Dans le premier tome de ses mémoires intitulées « Terres Promises » (Fayard), vendu déjà à plus de 900 000 exemplaires, l’ancien président américain, Barack Obama, livre des portraits psychologiques comparatifs de plusieurs grands de ce monde. De Vladmir Poutine, « petit et trapu », habitué d’être entouré par une foule de serviteurs, à Benyamin Nethanayu, homme à la carrure de Rugbyman, persuadé que les Juifs devaient se montrer aussi durs que la région où ils vivaient, à l’humeur méditerranéenne de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, jusqu’à la précision gothique et sobre de la chancelière allemande, Angela Merkel. Tout le monde y passe dans un volume de 800 pages qui a éclipsé temporairement Donald Trump et sa saga électorale.
Plus que comparer Sarkozy et Merkel, Barack Obama y va en profondeur et ausculte leurs traits psychologiques. Certains y ont vu les rivalités entre la Peugeot et la BMW départagées par une Ford ou encore les deux premières économies de l’Europe jaugées par la première puissance mondiale. Lors du Sommet du G20 en mars 2009, le président français Nicolas Sarkozy et la dirigeante allemande Angela Merkel sont là. Selon Barack Obama, « dans l’ensemble, ils s’entendaient, même si leurs tempéraments n’auraient pas pu être plus différents ».
Lorsqu’il fait le parallèle entre le dirigeant français et la dirigeante allemande, Barack Obama affirme : « il n’était pas difficile de savoir lequel de mes deux partenaires européens se révèlerait le plus fiable ». « Ce qui faisait défaut à Sarkozy en matière de cohérence idéologique, il le compensait par l’audace, le charme et une énergie frénétique ».
Vu par Barack Obama, le mari de Carla Bruni était tout sauf une mer calme, avec « sa poitrine bombée comme celle d’un coq nain », son anglais limité (NDLR: ce qui forcément est une tare pour un atlantiste) et amateur de la flatterie et de la fanfaronnade. Et Obama de mélanger le pinceau au scapel à l’endroit de Sarkozy. » Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel juif grec), et de petite taille (il mesurait à peu près 1,66 mètre, mais portait des talonnettes pour se grandir), on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec. Bien qu’issu d’une famille aisée, Sarkozy reconnaissait volontiers que ses ambitions étaient en partie alimentées par le sentiment d’avoir été toute sa vie un étranger ».
Par exemple, se rappelle Obama, lors des printemps arabes et l’intervention en Libye, Nicolas Sarkozy « avait été vivement critiqué en France pour avoir soutenu jusqu’au bout le régime de Ben Ali en Tunisie [et] a soudainement embrassé la cause du peuple libyen ».
Quant à la Chancelière allemande, elle est louée par son tempérament calme et sa profondeur. « Merkel avait de grands yeux bleu clair, dans lesquels on pouvait lire tour à tour de la frustration, de l’amusement, ou un soupçon de tristesse. Par ailleurs, son apparence impassible reflétait sa sensibilité pragmatique et analytique ». « Je la trouvais sérieuse, honnête, intellectuellement exigeante et instinctivement bienveillante », écrit Barack Obama qui n’oublie pas « son tempérament conservateur » et sa nature de « politicienne aguerrie qui connaissait bien ses électeurs ».
Pour Barack Obama, la dirigeante allemande est aux antipodes de Nicolas Sarkozy. Mais « j’en suis venu à les considérer comme utilement complémentaires » écrit-il. « Sarkozy respectueux de la prudence innée de Merkel, mais la poussant souvent à agir. Merkel, prête à oublier les manies de Sarkozy, mais d’une grande adresse pour canaliser ses propositions les plus impulsives ».
