La Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) cumulerait une dette cachée de 3,3 milliards de dollars d’après les recoupements de l’ONG américaine Global Witness. Les créanciers ont pour nom Total, Chevron, ENI et plusieurs banques, ce qui, d’après les experts, fait craindre au Congo, de vivre le syndrome tchadien du nom de la dette colossale contractée par Ndjamena auprès du trader suisse Glencore, aujourd’hui remboursé en nature. Selon l’ONG américaine, très active sur le bassin du Congo, les compagnies créancières factureraient tout au Congo, jusqu’aux coûts d’exploitation et les frais de scolarité de leurs enfants.
Cette découverte fragilise la situation extérieure du Congo et pousse les experts du FMI, déjà réticents lors de la conclusion de l’accord triennal en juillet 2019, à se pencher de nouveau sur le sort de ce pays pétrolier dont la dette atteindrait 120% du PIB. Pour rappel, en août 2017, Brazzaville avait fini par confier au FMI avoir sous-estimé le montant de son endettement qui s’élevait à 120 % du PIB – et non pas à 77 %. Les créanciers occidentaux avaient rouspété sur la dette de la Chine, évaluée à plus de 3 milliards de dollars et aujourd’hui sous rééchelonnement au grand dam de Pékin.
En avril 2018, le Fonds a conditionné son soutien à la mise en œuvre de «réformes audacieuses et immédiates dans le domaine de la gouvernance». L’accord conclu de haute lutte il y a quelques mois était assorti de conditionnalités sévères notamment en matière d’endettement et de garantie de l’Etat.
La dette de la SNPC qui remonterait la dette du pays de 30% (soit un cumul de 150% hors accord avec le FMI) est d’autant peu contreproductive qu’en sept ans, de 2012 à 2019, la société n’a reversé aucun dividende à l’Etat. Comment sur des ventes de pétrole estimées à 5,7 milliards de dollars sur la période, la SNPC n’a dégagé que 123 millions de dollars ? Avec un dernier audit de la SNPC qui remonte à 2005 selon Global Witness, l’on n’est pas au bout du mystère.
