Nommé en 2019 coordinateur des affaires présidentielles le fils du président Ali Bongo ne cesse de gagner en influence.
Le contrat que l’Etat gabonais vient d’attribuer à Henri Proglio pour relancer les secteur eau et énergie du Gabon est emblématique de l’influence grandissante de Nourreddin Bongo. Dès le printemps 2020, ce dernier a effectué, à la demande de son père, le président Ali Bongo Ondimba, un rapprochement avec le patron de HP Consulting pour viabiliser cette opération. Présent à chaque étape des négociations, il devrait suivre personnellement la mission de l’ancien patron d’EDF et de Veolia, lequel doit fournir un diagnostic précis de l’état des deux filières stratégiques.
Coordinateur des affaires présidentielles au Palais du Bord de Mer Noureddin Bongo, 30 ans, est devenu la cheville ouvrière de la présidence depuis sa nomination à ce poste en décembre 2019. Son arrivée aux affaires ne relève pas du hasard. Elle intervient au moment où Ali Bongo, fragilisé par son Accident vasculaire cérébral (AVC) à Ryad en 2018, en Arabie Saoudite, suivi d’une longue convalescence à Londres, a dû resserrer son premier cercle en y plaçant des personnes de confiance. Conseiller officieux de son père avant sa désignation, Nourreddin Bongo succède dans son costume de «super intendant» du Palais du bord mer, à Maixent Accrombessi et à Brice Lacruche Alihonga, les deux anciens directeurs de cabinet dont l’étoile a totalement vacillé en quelques mois. Lui-même victime d’un AVC en 2016, le premier est retourné vivre au Bénin, son pays d’origine. De son côté, Brice Lacruche Alihanga, banquier et beau-fils d’un ancien conseiller d’Omar Bongo, croupit dans un cellule de la prison centrale de Libreville après avoir été démis de ses fonctions, en novembre 2019. On prête d’ailleurs à Nourreddin Bongo Valentin d’avoir précipité sa chute. Accusé de détournements de fonds publics et de blanchiment en relation avec la Gabon Oil Company (GOC) dans le cadre de l’opération anti-corruption Scorpion, il n’a toujours aucune perspective de procès.
Bien que de nationalité française, c’est Outre-Manche que le fils aîné d’Ali Bongo a ses préférences. Il a fait toutes ses études dans la capitale britannique, en particulier à la London Business School. Il retourne à Libreville où il fait ses armes, à partir de 2014, chez Olam Gabon dont il devient rapidement le directeur adjoint. La filiale du groupe singapourien a longtemps été dirigé par Gagan Gupta, par ailleurs responsable Afrique. En quelques années depuis son implantation en 2010, quelques mois après l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir, cet intime du couple présidentiel a innervé tous les secteurs stratégiques, de l’agriculture à l’économie portuaire en passant par l’aéroportuaire. Outre la gestion de la Gabon Special Economic Zone (GSEZ), Olam Gabon est devenu en dix ans incontournable dans le pays. Noureddine Bongo a notamment piloté le dossier lié à la construction du port d’Owendo, le « New Owendo International Port », inauguré en octobre 2017, et dont la gestion a été arrachée par le groupe Bolloré.
Dans son périmètre d’action Noureddine Bongo, officiellement chargé « d’assister le président de la République » en veillant à l’application de ses décisions, s’est entouré d’une équipe de fidèles. Olam représente un vivier. Il a débauché la directrice juridique Laetitia Yuinang Wappi. Celle-ci occupe le poste de conseillère chargée des affaires juridiques et administratives. Alors qu’il éclipse littéralement le vrai directeur de cabinet, le fantomatique Théophile Ogandaga, le fils du chef d’Etat s’appuie par ailleurs sur son conseiller économique et financier diplômé de Science Po, le franco-rwandais Emmanuel Leroueil. Il est par ailleurs proche de Jessye Ella Ekogha, le fils de l’ancien chef d’Etat-major Jean-Claude Ella Ekogha, qu’il a contribué à faire nommer comme porte-parole du gouvernement. Ce dernier remplace Ike Ngouoni Aila Oyouomi, également placé sous les verrous. Placé en orbite du pouvoir central gabonais, Nourreddin Bongo s’investit également dans le privé. A Libreville, il possède la chaîne de restauration Mayena Foods ainsi que la société Shanah Investment Ltd, basée à Londres.




