L’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz dont le très attendu procès en Suisse (cauchemar pour toute la classe politique guinéenne) s’ouvre en 2020, est très vite apparu dans les petites fiches du président Alpha Condé.
A sa prise de fonction en 2010, l’auteur du plus grand renversement électoral entre deux tours entreprend la réforme du siècle: remettre à plat les contrats miniers signés par son prédécesseur, le Général Lansana Conté, dont le long règne de 1984 à 2008 n’a pas permis à ce pays, château d’Afrique de l’Afrique de l’Ouest, de tirer profit des immenses ressources de son sous-sol.
La réforme entreprise par le président Alpha Condé sur la base des conclusions d’une commission rogatoire visait les contrats miniers mal acquis. Inquiétée depuis 2013 par la justice guinéenne qui lui avait retiré les licences sur Simandou, la société Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), attaquée entre temps à Londres et aux USA par Vale, son ancien partenaire brésilien, est parvenue à arracher un « accord secret » avec l’Etat guinéen le 25 février dernier. C’est inédit dans les annales mouvementées du secteur extractif africaine.
Cet accord conduit selon l’ONG suisse Public Eye à l’abandon des poursuites pour corruption intentées par la Guinée contre Beny Steinmetz et son groupe. Mais quelques mois après cet accord secret qui n’a ni été divulgué ni reçu la caution parlementaire, une enquête ouverte en Suisse le 12 août dernier, remet les compteurs à zéro et dévoile la toile d’araignée de BSRG.
Les enquêteurs helvétiques révèlent qu’une société enregistrée aux Iles Vierges par le cabinet panaméen Mossack Fonseca a versé 10 millions de dollars de pots-de-vin entre 2005 et 2010 à plusieurs personnalités guinéennes dont 1,5 million de dollars à Mamadie Touré, quatrième épouse de l’ancien président pour mettre main sur le gisement de Simandou situé au Sud-Est de la Guinée dans le mont Nimba, considéré comme un des plus grands au monde avec une réserve estimée à 2,5 milliards de tonnes et une teneur en fer de 65 %. La manoeuvre a permis à l’homme d’affaires israélien à mettre la main sur Simandou au détriment du géant australien Rio Tinto.
Poursuivi pour « corruption d’agents publics étrangers » et « faux dans les titres », l’homme d’affaires, qui a obtenu un arrangement à l’amiable avec la partie guinéenne grâce à l’intervention de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, reconverti dans les affaires, risque 10 ans de prison.
Après avoir renoncé à ses droits sur les minerais de fer du Simandou dans le cadre dudit accord secret, le groupe Beny Steinmetz doit maintenant trouver des arguments d’une autre nature pour se tirer d’affaires dans un procès historique qui pointe à l’horizon. « La vraie victime de toute cette affaire, c’est la population guinéenne qui a perdu de l’argent pour ses caisses publiques », déplore Géraldine Viret de Public Eye dans un entretien avec RFI. Fort d’une plus value estimée à deux fois le budget guinéen, l’homme d’affaires blanchi par le fameux accord secret et crédité d’une nouvelle mine (Zogota) aller s’en tirer sans dommages n’eut été la perspicacité de la justice Suisse. Le procès qui s’ouvre en 2020 à Genève, soit l’année où prend fin le deuxième mandat du président Condé, promet d’être riche en révélations.
