Du départ des troupes des Nations Unies en juin 2018 à juin 2019, le PIB du Liberia a plongé de 4,7 à 0,4%. Un malheur ne venant jamais seul, pour la première fois depuis 2009, le Libéria est en chute libre dans l’évaluation annuelle de la Millennium Challenge Corporation, un ensemble de 20 indicateurs mesurant les performances d’un pays dans les domaines de la liberté économique, de la justice et des investissements.
Les contre-performances provoquent des crises de confiance. Les rangs s’effritent. L’ancien gouverneur de la Banque Centrale, Nathaniel Patray, nommé par Weah en juillet 2018, a démissionné le mois dernier après l’annonce par le président d’une refonte de la direction de la banque centrale afin de rétablir la confiance dans l’institution.
L’élection de l’ancien footballeur George Weah à la présidence de la république en janvier 2018, inaugurée par une chausse aux fonctionnaires fantômes, la réduction de salaire du chef de l’Etat et l’annonce d’une lutte implacable contre la corruption, avait suscité un immense espoir vite retombé aujourd’hui. En dépit des efforts, la courbe de l’économie continue de piquer du nez. Peu au fait des arcanes de la communication, la présidence, fréquentée par des clans de Prince Johnson et de Charles Taylor, deux protagonistes de la guerre civile des années 90 et 2000, explique benoitement la chute de la croissance par le départ des troupes onusiennes.
A ceux qui doutent de l’efficacité de sa politique économique, l’ancien attaquant du PSG et du Milan AC lâche une reprise de volée: « Je n’ai jamais triché pour gagner un penalty, je ne tricherai pas en tant que président », déclarait-il, lundi 18 novembre 2019 à Dubaï, devant une assemblée d’investisseurs internationaux, d’entrepreneurs et de gouvernements.
Et quand il est questionné sur sa sincérité, George Weah, la main sur le coeur, retrace son parcours, partagé par plus de 90% d’africains: « »J’ai grandi dans un village sans routes ni toilettes en 1975. J’ai grandi dans une hutte ». Continuant, l’homme fort de Monrovia, dresse un parallèle qui laisse perplexe ses interlocuteurs: « le football est comme la politique. Cela nécessite un travail d’équipe ». Sauf que, admet-il, un brin amer, « dans le football, quand vous faites bien, même les fans des équipes adverses vous encouragent. Mais en politique, même si vous le faites bien, l’opposition ne vous réconforte pas».
Justement, l’opposition libérienne est vent debout depuis juin contre les promesses d’un président contré par une inflation galopante, une inquiétante dette et des investissements au ralenti. Une incertitude pour ce pays qui a connu 14 années de guerre civile meurtrière, qui a tué environ 250 000 personnes, soit près du dixième de la population à l’époque. Selon la Banque mondiale, seulement 5% des 11 423 kilomètres de routes du Libéria sont pavées . C’est dire des efforts à faire par l’équipe Weah pour changer la donne.
