C’est le dernier épisode de la guerre d’influence qui se joue depuis plusieurs années entre la France et la Russie en Centrafrique. La découverte, le 10 mai, d’une imposante cache d’armes lourdes attribuées à un ressortissant français à semer le trouble à Bangui. Appréhendé par la police appuyée par les Forces armées centrafricaines (FACA) à son domicile de la capitale, ce ressortissant du nom de Juan Quignolot se présentait comme un journaliste. Il a été appréhendé en possession de nombreuses armes automatiques et munitions.
Selon les sources de Financial Afrik, il a anciennement appartenu au 6ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RIPma), ancêtre du Bataillon colonial des commandos parachutistes qui s’est notamment illustré durant les guerres d’Algérie et d’Indochine. Dissous en 1998, ce dernier a fusionné avec le Centre de formation initiale des militaires du rang (CFIM) 11ème Brigade parachutiste – 6ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (CFIM de la 11ème DP). Après avoir quitté l’armée il avait travaillé comme garde du corps au sein de plusieurs organisations internationales.
La communication autour de cette arrestation n’est pas anodine. Elle a été réalisée et commentée par Valery Zakharov, notamment à partir de son compte tweeter. Ce dernier est le très influent conseiller de Faustin-Archange Touadéra « FAT » chargé de la sécurité. Sa nomination auprès du chef de l’Etat centrafricain correspond à l’arrivée dans le pays de la société paramilitaire russe Wagner, proche du Kremlin. Depuis 2016, celle-ci est chargée de renforcer et de former les forces armées nationales tout en assurant la protection du chef de l’Etat, successeur de la présidente de la transition Catherine Samba-Panza.
Au nombre de 600 dans le pays, les hommes de Wagner se sont particulièrement illustrés lors de la présidentielle de décembre dernier, en repoussant, aux côtés de Faca et d’éléments rwandais, une rébellion armée prête à descendre sur Bangui pour renverser le régime Touadéra. Cette Société militaire privée (SMP) a été au cœur d’un rapport critique des Nations unies publiés en mars dernier, lequel pointe de graves violations des droits de l’homme, en particulier des répressions auprès de civils lors de contrôles ou d’interventions.
De cette présence russe est née une guerre officieuse entre Moscou et Paris dont la Centrafrique représentait l’un des points stratégiques de l’influence militaire sur le continent africain. Cette perte d’influence s’est traduite par une redoutable guerre de l’information. Coïncidence ? Le Français arraisonné hier passe d’ores et déjà pour un mercenaire, certains observateurs y voyant déjà le complice d’autres « frères d’armes » à l’œuvre pour préparer un putsch.
En attendant le résultat d’investigations plus poussées, cette arrestation n’est pas de nature à radoucir les liens entre la Russie et la France. Depuis 2018, Paris fait l’objet de vigoureuses campagnes d’intoxication et de désinformation à travers une partie de la presse locale et les réseaux sociaux. L’an passé Facebook a du supprimer plusieurs comptes générant des « trolls » depuis la Russie mais aussi depuis la France par des personnes en lien avec l’armée française. Des centaines de comptes ont été attribués à l’homme d’affaires Evguéni Prigojine. Surnommé le « Cuisinier de Poutine », cette personnalité du premier cercle du président russe est le fondateur de Wagner, qui intervient dans de nombreux autres pays dont la Libye. Pour ce dossier, cette société a été sanctionnée, en décembre dernier, par la Cour de justice européenne, pour ses ingérences et ses actions de déstabilisation. Parallèlement, la France mène depuis plusieurs mois une véritable politique punitive à l’égard de Bangui. L’ex-puissance coloniale a coupé le robinet des appuis budgétaires et a réduit drastiquement sa coopération militaire. Les projets de l’Agence française de développement (AFD) s’en tiennent également au strict minimum.



