La décision prise fin juin par Moody’s de basculer la note -maintenue à Ba2 en devises et Ba1 en monnaie locale – de BMCE Bank Of Africa dans une perspective de stable à négative est de l’avis des analystes le signe de la persistance d’un besoin de liquidités et d’une pression sur les fonds propres, déjà modestes, dans les prochains 12 à 18 mois.
“Le changement de perspective de stable à négatif sur les notes de dépôt à long terme de la banque reflète le risque que la détérioration économique résultant de l’épidémie de coronavirus fasse pression sur la capitalisation déjà modeste de la banque (malgré une légère amélioration en 2019), ainsi que sur l’actif de la banque. Une qualité qui se dégradait déjà progressivement avant la pandémie”, relève l’agence de notation.
L’agence évoque notamment l’impact du coronavirus qui aurait affecté la qualité du portefeuille crédit en Afrique subsaharienne. Aux yeux de Moody’s, le rabattement de la perspective est le fait des filiales subsahariennes. Celles-ci, caractérisées pourtant par des ROE élevés à la notable exception de BOA Mali,,procurent 35% des revenus de la banque.
Le maintient de la note traduit l’appréciation de Moody’s quant aux retombées de l’augmentation de capital de 2019 qui a vu l’arrivée dans le tour de table de la britannique CDC avec 200 millions d’euros dans la balance.
Moody’s estime «qu’en cas de besoin, la banque pourrait absorber les chocs auxquels elle ferait face» ce qui a justifié un maintien de la note d’autant plus logique que la banque, détentrice de 13% des parts de marché sur le marché marocain, bénéficiera du support des autorités en cas de besoin comme ce fut le cas il y a quelques années quand la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) est venue à la rescousse.
Cela dit, le faible niveau des fonds propres reste persistant impactés par le passage aux normes IFRS, le coronavirus et la hausse du risque crédit de la banque sur les trois derniers exercices à cause là aussi des filiales subsahariennes mais aussi d’une décélération sur le Maroc.
Pour sûr, à force de conversion de dividendes en actions et d’augmentations de capital, la BMCE Bank Of Africa est entrain progressivement d’échapper à son actionnaire de référence, Othman Benjelloun, au profit d’une plus grande dispersion du tour de table propice à une OPA et d’une plus grande institutionnalisation. Fondée en 1959, la banque avait passé dans le giron du privé en 1995 et a depuis subi plusieurs transformations par le génie inspirateur Othman Benjelloun qui en a fait un champion panafricain.
