Alors que la Commission électorale indépendante (CENI) vient de publier des chiffres donnant une quasi-majorité absolue au président Alpha Condé, les pontes du régime tentaient toujours cet après midi du vendredi 23 octobre de neutraliser le système électronique du candidat Cellou Dalein Diallo. Séquestré par l’armée dans sa résidence depuis 48 heures, l’ancien premier ministre a pris de court l’Etat en annonçant sa victoire, provoquant un véritable chamboulement dans les rangs de la CENI.
Grâce à un logiciel français et à des centaines de délégués équipés de smartphones, le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) est parvenu à faire remonter en temps réel les procès verbaux issus des bureaux de vote au niveau du QG. La compilation précise effectuée sur plus de 80% des bulletins de vote créditent l’opposant de 53% des voix.
Les informations stockées dans le cloud pourraient être décisives lors d’un troisième tour qui se jouera devant les tribunaux mais aussi, devant la communauté internationale et, comme le clament certains partisans de Dalein Diallo, devant la Cour Pénale Internationale en raison du nombre élevé de morts fauchés par des tirs à balles réelles. L’ambassade américaine à Conakry veut voir de près ces compilations et a appelé la budgétivore CENI à publier les vrais chiffres.
Pour l’heure, ladite CENI, qui a, selon les opposants, violé la loi électorale guinéenne en privant les représentants de l’opposition de la remise des procès verbaux, déclare sans trop de détails que le président Alpha Condé l’emporterait avec 2,4 millions de voix sur 3,9 millions de voix valablement exprimées. Autrement dit, un ras de marée pour le président de 82 ans, qui fait face depuis trois jours à une véritable insurrection. Reste à convaincre, ce qui ne se fera pas sans périls, deux membres éminents de la totalisation des voix s’étant retirés dans la nuit du jeudi 22 octobre, dénonçant la mascarade, rejoignant à deux autres cadres qui avaient pris leurs distance avec l’organe électoral peu avant le vote.
Pour sûr, le contrat de confiance entre le professeur à la Sorbonne et son opposition est caduc. Quant à la Communauté internationale, elle se mue en observateur silencieux. Du côté français, le mot d’ordre est plutôt le silence, le Quai d’Orsay ne souhaitant pas être accusé de parti pris. Quant au silence de la CEDEAO, il sonne comme un désaveu, beaucoup moins engageant cependant que le communiqué de la délégation de l’Union Africaine, qui a conclu à un satisfecit alors même qu’une forte odeur de lacrymogène montait dans Conakry. Privée de pain et faisant face à ses habituelles pénuries (eau et électricité), la capitale guinéenne a vu tomber sur elle des chiffres à compte goutte dans une sortie de parodie de la démocratie tropicale. Le chemin est encore long. Si Alpha Condé, l’opposant de quarante ans comme il aime à le rappeler, aime à rappeler que du temps de Lansana Conté, il avait refusé de prendre le pouvoir en marchand sur les cadavres, en 2020, tout porte à croire qu’il fêtera sa victoire alors que nombre ses compatriotes sont fauchés par des balles réelles tirées par les forces de l’ordre. « La Guinée est un Etat de droit, je ne laisserai pas mon pays tomber dans le désordre », déclare Alpha Condé depuis son palais ultra-protégé alors que observateurs et diplomates attendent des explications sur un bilan aussi élevé de morts.
