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Enquête: Nicolas Sarkozy, un VIP en Afrique

Reconverti en avocat d’affaires depuis la fin de son mandat Nicolas Sarkozy a fait de l’Afrique son terrain de prédilection. Tour à tour médiateur ou intercesseur, il avance ses propres dossiers ou défend les intérêts de groupes hexagonaux. Ce tropisme est porté par le statut d’administrateur dont il dispose dans plusieurs entités, mais aussi par…

Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara.

Reconverti en avocat d’affaires depuis la fin de son mandat Nicolas Sarkozy a fait de l’Afrique son terrain de prédilection. Tour à tour médiateur ou intercesseur, il avance ses propres dossiers ou défend les intérêts de groupes hexagonaux. Ce tropisme est porté par le statut d’administrateur dont il dispose dans plusieurs entités, mais aussi par la force de son réseau.

Nommé administrateur indépendant d’Accor en 2017, reconduit à cette fonction en 2019 avec plus de 98% des votes, l’ancien président français accompagne le développement du sixième opérateur hôtelier mondial. Une mission facilitée par l’association d’Accor au fonds Qatar Investment Authorithy (QIA). Ces deux entités ont, en effet, regroupé leurs efforts pour créer le fonds Kasada dédié à des projets et des investissements dans le secteur hôtelier et le resort africain. Ce fonds est doté de 500 millions $. Proche de Doha dont il a fait bondir les intérêts en France durant son quinquennat, Nicolas Sarkozy joue les interfaces entre les deux structures. Cette proximité avec l’émirat génère d’autres missions.

Ainsi, Alassane Ouattara, un intime depuis plus de trente ans, lui a demandé de renforcer la présence qatari en Côte d’Ivoire. A côté d’Accor, Nicolas Sarkozy représente d’autres groupes économiques dont il pousse les dossiers auprès des présidences africaines. C’est le cas du groupe Barrière dont il est également devenu l’un des administrateurs après le feu-vert du groupe hôtelier français. Accor et Barrière opérant dans le même domaine ces deux statuts étaient susceptibles d’engendrer un conflit d’intérêts. Le patron de Barrière, Dominique Desseigne, autre ami personnel, exploite le Fouquet’s à Paris ainsi que de dix-sept hôtels haut de gamme et trente-trois casinos dans le monde. En juin 2017, l’ancien locataire de l’Elysée s’était rendu à Abidjan pour assister à l’inauguration de L’Eléphant d’Or, premier casino flambant neuf de cette enseigne dans la capitale économique ivoirienne. Un déplacement mis à profit pour faire le tour des installations du groupe Bolloré sur le Port autonome d’Abidjan (PAA) en compagnie de Cyrille Bolloré, fils de l’industriel Vincent Bolloré, autre figure du premier cercle, alors patron de la filiale Bolloré Africa Logistics (BAL). Ce dernier préside aujourd’hui le groupe éponyme.

En parallèle, l’ancien patron de l’Union pour un Mouvement populaire (UMP) représente Chargeurs. Ce groupe spécialisé dans des secteurs de pointe comme les textiles techniques ou la laine peignée haut de gamme est dirigé par Michaël Fribourg, ancien collaborateur du ministre sarkozyste de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique, Eric Besson. Parallèlement à ces activités de lobbying, l’ancien chef de l’Etat cultive son épais carnet d’adresse. A Paris, il reçoit beaucoup. Qu’il s’agisse de connaissances rencontrées durant sa carrière politique ou de personnalités introduites par l’avocat Robert Bourgi, ex-conseiller officieux et influent sur l’Afrique. Ce dernier lui a ainsi présenté des figures aussi diverses que l’homme d’affaires d’origine malienne Seydou Kane, proche du palais du bord de mer, mais aussi Patrice Talon lorsque ce dernier était opposant de Thomas Boni Yayi ou encore l’opposant congolais et ancien gouverneur de la province du Katanga, Moïse Katumbi Chapwé.

Dès que possible, Nicolas Sarkozy va saluer les présidents en visite en France. Ce fut le cas, fin 2015, avec l’équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, au Bristol. Début 2020, il recevait avec Robert Bourgi dans une salle du Claridge à Paris Umaro Sissoco Embalo dont la victoire à la présidentielle de 2019 n’était pas encore entérinée. Cette rencontre s’est déroulée via le franco-marocain Kamal Benali, patron du Groupement d’intérêt économique (GIE) Financial Company et de la société d’équipements paramilitaires Delta Forces. Ce proche du nouveau chef de l’Etat bissau-guinéen avec lequel il était en affaires à un temps fréquenté Vincent Miclet, figure de la Françafrique longtemps dominant dans l’import-export ou le trading pétrolier en Angola sous le régime de José Eduardo Dos Santos. Mais l’assiduité des rapports vaut surtout avec Ali Bongo, Paul Kagamé et surtout Alassane Ouattara. Nicolas Sarkozy, qui a permis de renouer les fils du dialogue franco-rwandais lors de sa visite officielle en 2010 à Kigali, s’est lié d’amitié avec le patron du Front patriotique rwandais (FPR).

En visite dans ce pays en 2018 à Urugwiro Village, siège de la présidence rwandaise, en compagnie de Cyrille Bolloré, il a identifié des secteurs possibles d’investissement dont la logistique et le tourisme. Il s’est de nouveau rendu au «Pays des mille collines», fin janvier. Mais c’est en Côte d’Ivoire que cette présence est plus marquée. Ami de trente ans rencontré au début des années 1990 par l’entremise de Martin Bouygues, Alassane Ouattara appartient au cercle des intimes. Les deux hommes ont étroitement préparé la dévaluation du franc CFA. Alassane Ouattara en tant que premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, Nicolas Sarkozy comme ministre du budget dans le gouvernement d’Edouard Balladur.

Par la suite, le fondateur du Rassemblement des Républicains (RDR) a pu compter sur l’appui inaltérable de son allié dans sa lutte contre Laurent Gbagbo. Il a pesé de tout son poids pour préserver la légitimité de l’ancien directeur adjoint du Fonds monétaire international (FMI) à l’orée de son troisième mandat. Invité d’honneur à l’investiture du président sortant, en décembre 2020, Nicolas Sarkozy apporte, aux côtés du ministre de l’Europe et des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, une caution morale et internationale à sa victoire contestée. Mais le principal fait d’armes vient de Conakry avec la médiation que le successeur de Jacques Chirac a engagée entre Alpha Condé et l’homme d’affaire franco-israélien Beny Steinmetz. Par cette initiative, les deux hommes, en litige depuis plusieurs années sur un volet du projet d’exploitation du fer du mont Simandou (sud-ouest), conviennent de mettre fin à leur querelle. Nicolas Sarkozy les rabiboche lors d’un voyage express à Conakry en février 2019 en obtenant des deux parties qu’elles abandonnent les poursuites judiciaires respectives engagées dans le cadre de ce contentieux. Cette issue n’a toutefois pas empêché au patron de Beny Steinmetz Group Resources (BSGR) d’être condamné à cinq ans de prison pour corruption par la justice suisse, en janvier dernier.

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