Inculpée pour terrorisme et association de malfaiteurs durant la dernière campagne présidentielle au Bénin ayant vu la victoire du président sortant Patrice Talon, le 11 avril, l’opposante Reckya Madougou n’a toujours pas été entendue, à ce jour, par un juge. L’ancienne ministre de la Justice et Garde des Sceaux de Thomas Boni Yayi dont elle dirige le parti, Les Démocrates, est toujours détenue dans une cellule exiguë de la prison d’Akpro-Missérété de la capitale politique du pays. La demande de libération conditionnelle présentée tous les jeudis devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), juridiction d’exception, a été jusqu’à présent refusée, le juge estimant que Reckya Madougou pouvait se soustraire à une présentation.
Selon les informations de Financial Afrik l’opposante, qui partage sa cellule avec six autres prisonnières de droit commun, a vu ses conditions de détention se dégrader au soir du 15 avril. Dans la soirée plusieurs policiers, non membres du personnel pénitentiaire, ont procédé à une fouille au corps tout en lui retirant le peu d’effet personnel dont elle disposait, en particulier une bouilloire, un réfrigérateur et un ventilateur.
Reckya Madougou, qui observe le jeune du Ramadan, ne se nourrit plus que des fruits que sa mère lui apporte tous les trois jours. Celle-ci ne peut plus lui parler ni lui remettre de nourriture ou d’effets personnels en main propre. Elle est désormais contrainte de les laisser à un gardien. En outre, l’un des quatre avocats béninois de Reckya Madougou, Renaud Agbodjo, ne peut plus parler à sa cliente que sous surveillance.
A Paris Me Mario Stasi, membre du collectif d’avocats chargés de défendre l’ancienne conseillère du président Faure Gnassingbé, dénonce les conditions de cette détention qu’aucun élément de preuve ne permet de justifier à cette heure. Par ailleurs, le pénaliste Antoine Vey, associé historique d’Eric Dupont-Moretti vient d’entrer sur le dossier. Le collectif d’avocats constitué devrait, dans les prochains jours, saisir les organisations sous-régionales, en particulier la cour de justice de la Cédéao (Communauté économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest) pour « détention arbitraire » et « traitements humains dégradants ». Les deux pénalistes français prévoient également de se rendre au Bénin.




