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Ibrahima cheikh Diong, nouveau directeur général de l’ARC: «notre institution a signé 62 contrats d’assurance représentant plus de 100 millions de dollars de primes versés … »

Récemment nommé directeur général de la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC) et, à ce titre, sous Secrétaire général des Nations Unies, Ibrahima Cheikh Diong évoque à travers cet entretien réalisé mercredi 9 septembre, les perspectives de l’institution dédiée à accompagner les réponses des Etats africains face au phénomène des catastrophes naturelles. Comment se…

Récemment nommé directeur général de la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (ARC) et, à ce titre, sous Secrétaire général des Nations Unies, Ibrahima Cheikh Diong évoque à travers cet entretien réalisé mercredi 9 septembre, les perspectives de l’institution dédiée à accompagner les réponses des Etats africains face au phénomène des catastrophes naturelles.


Comment se présente l’ARC aujourd’hui et comment opère-t-elle ?

Nous sommes une institution de l’Union Africaine (UA), qui appartient pour l’instant à 34 pays membres. Le groupe ARC, constitué d’une agence et d’une société d’assurance, travaille principalement sur la gestion des catastrophes naturelles liées au climat. Sur ce volet-là,  nous intervenons sur  la planification auprès de nos pays membres. De manière concrète, la planification permet à ces pays de mieux comprendre leur niveau de risque et de prendre les décisions idoines pour anticiper sur la gestion des catastrophes.

Le deuxième niveau, c’est dans la préparation. C’est-à-dire aider les pays à mieux coordonner entre eux au niveau des institutions pour qu’au moment des  catastrophes  l’on puisse avoir une réaction mais aussi une stratégie harmonisée et organisée. Le dernier volet consiste à aider les pays à avoir une réponse permettant de pouvoir anticiper  sur les besoins financiers nécessaires  en cas de catastrophe, à travers une prime d’assurance.

Notre intervention sur ces trois volets se fait à travers deux grands piliers: d’abord une agence dédiée essentiellement à renforcer les capacités  des États puis une filiale d’assurance paramétrique devant laquelle les pays contractent des  primes d’assurance pour qu’en cas de catastrophe, ils puissent disposer de ressources financières leur permettant d’agir.

Quelles sont les grandes réalisations de votre institution  depuis sa création  ?

Il y a des réalisations visibles et non visibles. Pour le premier cas, depuis notre création en 2012, l’ARC a signé 62 contrats d’assurance. Ce qui équivaut à plus de 100 millions de dollars de primes versés  pour une couverture d’assurance totale de 722 millions de dollars  en vue de la protection de 72 millions de personnes vulnérables dans les pays membres. Ces chiffres sont extrêmement importants pour nous-mêmes car notre ambition est d’aller au-delà de ses performances.

L’autre  résultat   qui n’est pas tellement visible est la planification et la préparation des Etats. À ce niveau, il y a tout un travail de renforcement  des capacités, de coordination et de formation. Et tout cela dans la perspective d’équiper nos Etats de meilleurs outils  et capacités  pour pouvoir réagir aux catastrophes. Dans cette optique, l’instance travaille en étroite collaboration avec les pays membres pour les doter de meilleures capacités nécessaires à l’anticipation et à la gestion des catastrophes.

Quelles sont les contraintes majeures  que rencontre l’ARC ?

Les contraintes peuvent commencer par le paiement des primes d’assurance. Avec les contraintes budgétaires, certains pays ont du du mal à s’acquitter de leurs primes. C’est la raison pour laquelle une de mes missions est de pouvoir renforcer les capacités de mobilisations des ressources financières afin de venir en aide aux pays dans le paiement de leurs primes. La deuxième contrainte est de convaincre les décideurs politiques de prendre la gestion  des catastrophes  de manière sérieuse.

Parce qu’il faudrait que cela puisse se refléter  sur les politiques publiques et que les Etats commencent  et continuent à allouer des ressources budgétaires aux catastrophes. Je pense que le troisième défi est de s’assurer   à ce que la gestion des catastrophes à terme puisse avoir le maximum d’impact sur les communautés et les personnes vulnérables comme les femmes. Notre institution n’est pas une boîte  d’assurance  qui vend des politiques d’assurances  mais une agence  de développement qui utilise les outils de l’assurance comme financement et montage financier  innovant pour pouvoir aider nos pays membres.

En 2017, l’ARC a lancé un produit d’assurance contre les inondations. Pouvez-vous revenir sur cette offre ?

Nous compatissons aux difficultés de nos pays membres. Pour l’inondation, il faudrait comprendre, de manière générale, notre modèle  de fonctionnement. Quand  il y a une demande  de produit couverture catastrophe, la première étape passe par le département  de recherche de développement. Cet organe met en place un système de modélisation permettant d’identifier le niveau  de risque par rapport  à la catastrophe qu’on veut couvrir.

Pour le cas par exemple  de la sécheresse, on a le modèle   éprouvé par lequel  des pays sont  assurés. Nous disposons d’un indice de risque par rapport à la sécheresse. Et  c’est cela  qui permet à la notre société d’assurance  de pouvoir gérer des politiques d’assurances avec les différents pays.  C’est  le même procédé qui est appliqué pour l’inondation.

Donc, le modèle sur lequel on est en train de travailler en collaboration avec d’autres institutions  aiderait les  pays à mieux apprécier leurs niveaux de risque par rapport à l’inondation. Une fois cette modélisation terminée, des solutions d’assurance paramétrique par le biais de notre filiale ARC Limited seront proposées.

Selon beaucoup d’experts, les inondations vont encoe faire des ravages au Sahel dans les années à venir. Qu’est ce vous comptez  faire pour appuyer ces pays ?

Je reviens sur le fait qu’il y a différents types d’inondations. Il y a des inondations qui sont liés à des problèmes d’infrastructures, de master planning, de  gestion urbaine.. Ces phénomènes sont malheureusement  récurrents d’année en année. Je pense que la plupart de nos pays membres sont conscients de cela et sont en train de travailler d’arrache-pied pour résorber les  questions d’inondations. Pour le cas du Sénégal, le gouvernement à travers le plan organisation des secours (Orsec) traite les inondations avec une volonté politique  de pouvoir apporter de l’aide aux populations.

Il y a une autre type d’inondation auquel on ne fait pas  attention  et qui est tout aussi important, c’est que dans nos pays, on a des rivières, des fleuves, des barrages… S’il se trouve par exemple qu’il y a débordement (fortes pluies), vous pouvez imaginer les catastrophes que cela peut engendrer  en termes de récoltes  et de production d’électricité… Et cette partie nous intéresse particulièrement parce que la catastrophe  va au-delà de la ville et peut  toucher tout un pays. Donc, nous travaillons en modélisation pour pouvoir aider les pays à anticiper  afin de répondre aux conséquences des catastrophes.

Une étude de la Banque Mondiale de 2019 révèle que les inondations coûtent chaque année environ 3, 8 milliards  de dollars  aux pays de l’Afrique de l’ouest : votre proposition ?

Je le redis, le coût humain nous intéresse aussi bien que  le coût  financier. C’est  la raison  pour laquelle, je dirais   tout simplement que  pour une catastrophe naturelle, il y a certaines actions qu’on peut entreprendre  pour pouvoir les amoindrir. Mais il y a des  catastrophes qu’on ne peut pas  empêcher de se passer.

Et ne pas les connaître, c’est exposer tout son pays,  sa  communauté,   à une situation regrettable. Le point de départ comme je l’ai dit, c’est d’abord, non seulement  de déterminer les coûts nets mais aussi le niveau d’exposition par rapport à ces risques. Parce que si vous ne le faite pas  au moment où cela se passe, vous allez vous retrouver dans une situation catastrophique qui malheureusement peut aboutir à des pertes en vies humaines.

C’est la raison pour laquelle  nous allons continuer à travailler avec nos pays membres et le reste du continent  pour qu’on puisse prendre les catastrophes de manière  extrêmement sérieuse  dans les politiques publiques. Cela revient à ce que je disais tantôt, au risque de me répéter. Une fois qu’il a la visibilité sur son niveau de risque, un Etat souverain a plusieurs options  à sa disposition.

La première option c’est son budget national,  extrêmement important. Parce que  c’est sa responsabilité  de pouvoir allouer des  ressources  et anticiper pour pouvoir répondre  aux besoins des populations. La deuxième, c’est ce que nous offrons, une institution qui a été créée  et dédiée essentiellement  à aider nos pays à apporter des ressources additionnelles pour pouvoir mieux gérer les catastrophes.

Quelle est votre feuille de route à moyen et  long terme ?

D’abord, c’est d’avoir une  meilleure visibilité  sur la demande  de nos pays membres  pour pouvoir mieux les accompagner. Ensuite, de développer des produits appropriés pour répondre aux besoins des pays membres. Donc, il y a un vrai besoin  de diversification  de nos produits pour répondre à ces besoins. Puis, nous allons innover, diversifier pour qu’on soit une institution  qui anticipe par rapport aux besoins de nos pays. Et enfin, il s’agira de renforcer nos capacités  de mobilisation de ressources  pour venir en aide aux pays qui ont besoin  de souscrire à des politiques d’assurances et n’ont pas forcément les moyens. A terme, ce que nous faisons, c’est vraiment pour impacter positivement  la vie des communautés affectées par les catastrophes. Cela est notre indicateur principal  en tant qu’institution devant faire différence.

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