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Le colonel Assimi Goïta reprend la main à Bamako

Le sort du président de la transition malienne, Bah N’Daw, et de son premier ministre, Moctar Ouane, est scellé. Dans un communiqué paru le 25 mai le colonel Assimi Goïta, vice-président de la transition et vrai chef de la junte militaire au Mali, a clarifié les événements survenus la veille après l’arrestation des deux têtes de l’Exécutif suivie de leur transfert…

Assimi Goïta (photos archives)

Le sort du président de la transition malienne, Bah N’Daw, et de son premier ministre, Moctar Ouane, est scellé. Dans un communiqué paru le 25 mai le colonel Assimi Goïta, vice-président de la transition et vrai chef de la junte militaire au Mali, a clarifié les événements survenus la veille après l’arrestation des deux têtes de l’Exécutif suivie de leur transfert au camp militaire de Kati, en banlieue de Bamako. 

Ce nouveau coup d’Etat, dix mois après le renversement du président Ibrahim Boubacar Keita, marque l’omnipotence de l’armée au moment où le calendrier de la transition entendait s’en distancier, et préparer un retour progressif des civils au pouvoir. Une gageure. Dans un pays profondément fracturé, miné par l’instabilité et la corruption, les militaires rappellent qu’il faut compter sur eux au risque de soutenir le spectre d’un chaos définitif dans le pays. 

Deux facteurs ont mis le feu aux poudres. Le premier est la non-reconduction, dans le nouveau gouvernement promulgué le 24 mai, du ministre de la Défense et des anciens combattants, la colonel Sadio Camara et son remplacement par le général de Brigade Souleymane Doucoure. Ce proche d’Assimi Goïta fut l’un des artisans du renversement d’Ibrahim Boubacar Keita. 

Si le nouveau gouvernement comprenait de nombreux militaires tels Mamadou Lamine Ballo au portefeuille de la Sécurité et de la protection civile ou le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga à celui de l’Administration territoriale et de la décentralisation, l’évincement des proches de la junte a contribué à crisper les positions. 

D’autant qu’Assimi Goïta affirme n’avoir jamais été consulté pour la constitution de ce gouvernement. « Une telle démarche témoigne d’une volonté manifeste du président de la transition et du premier ministre d’aller vers une violation de la charte de transition », explique-t-il dans son communiqué. « Nonobstant les interpellations et négociations diverses engagées auprès des chefs d’Etat de la sous-région et de certaines chancelleries présents au Mali en vue d’amener le président et le premier ministre à respecter les prescriptions de la Charte de la transition, ceux-ci sont restés persistants dans leur posture ».

La dégradation du climat social a alourdi ce contexte. L’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), la plus importante confédération syndicale du pays, a déclenché une grève générale depuis plus d’une semaine. Les grévistes réclament une revalorisation de salaire. Education, douanes, impôts…tous les services publics sont impactés. Or Moctar Ouane n’a pas été en mesure de trouver une sortie de crise. Depuis plusieurs jours ces tensions alimentaient d’insistantes rumeurs quant à une nouvelle irruption de l’armée dans le champ politique malien. De nombreux participants au dernier Forum de Bamako organisé du 20 au 22 mai à l’Azalai Hôtel de la capitale malienne s’en sont d’ailleurs faits abondamment l’écho. 

Ce coup de force laisse toutefois plusieurs questions en suspens : Assimi Goïta, qui affirme avoir mis le président Bah N’Dow et le premier ministre Moctar Ouane « hors de leurs prérogatives », est-il le nouvel homme fort du pays, ce que la Charte de Transition lui interdit ? Un autre gouvernement sera-t-il nommé dans les prochaines heures ? 

Pour sa part l’Union Africaine a condamné, le 24 mai, « un acte d’une extrême gravité qui ne peut en aucun cas être toléré au regard des dispositions pertinentes de la Cédéao et de l’Union Africaine ». L’organisation sous-régionale est d’ores et déjà en pourparlers avec la junte à Bamako pour un retour au statu quo ante.

Reste, enfin, les réactions de la France, pays qui concentre au Sahel son opération de lutte antiterroriste Barkhane, et qui reste un partenaire stratégique du Mali, membre du G5 Sahel. Si Paris a condamné ce coup de force, sa position devient de plus en plus inconfortable dans la région. 

Sa réaction intervient quelques jours après le déplacement empressé d’Emmanuel Macron au Tchad pour assister aux obsèques d’Idriss Deby Itno. Alors que ce pays connait le même contexte avec la prise de pouvoir des militaires, la célérité de la France a semblé plus souple que sa condamnation des agissements des militaires au Mali. Une différence de traitement a d’ores et déjà le don d’ulcérer la société civile et les partis de l’opposition politique à N’Djaména.

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