Rebondissement dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. En effet, Ziad Takieddine, l’un des principaux témoins à charge contre Nicolas Sarkozy, a retiré mercredi 11 novembre ses accusations dans une vidéo dévoilée par «Paris Match» et BFM TV.
«Je le dis haut et fort, or ce juge Tournaire (ndlr: l’ancien juge d’instruction en charge du dossier) a bien voulu tourner ça à sa manière et me faire dire des propos qui sont totalement contraires aux propos que j’ai dits (…) : il n’y a pas eu de financement de campagne présidentielle de Sarkozy » a déclaré ce sulfureux intermédiaire, en fuite à Beyrouth alors qu’il a été condamné en juin en France dans le volet financier de l’affaire Karachi.
Réagissant à chaud, Nicolas Sarkozy s’est écrié : «la vérité éclate enfin», a d’emblée réagi sur Facebook Nicolas Sarkozy.
« Depuis sept ans et demi, l’instruction n’a pas découvert la moindre preuve d’un quelconque financement illicite. L’information judiciaire ouverte sur les seules déclarations mensongères de Ziad Takieddine se trouve aujourd’hui dans une impasse complète. Le principal accusateur reconnaît ses mensonges. Jamais il ne m’a remis d’argent, jamais il n’y a eu de financement illégal de ma campagne de 2007. »
Ces troublants faisceaux d’indices qui ont écorné l’image de Sarkozy
Les médias se sont emparés de l’affaire dans le sillage du printeps arabe, en 2011, quand Seif Al Islam, le fils de Kadhafi, affirme devant les télés que la Libye avait financé la campagne de l’ancien président français. En 2012, Mediapart publie des documents affirmant que Tripoli aurait, en 2006, donné son accord pour un financement de 50 millions d’euros. Sarkozy porte plainte contre Mediapart. Une enquête pour «publication de fausse nouvelle » se soldera par un non-lieu. Le 19 avril 2013, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X. Un mois plus tard, « le Canard Enchaîné » révèle qu’une perquisition chez Claude Guéant a permis de découvrir un versement de 500 000 euros depuis l’étranger effectué sur un compte de l’ex-homme de confiance de Nicolas Sarkozy.
En septembre 2016, le carnet de Choukri Ghanem, ancien ministre libyen du Pétrole retrouvé mort noyé quatre ans plus tôt, est transmis aux enquêteurs. Il mentionne trois versements en 2007 destinés à Nicolas Sarkozy, totalisant au moins 6,5 millions d’euros.
Le 15 novembre, Ziad Takieddine affirme avoir personnellement remis 5 millions d’euros en liquide, provenant de Libye, en 2006 et 2007 à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. En février 2020, M. Guéant fera condamner Ziad Takieddine pour diffamation. M. Takieddine est mis en examen le 7 décembre 2016, pour complicité de corruption et de trafic d’influence notamment. Le 8 janvier 2018, l’homme d’affaires franco-algérien Alexandre Djouhri, soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire, est arrêté à Londres.
Le 21 mars, M. Sarkozy est mis en examen pour « corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens ». Il fait appel.
Le 24 septembre, la cour d’appel de Paris rejette les recours déposés par Nicolas Sarkozy et ses proches, validant ainsi l’enquête.
Le 12 octobre, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour « association de malfaiteurs », à l’issue de quatre jours d’audition par les juges chargés de l’enquête. Reste à savoir quel impact aura la volte-face de Ziad Takieddine.
