portera-t-il la responsabilité de déployer Wagner et ses 1000 hommes (selon Reuters) sur le sol malien en échange d’un payement mensuel ?
