Dessaisi il y a deux semaines, l’actionnaire canadien de la BHCI n’a pas tardé à réagir. Westbridge Mortgage Reit a, en date du mardi 26 novembre 2019, assigné l’Etat de Côte d’Ivoire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), institution du Groupe de la Banque mondiale. Moins de 24 heures plus tard, l’Etat ivoirien passait à la vitesse supérieure, nommant ses représentants au sein du conseil d’administration de la BHCI, au détriment de James Clayton, président du conseil d’administration nommé par la partie canadienne. Le directeur général par intérim, Abdoulaye Gbané, a pris des mesures conservatoires, interdisant l’accès de la banque aux anciens dirigeants.
Pour rappel, James Clayton avait adressé une correspondance au président Alassane Ouattara en septembre dénonçant une immixtion : «Après les menaces physiques sur nos personnes, les campagnes de dénigrement dans la presse, les descentes de gendarmes dans ma maison, les enquêtes policières jusque dans nos maisons au Canada, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’hostilité grandissante du régulateur instrumentalisé par un dirigeant récemment congédié (…) qui se trouve être un ancien cadre de la BCEAO », pouvait-on lire dans cette missive qui a fait le tour de la presse. La lettre évoquait des créances douteuses de 26 milliards de Franc CFA révélées par un audit post-acquisition.
Le dernier round de ce processus de reprise de contrôle de l’Etat devra se jouer devant le CIRDI. Selon des sources proches du dossier, l’Etat ivoirien est dans son bon droit en intervenant d’urgence pour éviter la faillite d’un établissement bancaire. D’autres parties, plus ou moins proches de la partie canadienne, s’étonnent de la célérité de l’Etat à prendre le contrôle d’une banque sur le « simple constat d’une supposée défaillance de trésorerie ».
Les conclusions du rapport de la commission bancaire de l’UEMOA, qui a émis plusieurs constats étaient en tout cas sans appel. La banque des soldats étaient au bord du précipice, poussant nombre d’observateurs à se demander si toute la due diligence avait été effectuée lors de sa privatisation.
En attendant une investigation poussée sur l’attribution de 51% d’une institution aussi importante à un repreneur (choisi sur 21 dossiers de candidature) qui, apparemment, n’a pas réussi à boucler le processus de cession et de recapitalisation, la puissance publique dit agir dans l’intérêt général. La banque d’affaires Rothschild & Cie qui avait piloté le processus aura certainement son mot à dire.
« En prenant la décision de prendre le contrôle de la Banque, l’Etat veut assurer absolument la protection des clients de la banque. Je voudrais rassurer les Ivoiriens que leur épargne sera préservée et toutes les dispositions seront prises dans ce sens», a fermement déclaré le ministre ivoirien des Finances, Adama Coulibaly, le 27 novembre à Katoila, à la sortie du conseil des ministres.
Les engagements non réglés des canadiens (arrivés dans le tour de table en avril 2019) s’élèveraient à plus de 4 milliards de Franc CFA. Un chiffre non confirmé par les deux parties en conflit. En attendant, alors que l’affaire risque de s’enliser à la greffe du CIRDI, plusieurs repreneurs dont la Banque de l’Habitat de Tunisie (qui s’était classé deuxième dans le processus de sélection) seraient de nouveau en lice.
