Le covid-19 touche de plein fouet l’Afrique Centrale, ce qui n’est pas sans conséquences sur son garant, la France, qui agit, selon les textes, en « quasi-assureur » de la zone CFA. Or, le rapport de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale sur la politique monétaire datée du 27 avril est sans équivoque: il y a sinistre.
« Si les pays de la Cemac ne luttent pas efficacement contre la pandémie du Covid-19 pour en limiter les conséquences économiques et financières, la situation macroéconomique deviendrait insoutenable », opine l’instance centrale. L’alarme du pompier a-t-il retentit trop tard… ou trop tôt ? Les spéculations vont bon train même si ce banquier d’affaires rappelle que, toutes proportions gardées, les « concours du FMI vont stabiliser les réserves de change » de la zone et qu’un ajustement de la parité mécanique Euro/ Franc CFA n’est pas à l’ordre du jour car relevant plus de la politique que de l’économique.
De l’avis des experts, la zone CEMAC est revenu aujourd’hui à sa situation du 23 décembre 2016 quand Christine Lagarde, à l’époque directrice du FMI, atterrit en toute urgence au sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la zone réunis à Yaoundé pour une conférence historique qui verra à la fois un appui conditionné pays par pays (et non à toute la zone) suivi d’un rationnement budgétaire, du gel des avances statuaires de la BEAC à leur niveau de 2014 et, en voeu pieu, d’une exigence de plus d’intégration.
Quatre ans plus tard, le spectre de la dévaluation est de nouveau là avec des réserves de change couvrant à peine 2 mois d’exportations, un instrument d’ajustement budgétaire largement entamé et des instruments monétaires de la BEAC qui ont atteint leur plafond d’efficacité. Face à un baril de pétrole à moins de 20 dollars (Brent, échéance juin) en dépit d’un net rebond constaté ces derniers jours, conjugué à la chute drastique de l’activité économique (le confinement a un prix), la zone des six pays (Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad, Centrafrique, Cameroun, Congo) ayant en commun le Franc CFA (XAF) voit sa cote de confiance s’éroder sur le marché international. Cela d’autant que l’intégration est restée un voeu pieu comme le montre le mur hors de propos entre la Guinée Equatoriale et le Cameroun.
Quant à la France, pays qui abrite 50% des produits d’exportations de la zone, en échange de la garantie d’une convertibilité illimitée, elle est obligée selon les textes de « constater le sinistre » comme le ferait tout bon assureur ou tout bon garant, et d’exercer ladite garantie par une injection massive d’euros frais de manière à reconstituer les niveaux de réserve de la BEAC au dessus du seuil de flottaison de 5 mois.
A propos de la dévaluation, voici ce qu’en pensait justement le président français Emmanuel Macron, le 15 avril déjà, sur les ondes de RFI : « On n’en est pas là, et là-dessus, je pense qu’il faut toujours essayer la stabilité et la cohérence d’une politique régionale. Ce qui est vrai, c’est que plusieurs pays qui ont une forte dépendance au pétrole – mais vous savez, il y a aussi une baisse très forte de plusieurs matières premières, je l’évoquais – sont aujourd’hui en situation extrêmement difficile, sur le plan budgétaire comme sur le plan du régime de change. Donc c’est une discussion, ce n’est absolument pas à moi de dire ça aujourd’hui. C’est avant tout aux leaders de ces pays et aux instances régionales d’en décider ».
La patate chaude est refilée aux chefs d’Etat de la zone obligés d’agir vite en commençant par ramener leurs soldes budgétaires respectifs à zéro tout en maîtrisant leurs endettements, dans un contexte de baisse drastique des recettes et de récession (la BEAC prévoit un PIB de la région en baisse de -4,9% en 2020) . C’est la quadrature du cercle.
