De nouvelles pièces viennent d’être livrées au lourd dossier alimentant depuis plus de vingt-cinq ans les critiques quant à l’attitude de l’Exécutif et de l’armée française durant le génocide des Tutsis rwandais, d’avril à juillet 1994. Selon l’historien François Graner, qui enquête sur cette période, Paris a clairement pris le parti de ne pas arrêter les responsables du drame ayant entrainé plus de 800.000 morts.
Le directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui a eu accès aux archives présidentielles sur le Rwanda après avoir intenté une action en justice et obtenu un feu-vert du Conseil d’Etat, en juin 2020, s’appuie notamment sur des notes de l’ambassadeur Yannick Gérard, alors représentant du ministère des affaires étrangères français (MAE) sur le terrain, lequel interroge sa haute hiérarchie quant au sort devant être réservé aux dignitaires du régime Habyarimana présents dans la Zone humanitaire sûre (ZUR) sous contrôle de la force Turquoise. Le diplomate, qui attend des « instructions claires » ne voit d’autres issues que l’arrestation de ces personnalités ou leur mise en résidence surveillée. Deux propositions auxquelles Alain Juppé refuse d’adhérer. Par le biais de son conseiller Afrique, Bernard Emié, aujourd’hui patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le chef de la diplomatie exhorte au contraire Yannick Gérard à faire en sorte que ces responsables puissent quitter la zone en question. Une initiative lourd de conséquences car signifiant, en filigrane, que ces derniers ont pu se fondre dans la nature et échapper à toutes poursuites ultérieures.
Le rôle de Paris durant cette période trouble explique les relations tendues sur l’axe franco-rwandais depuis 1994 dont une rupture des relations diplomatiques. Malgré un réchauffement après la visite de Nicolas Sarkozy à Kigali, en février 2010, ainsi que la nomination, en 2018, de la chef de la diplomatie rwandaise à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, les deux pays n’ont toujours pas officiellement nommé d’ambassadeur respectif.




