De notre envoyé spécial à Niamey, Issouf Kamgate.
Au Niger, l’ancien ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum, candidat du PNDS Taraya, le parti au pouvoir, est arrivé en tête de la présidentielle du 27 décembre avec 39, 33% des voix selon les résultats publiés le 2 janvier 2021 par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Pas suffisant toutefois pour s’éviter un deuxième tour qui l’opposera le 21 février prochain à l’ancien président Mahamane Ousmane, président du Rassemblement démocratique et républicain (RDR Tchandji) et, aussi, premier président démocratiquement élu au Niger en 1993 avant d’être déposé par un coup d’Etat trois ans plus tard. Arrivé deuxième avec 17% des voix, Mahamane Ousmane, l’homme de Zinder, est entré dès l’annonce des résultats dans la pêche des alliances.
Les anciens Premiers ministres Seini Oumarou, troisième, et Albadé Abouba, quatrième, obtiennent respectivement 8,95 % et 7,07 % des suffrages, devant l’ancien ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yacouba, cinquième avec 5,38 % des voix. L’autre ancien président en lice, Salou Djibo, est arrivé sixième avec 2,99 % de suffrages. Principal bénéficiaire des reports de voix du candidat Hama Amadou, opposant mythique écarté du scrutin début décembre par une décision de justice, Mahamane Ousmane aurait fait de bons scores à Niamey et à Zinder.
Quant à Mohamed Bazoum, s’il n’aura pas bénéficié totalement des consignes de voix du président Mahamadu Issoufou, il apparaît en ballotage favorable. D’autant que, au final, le parti au pouvoir conserve le parlement avec 80 sièges sur 161 possibles, validés dès le premier tour des législatives organisées en même temps que les présidentielles. Mais devra jusqu’au bout batailler pour conserver le siège présidentiel. Au premier tour, le taux de participation du scrutin était de 69,67%, avec 5,2 millions de votants sur 7,4 millions d’électeurs inscrits (pour une population de 23 millions d’habitants), selon les résultats de la CENI qui doivent être validés par la Cour constitutionnelle.
A noter que c’est la première fois dans l’histoire du Niger qu’un président élu succédera à un autre président élu. Le président sortant Mahamadou Issoufou, 68 ans, ne se représentait pas à l’issue de ses deux mandats constitutionnels (2011-2016 et 2016-2021), laissant à son dauphin désigné le soin délicat de défendre un bilan et de présenter des perspectives suffisamment fortes pour vaincre le sentiment de l’usure naturelle du pouvoir qui habite certains nigériens.
Dans tous les cas, après plus de 60 ans d’indépendance, le Niger verra en février prochain un président élu succéder à un autre président élu dans une élection où tous les ingrédients classiques de l’Afrique seront réunis. A commencer par le réflexe identitaire brandi sous les chaumières envers Mohamed Bazoum, né à Nguimi, huit mois avant l’indépendance du pays, au sein de la tribu arabe des Oulad Souleymane, et qui ne serait pas un “bon nigérien” aux yeux de certains partisans de la version locale de l’ivoirité.
Plusieurs fois députés (1993, 2004, 2011 et 2016) de la circonscription spéciale de Tesker (Zinder) et plusieurs fois vice président de l’Assemblée nationale , Bazoum a été ministre des Affaires étrangères de 1995 à 1996 et de 2011 à 2015, puis ministre d’État, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires coutumières et religieuses. Une expérience qui ne sera pas de trop face au dur à cuir Mahamane Ousmane, un sphinx qui ratisse large, de Niamey, à Zinder.
