Alors qu’elle entend développer son ambitieux projet d’exploitation de gaz liquéfié à Cabo Delgado, la major française Total se voit contrainte depuis plusieurs semaines de stopper ses activités dans cette province de l’extrême nord du Mozambique, plus précisément dans la zone d’Afungi, et de réduire son personnel. Lancées depuis 2017, les actions du groupe Ahlu Sunna wal Jamaa (« Adeptes de la tradition du Prophète ») redoublent, hypothéquant de plus en plus les perspectives dans cette région à majorité musulmane longtemps délaissée par le pouvoir centrale de Maputo.
Le mode opératoire de ce groupe affilié à l’organisation Etat Islamique (EI) ne diverge pas des autres mouvements qui, à l’instar de Boko Haram, se distinguent par leur violence (attaques éclaires, villages rasés, exécutions sommaires, églises et mosquées incendiées…). Selon l’Onu, ces attaques ont déjà fait plus de 2000 victimes et occasionné le déplacement de 400.000 personnes. En août 2020, ce groupe s’est emparé de Mocimboa de Praia, principale ville de cette province à l’embouchure de la rivière Mazuma, tout en mettant parallèlement la main sur son port, infrastructure stratégique.
Pour freiner cette menace qui porte sur ses intérêts, Total a décidé de créer une base logistique sur l’île de Mayotte. Celle-ci pourrait servir de base arrière afin d’accueillir des militaires et des équipements en cas d’intervention. Le président de la major, Patrick Pouyanné, s’est entretenu de ces questions, le 19 janvier dernier, avec le président mozambicain Filipe Nyusi. Longtemps réfugié dans le déni, le leader de l’ex-rébellion indépendantiste Frelimo (Front de Libération du Mozambique), réélu fin 2019, a finalement pris la pleine mesure du danger. Bien qu’hostile à un déploiement de forces armées étrangères, il s’est toutefois résolu, face à la faible réactivité de la South African Development Community (SADC), à lancer un appel d’urgence à l’Union européenne (UE) en octobre dernier.
La France tout comme le Portugal et l’Allemagne envisagent d’ores et déjà une action conjointe dont les contours restent à définir. Sur le terrain, les Forces armées de défense du Mozambique (FADM) sont entrainées par l’armée britannique. Plusieurs sociétés privées dont le sud-africain Dyck Advisory et le russe Wagner sont également présentes. Total développe dans la zone impactée un projet d’exploitation de gaz naturel liquéfié (GNL) dont il détient 26,5% et dont l’investissement global se monte à 20 milliards $. Il comprend la construction d’une usine et de deux trains de liquéfaction ainsi que le développement de deux champs. L’entrée en production et prévue pour 2024.
