A l’étroit dans le Golfe arabo-persique, le petit émirat du Qatar est très remuant sur le continent africain comme le montre le lancement prochain à Abidjan d’un fonds de 2 milliards de dollars dédié à la construction des infrastructures. Un temps tentés par la domiciliation du fonds à Kigali, les initiateurs ont finalement jeté leur dévolu sur Abidjan, présentée comme la capitale économique de l’Afrique de l’Ouest. Le fonds aura une portée large, selon les informations.
Monté sur le modèle de Africa 50, filiale de la Banque Africaine de Développement, ce nouveau fonds sera dirigé par le rwandais Donald Kaberuka selon la Lettre du Continent. L’ancien président de la Banque Africaine de Développement, surnommé « Monsieur Infrastructures », par ailleurs co-fondateur de South Bridge Bank avec Lionel Zinsou, membre, entre plusieurs casquettes, du groupe de haut niveau des Nations Unies sur les déplacements internes, a été choisi pour son impressionnant CV, son relationnel et, aussi, l’état actuel de lune de miel entre Doha et Kigali.
Le Qatar qui envisage de racheter des parts significatives dans Rwandair et la Royal Air Maroc compte avec ce fonds, finaliser plusieurs acquisitions sur un continent où ses ennemis jurés, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, tentent de lui barrer la route. Déjà actionnaire quasi-majoritaire aux côtés de Nedbank de la banque panafricaine Ecobank, via la mastodonte bancaire QNB, la plus grande banque du Moyen-Orient par les actifs, le Qatar considère avec beaucoup d’appétit le secteur financier africain, maillon capital pour accéder au marché des infrastructures du continent estimé à plusieurs milliards de dollars.
La ratification récente par la Côte d’Ivoire du mémorandum d’entente et de coopération signé entre les deux pays en décembre 2017, la prochaine commission mixte prévue au courant de ce premier semestre 2020 et l’agrément accordé à Qatar Charity, marquent sans conteste le signal que ce pays du Golfe, complètement coupé du monde par la coalition Arabie-Saoudite-Emirats Arabes Unis-Egypte en raison de son supposé soutien aux partis islamistes, est le bienvenu sur les bords de la lagune Ebrié. Reste à savoir comment l’Arabie Saoudite réagirait-elle à cette ligne de miel qui déjoue sa stratégie de grande coalition militaire, économique et diplomatique des pays musulmans sunnites contre le Yemen.
