Dans une note datant du 7 août 2020, l’Agence Fitch Ratings estime que la décision du président Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire de briguer un troisième mandat alimente les risques d’instabilité en vue des présidentielles du 31 octobre prochain. “Notre attente demeure que les élections ne seront pas perturbées, mais les désaccords entre le gouvernement et l’opposition sur la gestion du processus électoral font peser d’importants risques”, exprime l’agence qui avait reconduit la note du pays en juin dernier à B+ avec perspectives stables.
A l’époque, le consensus au sein de l’agence penchait vers une élection apaisée. La disparition en juillet de feu Amadou Gon Coulibaly, dauphin désigné du président Ouattara, a changé la donne. Bien que la constitution limite le nombre de mandats à 2, le président Ouattara a décidé de se présenter pour un troisième bail, estimant que le changement de constitution intervenu en 2016 a remis les compteurs à zéro. Cette nouvelle donne n’est pas sans craintes sur un scrutin sous haute tension.
La possible alliance entre d’une part le PDCI de l’ancien président Henri Konan Bedié et le FPI de Laurent Gbagbo (ce denier est en attente de passeport pour rentrer au terme d’une procédure de 10 ans à la Cour Pénale Internationale) et, d’autre part, le RHDP du président Alasssane Ouattara, laisse entrevoir une compétition féroce. Ce, d’autant que les griefs de l’opposition concernant la Commission électorale indépendante (jugée trop déséquilibrée au profit du pouvoir) n’ont pas encore été pris en compte.
Sur la base de ces différents paramètres, Fitch craint que ces élections ne réveillent des conflits régionaux. A l’exception du dernier scrutin de 2015, la plupart des présidentielles en Côte d’Ivoire depuis 1994 sont émaillées de violence. Des troubles à l’origine de deux défauts majeurs du pays, en 1999 et en 2001. Le pays présente une situation financière solide quoique, indique Fitch, avec une certaine détérioration des comptes publics à cause du coronavirus. La dette du pays sera de 44% du PIB en 2021, soit nettement en dessous de la moyenne d’endettement des pays noyés B (68% du PIB).
La croissance du PIB est attendue, elle, à 2% en 2020, avant de revenir à un rythme annuel de 7,5% entre 2021 et 2022 pour une moyenne de 4,3% pour les pays partageant la même note. Ces prévisions peuvent être revues en cas de troubles politiques ou d’une détérioration économique plus forte que prévue en relation avec une pandémie Covid-19 qui durerait au delà de 2020.
