Alors que l’Europe, dont la France, restent empêtrée dans la gestion de la pandémie Covid-19, la Chine se démultiplie pour couvrir l’Afrique avec ses deux vaccins non homologués par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – Sinopharm et SinoVac – dans le cadre d’une vaste campagne ciblant quelques 70 pays en développement dans le monde. Ces dernières semaines, une quinzaine d’Etats du continent ont accueilli plusieurs centaines de milliers de doses du vaccin de la société Sinopharm dont l’efficacité protectrice se monte à 79,34%. Les livraisons prennent la forme de dons, servant ainsi une véritable offensive diplomatique de l’Empire du Milieu.
Le 24 mars, la Mauritanie a réceptionné 50.000 doses de ce « vaccin du peuple » que Pékin utilise comme d’un facteur de resserrement du lien avec les pays récipiendaires. Cette opération a valu un long communiqué du chargé d’affaires de l’ambassade de Chine à Nouakchott, Wang Jian, sur le site de la chancellerie. Deux jours plus tard, l’Angola a reçu le même type de lots enrichis de matériels. « La Chine est le premier pays à fournir à l’Angola un soutien en matière de prévention des épidémies, du matériel antiépidémique et à partager avec l’Angola une expérience antiépidémique avancée pour l’aider à mieux faire face au défi de l’épidémie« , a réagi la ministre angolaise de la santé, Silvia Lutucuta. En février dernier le président Teodoro Obiang Nguema, vacciné à partir d’un don de 100.000 doses, vantait la Chine comme « le meilleur ami de la Guinée Equatoriale ». 200 000 doses ont, par ailleurs, permis de démarrer une vaste campagne de vaccination au Sénégal. 100.000 doses sont attendues par les autorités mauriciennes ces prochaines jours. Au total, une vingtaine de pays ont été livrés sans aucune contrepartie, parmi lesquels le Congo-Brazzaville, le Gabon, les Seychelles, le Zimbabwe ou encore le Mozambique. Avec 400.000 doses, le Niger a reçu la plus importante quantité.
Cette campagne agressive répond à deux impératifs géopolitiques. Premièrement, la Chine entend renforcer son influence en tirant profit de la primauté des livraisons par rapport à d’autres pays afin de gagner des parts de marché dans les secteurs sanitaires et biotechnologiques. Dans plusieurs pays, la livraison vaccinale s’accompagne de celles de matériels (respirateurs…) mais aussi de dispositifs permettant la constructions de laboratoires voire d’hôpitaux. Des pays comme le Maroc ont engagé des négociations pour pouvoir produire le vaccin Sinopharm et l’exporter dans d’autres pays du continent. En outre, ce vaccin offre de plus grands avantages logistiques car pouvant être stocké dans un réfrigérateur. Celui de Pfizer/BioNTech nécessite une congélation. Deuxièmement, l’activisme chinois entend faire de l’ombre à l’initiative Covax. Lancée au printemps 2020, cette initiative portée par l’Union européenne (UE) doit fournir, d’ici fin 2021, jusqu’à 600 millions de doses à l’Afrique, de quoi vacciner 20 % de sa population. Pour autant, des problèmes logistiques nuisent actuellement à une livraison efficaces des doses. Alors que les Etats-Unis et l’Europe réservent encore leurs stocks, la Chine offre ainsi une alternative pour réduire les inégalités entre pays industrialisés et moins avancés. De nombreux Etats l’ont d’ores et déjà privilégié pour leur commande, Pékin ayant été le premier à les fournir. Le Zimbabwé a ainsi commandé 1,2 million de doses auprès des firmes chinoises.




