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Maroc: la Banque centrale distribue des cartons jaunes

Il a la réputation de ne pas avoir la langue dans sa poche. Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, la Banque centrale du Maroc, n’a pas failli à son franc-parler dans le rapport annuel de l’institution qu’il dirige depuis plus de 15 ans. Le ton est simple et limpide: appeler un chat un chat, quitte…

Il a la réputation de ne pas avoir la langue dans sa poche. Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, la Banque centrale du Maroc, n’a pas failli à son franc-parler dans le rapport annuel de l’institution qu’il dirige depuis plus de 15 ans. Le ton est simple et limpide: appeler un chat un chat, quitte à tancer des responsables aux bilans peu flatteurs. La synthèse présentée au Roi chaque année en plein milieu de la saison estivale est redoutée par tous les ministres. Encore plus que le Rapport de la Cour des comptes. De l’emploi au système éducatif en passant par les finances publiques, retour sur les principaux messages du gouverneur de Bank Al-Maghrib.

Une croissance à la peine bien avant le coronavirus

Avant même l’apparition de la crise du Covid-19, l’économie du Royaume chérifien était déjà la peine en 2019. La mauvaise campagne agricole consécutive à une sécheresse auquel le monde rural paie un lourd tribut, a ralenti la machine économique. Le PIB n’a enregistré qu’une croissance de 2,5% contre 3,1% l’année précédente. C’est l’un des taux les plus bas au cours des vingt dernières années, relève d’emblée la Banque centrale.

Malgré ce contexte, la création d’emplois est restée dynamique en milieu urbain, avec une hausse du taux d’activité, la première depuis 2008. Cela tient essentiellement à la bonne tenue des services, même le gros de ces emplois est précaire. En zones rurales, une nouvelle perte d’emplois a été constatée. Au total, l’économie marocaine aura créé 165.000 postes en 2019. Le recul du chômage  à 9,2% de la population active est l’arbre qui cache la forêt du chômage endémique des jeunes. Chez les «15-24 ans», un jeune sur quatre est sans emploi. Cette proportion s’établit à 40% en milieu urbain. Une vraie bombe sociale à retardement.

Niveau de vie: des résultats insuffisants  au cours de la décennie !

Grâce à sa stabilité politique, un habile repositionnement stratégique sur le Continent et des plans sectoriels -automobile, aéronautique et énergies renouvelables-  lisibles par les investisseurs, le Maroc a réussi à biper dans les radars mondiaux. Ce qui a été salué par les agences de notation. Aujourd’hui, le Royaume est le seul pays africain à continuer de bénéficier d’une notation de catégorie «Investissement», un atout dans la compétition que se livrent les pays pour attirer l’investissement étranger.

Si des avancées sont nettes dans la lutte contre la pauvreté ou la généralisation de la scolarisation, l’analyse des données relatives à la décennie qui s’achève montre néanmoins que les résultats restent, somme toute, mitigés, tempère Bank  Al-Maghrib. L’Institut d’émission dresse un constat sans langue de bois: «les performances ont été globalement insuffisantes pour engendrer une amélioration tangible et à grande échelle des niveaux de vie». Avec une progression annuelle moyenne du PIB par habitant de 2,3% au cours de la décennie, le Maroc est resté classé dans la tranche inférieure de la catégorie des pays à revenus intermédiaires. Pendant ce temps, plusieurs économies comparables ont franchi un nouveau palier en accédant à la tranche supérieure.

La moitié de la population dans l’économie informelle

La rareté des opportunités de travail décent contraint des milliers d’actifs dont en particulier les jeunes à s’orienter vers des emplois informels et précaires. Comme le révèle la forte demande pour le soutien financier de l’Etat dans le cadre de l’atténuation de l’impact de la pandémie du Covid-19, plus de 5 millions de ménages, soit plus de la moitié de la population, qui vivent grâce à des activités informelles. Une grosse partie de ces ménages est exclue du système de protection sociale. La Commission spéciale chargée par le Roi d’élaborer un nouveau modèle de développement a du pain sur la planche.

Accords de libre-échange: Faisons l’auto-critique !

De son bureau au quartier Hay Riad à Rabat, le gouverneur de Banque centrale du Maroc observait avec un brin d’irritation les récentes polémiques suscitées par l’application de certains accords de libre-échange. Une campagne orchestrée par des opérateurs du textile aux abois qui n’ont pas su monter sur la chaîne des valeurs en restant sur le travail à façon, un modèle axé sur la compétitivité du coût horaire du travail. Etait principalement visé, l’accord conclu avec la Turquie.  Ironie de l’histoire, ce sont les  mêmes opérateurs du textile qui avaient poussé à la conclusion de l’accord de libre-échange avec la Turquie qui demandent des mesures protectionnistes contre les articles d’habillement turcs très prisés au demeurant par les classes moyennes tranche inférieure au Maroc. Face à ce lobbying, le patron de Bank Al-Maghrib met en garde : «les tentations de mettre en place des mesures protectionnistes risquent de compromettre l’image du Maroc et son attractivité». Mais il souligne au passage que «ces remises en question interpellent sur le processus de prise de décision pour la conclusion d’accords de ce type, lequel devrait être basé davantage sur l’anticipation et l’analyse coût/bénéfice à long terme»

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