L’ Organisation Mondiale de la Santé dirigée par l’éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a-t-elle sous estimé la menace du Coronavirus ? C’est la thèse défendue ouvertement par Washington (alertée par la CIA) qui vient de geler sa participation dans l’institution, grevant du coup 5% de son budget, estimé à 3,8 milliards de dollars, comme ce fut le cas autrefois avec l’UNESCO d’un certain Amadou Mahtar Mbow. Que reproche-t-on donc au directeur général de l’OMS, un africain qui, disons-le, n’a pas la communication heureuse, notamment en direction de cette pauvre Afrique, à ses yeux « prochain épicentre de l’épidémie », ou encore de ses éloges envers la Chine, encensée par cette citation qui a fait le tour du globe: « la Chine a acheté du temps pour le reste du monde ».
Début avril, plus tôt ce mois-ci, le vice-Premier ministre japonais a déclaré que l’OMS devrait être renommée «Organisation chinoise de la santé» pour avoir fait écho à la ligne de la Chine, faisant référence à une pétition Change.org demandant au Dr Tedros de démissionner, qui avait recueilli près de 800 000 signatures à cette date. Pourquoi donc tant de suspicions ?
Entre la découverte du virus en novembre et le 23 janvier, le jour où la Chine a enfin changé de stratégie, l’Organisation mondiale de la santé (d’ailleurs, elle n’est pas la seule) avait multiplié les contradictions. Dès le 31 décembre, l’OMS recevait une alerte de Taïwan, qui évoquait alors les risques d’une transmission inter-humaine. Le directeur général en avait été informé par email. L’alerte a été ignoré du fait du statut de l’île, considérée comme une « province de Chine » par l’ONU et donc par l’OMS. Les critiques reprochent à l’éthiopien d’avoir ignoré le succès du modèle de Taïwan (24 millions d’habitants) dans la lutte contre l’épidémie qui n’y a fait que 6 morts.
En revanche, tout en ignorant Taïwan, l’organisation approuvait, le 14 janvier 2020, les conclusions de l’étude préliminaire des autorités chinoises selon laquelle il n’y a pas de preuve évidente de transmission inter-humaine, poussant nombre d’Etats à travers le monde user de la même réthorique. Ainsi, le 20 janvier, les autorités françaises continuaient à affirmer qu’il n’y avait pas de preuve de transmission inter-humaine. L’OMS ne reconnaîtra la transmission inter-humaine que le 24 janvier, soit trois semaines après l’alerte venant de l’île dissidente. Une première équipe est envoyée sur le terrain le 12 février.
Après moult hésitations, la pandémie mondiale a été déclarée le 11 mars. A cette date, 114 pays avaient déjà recensés 118 000 cas positifs au covid-19. Entre temps, Tedros Adhanom Ghebreyesus aurait critiqué les pays qui ont suspendu les liaisons aériennes avec la Chine. Mais aucune critique envers la Chine, accusée d’avoir voulu dissimuler la maladie au départ. Dans les cercles de réflexion, d’aucuns expliquent cette candeur envers Pékin par une influence grandissante de celle-ci dans les instances internationales en général et l’OMS en particulier.
Pourtant à y regarder de près, la Chine n’est pas la meilleure contributrice de l’OMS. En 2018, Pékin a versé 1,3 million de dollars à l’Organisation alors que les Etats-Unis de Donald Trump ont débloqué 1,6 milliard de dollars et les Européens environ 1,2 milliard de dollars. Précisons en outre que la Fondation Bil et Melinda Gates contribue à hauteur de 8% du budget de l’OMS dont 80% viennent des contributions volontaires. L’ancien ministre éthiopien de la Santé puis des Affaires Etrangères, avait été élu en 2017 avec le soutien de l’Afrique, de la Chine et de tous les pays du Sud avec 133 voix sur 186. La pandémie du coronavirus pourrait lui coûter cher.
